Un rapport confidentiel de l’Inspection générale de la Justice (IGJ) et de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), remis en 2023 au ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin, dressait un constat alarmant sur la gestion des procédures pénales concernant des violences sexuelles sur mineurs. Selon Franceinfo – Faits divers, ce document de 120 pages, consulté jeudi 11 juin 2026, soulignait déjà les risques d’engorgement des services judiciaires et policiers, trois ans avant la médiatisation de l’affaire Lyhanna.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de 2023, remis à Gérald Darmanin, alertait sur l’engorgement des procédures de violences sexuelles sur mineurs.
- Près de 3 millions de dossiers anciens, concernant des faits graves, n’avaient fait l’objet d’aucune investigation depuis des années, alors que les auteurs présumés étaient identifiés.
- Les auteurs du rapport qualifiaient la situation de « non satisfaisante » et « alarmante », évoquant un risque accru d’impunité pour les délinquants et une perte de confiance dans les institutions.
- Le document proposait quatre mesures : renforcer les effectifs, limiter le nombre de plaintes, accélérer le traitement des procédures et optimiser l’organisation des services.
- Sans mesures correctrices, les auteurs prévoyaient que les stocks de procédures pénales pourraient doubler en six ans.
Un document resté confidentiel jusqu’à aujourd’hui
Ce rapport de 120 pages, jamais rendu public en intégralité, a été transmis à Gérald Darmanin en 2023 alors qu’il occupait le poste de ministre de l’Intérieur. Selon Franceinfo – Faits divers, les journalistes ont pu en prendre connaissance jeudi 11 juin 2026, à l’occasion de la couverture médiatique de l’affaire Lyhanna. Les auteurs du document, issus de l’Inspection générale de la Justice et de l’Inspection générale de la police nationale, y analysent les dysfonctionnements structurels des services chargés de traiter les violences sexuelles sur mineurs.
Des millions de dossiers non traités malgré des auteurs identifiés
Parmi les constats les plus préoccupants, le rapport met en lumière l’accumulation de près de trois millions de procédures anciennes relatives à des faits graves d’atteintes aux personnes, notamment des violences sexuelles. Selon les inspecteurs, ces dossiers n’ont fait l’objet d’aucune investigation depuis plusieurs années, alors que les auteurs présumés étaient souvent identifiés, voire localisés. Cette situation, qualifiée de « non satisfaisante » et « alarmante » par les rédacteurs, pose un double problème : elle favorise l’impunité des délinquants et néglige les droits légitimes des victimes.
« Cette situation interdit d’identifier les procédures comportant des risques majeurs », soulignent-ils. Les auteurs ajoutent que ce dysfonctionnement pourrait « accentuer la perte de confiance de la population en la police et la justice ».
Quatre propositions pour endiguer la crise
Face à l’ampleur du phénomène, le rapport formule quatre recommandations majeures pour améliorer la situation. La première consiste à accroître les effectifs des services d’investigation, afin de faire face à l’afflux de dossiers. La seconde vise à limiter le nombre de plaintes devant être prises en charge par les services de police et de gendarmerie, afin de concentrer les ressources sur les affaires les plus graves ou les plus récentes.
Les auteurs préconisent également d’augmenter le traitement des procédures par les parquets et les juridictions, ainsi que d’optimiser l’organisation et le fonctionnement des services d’investigation, tout en améliorant les outils mis à leur disposition. Sans ces mesures, ils estiment que les stocks de procédures pénales pourraient doubler en six ans.
« Le traitement des violences sexuelles sur mineurs les plus anciennes doit être considéré comme une priorité », rappellent les auteurs du rapport.
Un constat qui dépasse le cadre de l’affaire Lyhanna
Bien que ce rapport ait été rédigé trois ans avant le décès de Lyhanna, il s’inscrit dans un contexte plus large de remise en question des procédures judiciaires et policières en matière de violences sexuelles. Selon Franceinfo – Faits divers, plusieurs professionnels du secteur avaient déjà alerté sur les risques liés à l’engorgement des services, notamment en matière de qualité des enquêtes et de prise en charge des victimes. Ce document confirme ainsi que les dysfonctionnements structurels ne sont pas nouveaux, mais qu’ils persistent malgré les alertes répétées.
Les propositions du rapport de 2023, si elles avaient été mises en œuvre à l’époque, auraient peut-être permis d’éviter l’accumulation actuelle de dossiers en souffrance. Pourtant, force est de constater que la situation reste critique, comme en témoignent les récents débats sur la capacité des services à traiter les plaintes dans des délais raisonnables.
En attendant, le rapport de 2023 reste un témoignage accablant des failles du système judiciaire et policier, trois ans avant que la société ne découvre l’affaire Lyhanna. Il rappelle, une fois de plus, que les alertes ne suffisent pas : seule une action concrète et déterminée peut permettre de sortir de cette impasse.
Selon Franceinfo – Faits divers, le rapport était classé confidentiel et n’a été consulté par la presse que jeudi 11 juin 2026, dans le cadre de la couverture médiatique de l’affaire Lyhanna. Les raisons de ce caractère confidentiel ne sont pas précisées dans les informations disponibles.