Selon Ouest France, la mort de Lyhanna, une fillette de 11 ans tuée par un homme suivi par la justice, a braqué les projecteurs sur les dysfonctionnements du système judiciaire. Alors que les magistrats sont désormais sous le feu des critiques, une juge d’instruction nantaise, Fabienne Nicolas, a accepté de s’exprimer sur les causes profondes de cette situation. Ouest France révèle que celle-ci a détaillé, lors d’un entretien, les pressions qui pèsent quotidiennement sur les tribunaux et les conséquences pour les affaires comme celle de Lyhanna.
Ce qu'il faut retenir
- Une juge d’instruction nantaise, Fabienne Nicolas, a partagé son analyse sur la crise du système judiciaire.
- Elle évoque une charge de travail excessive et des délais judiciaires trop longs, aggravés par un code de procédure pénale en constante expansion.
- La politique du chiffre, selon elle, aurait « fracturé » la chaîne judiciaire, en recentrant les priorités sur des objectifs quantitatifs plutôt que qualitatifs.
- Depuis l’affaire Lyhanna, les magistrats sont sous une pression accrue, notamment sur leur gestion des suivis de dossiers sensibles.
- Le code de procédure pénale est pointé du doigt pour son volume croissant, rendant son application toujours plus complexe.
Une justice sous tension, des magistrats en première ligne
Fabienne Nicolas, juge d’instruction à Nantes, n’a pas mâché ses mots pour décrire la situation actuelle. Ouest France rapporte qu’elle a souligné un système « au bord de l’explosion », en raison d’une accumulation de facteurs défavorables. Parmi eux, la charge de travail des magistrats, souvent qualifiée de « colossale », ne cesse de s’alourdir. Les délais entre l’ouverture d’une enquête et un jugement définitif s’allongent, parfois sur plusieurs années, ce qui complique le travail des juges comme celui des policiers.
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Des affaires comme celle de Lyhanna, ça peut arriver partout», a-t-elle déclaré à Ouest France. Cette phrase résume son analyse : les failles du système ne sont pas propres à une juridiction, mais touchent l’ensemble du pays. Pour elle, le problème est structurel, et les remèdes ne peuvent être que collectifs.
Le code de procédure pénale et la politique du chiffre : des facteurs aggravants
Parmi les éléments pointés par Fabienne Nicolas figure l’évolution constante du code de procédure pénale. Selon elle, son inflation législative le rend de plus en plus difficile à appliquer, notamment pour les magistrats en première ligne. Les textes s’empilent, les modifications se succèdent, et la complexité s’accroît, au point que certains professionnels peinent à suivre. «
Le code ne cesse d’enfler, et avec lui, les attentes placées sur les épaules des juges», a-t-elle précisé.
Autre critique majeure : la politique du chiffre, qui pousse à traiter un maximum d’affaires en un minimum de temps. Fabienne Nicolas a expliqué à Ouest France que cette logique a « fracturé la chaîne judiciaire ». En privilégiant les statistiques de traitement plutôt que la qualité des décisions, certains maillons de la chaîne pénale — comme les enquêtes préliminaires ou les suivis de mesures — se trouvent fragilisés. Résultat : des dossiers sensibles, comme ceux impliquant des personnes déjà connues des services judiciaires, peuvent échapper à une surveillance suffisante.
Lyhanna, un cas symptomatique des failles du système
L’affaire de Lyhanna, 11 ans, tuée en 2025 par un homme que la justice connaissait déjà, a cristallisé les critiques. Selon Ouest France, cette tragédie a mis en lumière les risques liés à un suivi judiciaire défaillant. Fabienne Nicolas a rappelé que les magistrats doivent composer avec des moyens limités, tandis que les attentes de la société — et des médias — sont immenses. «
On nous demande d’être infaillibles, alors que le système est conçu pour être faillible», a-t-elle indiqué, sans détour. Pour elle, le drame de Lyhanna illustre les conséquences concrètes de cette équation impossible : des failles humaines ou organisationnelles, dans un contexte où la pression est constante.
Fabienne Nicolas a conclu son entretien en insistant sur la nécessité de « redonner du sens au travail judiciaire ». Pour elle, cela passe par un recentrage sur l’humain, au détriment des indicateurs quantitatifs. Une position qui, si elle devait être entendue, pourrait marquer un tournant dans la gestion des affaires judiciaires en France.