Les avocats des deux hommes mis en cause dans l'agression mortelle ayant coûté la vie à Noahm, 19 ans, le 30 mai dernier à Metz, contestent désormais la qualification de crime homophobe retenue par le parquet. Selon BFM - Faits Divers, ils estiment que la décision du procureur a été influencée par des « prises de position politiques » et par l'émotion suscitée autour de ce drame, notamment après la minute de silence organisée à l'Assemblée nationale.

Le procureur de la République de Metz, David Touvet, avait d'abord écarté, dans un premier temps, l'hypothèse d'une motivation homophobe. Cependant, face aux réactions publiques et aux appels à reconnaître ce caractère aggravant, il a finalement annoncé jeudi 11 juin que l'enquête serait désormais élargie à cette piste. Une décision qui intervient alors que plusieurs responsables politiques, dont Jean-Luc Mélenchon, avaient dénoncé un meurtre homophobe après la mort de Noahm, suscitant un vif débat sur l'indépendance de la justice.

Ce qu'il faut retenir

  • Noahm, 19 ans, est décédé le 30 mai 2026 des suites d'une agression violente à Metz.
  • Le parquet de Metz a d'abord écarté la piste homophobe avant de l'inclure dans l'enquête sous la pression médiatique et politique.
  • Les avocats des deux suspects, âgés de 27 et 20 ans, dénoncent une « instrumentalisation du droit » et une accélération anormale de la procédure.
  • La famille de Noahm se réjouit de l'élargissement de l'enquête, tout en refusant toute récupération politique du drame.
  • Une marche des fiertés est prévue samedi à Metz pour rendre hommage à Noahm et sensibiliser à la lutte contre les violences LGBT+.

Une décision judiciaire contestée par la défense

Les avocats des deux suspects, interpellés dans les jours suivant l'agression, ont vivement réagi à la volte-face du parquet. Me Anthony Besnier, qui défend l'homme de 27 ans, a dénoncé dans un communiqué une décision « manifestement » influencée par « la minute de silence à l'Assemblée nationale et les diverses prises de position politiques et publiques ». Pour lui, « cela ne saurait être acceptable dans un État de droit où le pouvoir judiciaire doit être indépendant ». Il s'interroge également sur la légitimité des responsables politiques à se prononcer sans accès au dossier : « Comment les personnes publiques, et notamment les femmes et hommes politiques de tout bord, ont-elles pu prendre position alors qu'elles n'ont pas accès au dossier ? »

Me Nadège Nehlig, qui représente le second mis en cause, âgé de 20 ans, a mis en garde contre les dérives d'une justice trop exposée à l'opinion publique. Dans un communiqué séparé, elle a souligné que « la médiatisation intense semble avoir conduit à une accélération inhabituelle de la procédure, ce qui soulève nécessairement des interrogations quant au respect des droits de la défense ». Pour elle, « à trop vouloir rassurer l'opinion, on finit par instrumentaliser le droit et par affaiblir le rôle même du juge ».

La famille de Noahm salue l'élargissement de l'enquête

À l'inverse, Me Sophie Friha, avocate de la famille de Noahm, a accueilli avec satisfaction l'inclusion de la dimension homophobe dans l'enquête. Elle a affirmé que cette décision reposait sur « des indices graves et concordants », et non sur une pression politique ou médiatique. Selon elle, « ce concours de circonstances » justifie pleinement cette orientation, même si elle reconnaît que l'émotion collective a pu jouer un rôle dans la prise de conscience judiciaire.

La famille a par ailleurs tenu à préciser qu'elle souhaitait avant tout que ce drame serve à sensibiliser la société aux violences contre les personnes LGBT+, tout en refusant toute récupération par des partis politiques. « Personne ne doit mourir pour qui il est ou pour qui il aime dans notre pays », avait déjà dénoncé Aurore Bergé, présidente du groupe Renaissance à l'Assemblée nationale, dans une déclaration relayée par les médias.

Un drame qui suscite un élan de mobilisation

L'affaire Noahm a provoqué une vague de réactions dans le pays, avec des appels à reconnaître systématiquement le caractère homophobe des agressions mortelles. À l'Assemblée nationale, une minute de silence a été observée mardi en hommage à Noahm, aux côtés de celle en mémoire de Lyhanna, une fillette de 11 ans tuée en 2023 dans des circonstances similaires. Cette initiative, portée par Mathilde Panot, présidente du groupe La France Insoumise, a été suivie par de nombreux députés, illustrant l'ampleur du débat.

À Metz, une marche des fiertés est organisée ce samedi 14 juin pour rendre hommage à Noahm. Marie Olléon-Dumas, directrice de l'association Couleurs Gaies, a confirmé qu'un cousin du jeune homme prendrait la parole lors de cet événement. Mathilde Panot a également annoncé sa participation, confirmant l'engagement politique autour de cette cause.

Et maintenant ?

L'enquête, désormais orientée vers une possible motivation homophobe, pourrait aboutir à un procès d'ici plusieurs mois. Les prochaines étapes incluront l'analyse des éléments à charge, ainsi que des auditions complémentaires. La justice devra trancher sur la qualification exacte des faits, dans un contexte où l'indépendance du parquet est questionnée. Une décision judiciaire qui pourrait, selon les observateurs, établir un précédent sur la manière de traiter les violences à caractère discriminatoire.

Alors que la société civile s'apprête à manifester ce samedi, l'affaire Noahm continue de cristalliser les tensions autour de la lutte contre les violences LGBT+ et de l'indépendance de la justice. Un dossier qui, au-delà des débats juridiques, rappelle aussi l'urgence d'une mobilisation collective pour éradiquer les discriminations.

Selon BFM - Faits Divers, le procureur David Touvet a justifié ce revirement par l'émergence de « nouveaux éléments » et d'« indices graves et concordants » au cours de l'enquête. Cette décision intervient après des prises de position politiques et médiatiques fortes, notamment une minute de silence à l'Assemblée nationale, qui ont mis la pression sur la justice pour reconnaître le caractère homophobe de l'agression.