Selon Courrier International, les talibans en Afghanistan viennent d’adopter un décret encadrant la séparation des époux qui, de fait, légalise le mariage des enfants et complique considérablement la possibilité pour les femmes de demander le divorce. Ce texte, publié le 14 mai 2026 sous le titre « Sur la séparation judiciaire des époux », introduit des dispositions particulièrement restrictives pour les mineures mariées de force, selon plusieurs médias afghans en exil et des défenseurs des droits humains.
Ce qu'il faut retenir
- Un décret taliban du 14 mai 2026 fixe les conditions de divorce, rendant « presque impossible » pour les filles et jeunes femmes de demander le divorce contre la volonté de leur mari.
- Selon des estimations informelles, 70 % des filles afghanes ont été contraintes au mariage précoce ou forcé depuis l’interdiction de l’éducation par les talibans, dont 66 % avaient moins de 18 ans.
- Le décret stipule qu’une mineure ne peut dissoudre son mariage qu’à la puberté, et que son silence vaut consentement si elle ne s’y oppose pas formellement.
- Plus de 100 organisations de défense des droits humains ont appelé à l’abrogation immédiate de ce texte, le qualifiant de « violence systémique » envers les femmes et les enfants.
- Les Nations unies et la Commission indépendante des droits humains d’Afghanistan ont dénoncé une « nouvelle offensive juridique contre la dignité humaine des femmes ».
Un décret qui institutionnalise le mariage forcé des mineures
Le nouveau décret taliban, intitulé « Sur la séparation judiciaire des époux », redéfinit les conditions de divorce devant les tribunaux afghans. Selon Rukhshana, un média afghan en exil écrit par des femmes, ce texte rend « presque impossible pour les filles et les jeunes femmes le fait de demander le divorce contre la volonté de leur mari ». La loi précise qu’une mineure ne peut dissoudre son mariage qu’à la puberté, et que son silence à ce moment-là vaut consentement. Autant dire que, pour les milliers de filles mariées avant cet âge, la possibilité de se libérer d’une union forcée s’en trouve drastiquement réduite.
Comme l’explique Gandhara, ce décret, publié le 14 mai 2026, fixe les règles de la séparation des époux dans un pays où le mariage des enfants n’est pas explicitement interdit. Pourtant, la pratique est désormais encadrée par la loi, ce qui en renforce la légitimité. Le média Zan Times n’a pas hésité à qualifier ce texte de « nouvelle offensive juridique contre la dignité humaine des femmes ».
Des chiffres alarmants sur l’ampleur du phénomène
Depuis que les talibans ont interdit l’accès à l’éducation pour les filles en Afghanistan, les défenseurs des droits humains estiment que 70 % des filles ont été contraintes au mariage précoce ou forcé. Parmi elles, 66 % avaient moins de 18 ans, selon une estimation informelle relayée par Rukhshana. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise : en quelques années seulement, le régime a transformé une pratique déjà répandue en un système quasi institutionnel. Les conséquences sur la santé physique et mentale des jeunes femmes sont désastreuses, comme en témoignent les cas de violences conjugales signalés dans plusieurs provinces.
Le cas d’une jeune fille de 15 ans morte dans la province de Daikundi, dans le centre de l’Afghanistan, illustre tragiquement cette réalité. Selon les rapports du Centre afghan des droits humains, cette adolescente a subi des mois de violences conjugales avant de mourir des suites de ses blessures. À chaque agression, des notables du village sont intervenus pour la persuader de rester mariée, soulignant l’emprise des structures patriarcales et la complicité des autorités locales dans la perpétuation de ces mariages forcés.
Réactions internationales et mobilisations locales
Les réactions à ce décret n’ont pas tardé. À Kaboul, des manifestations ont été organisées pour protester contre ce texte, tandis que plus de 100 organisations de défense des droits humains ont conjointement appelé à son abrogation immédiate. Ces organisations, dont les noms sont cités par Kabul Now, dénoncent un texte qui « légitime le mariage des enfants et le mariage forcé tout en affaiblissant les protections juridiques des femmes et des mineurs ».
La Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (Manua) a également exprimé son inquiétude, qualifiant le décret de « nouvelle atteinte aux droits des femmes et des filles afghanes ». Dans un communiqué, elle souligne que ce texte « renforce la discrimination systémique, tant dans la loi que dans la pratique ». De son côté, la Commission indépendante des droits humains d’Afghanistan a dénoncé une approche gouvernementale qui « légitime le mariage des enfants, restreint le principe du libre consentement au mariage et, dans certains cas, prive même les femmes de ce droit ». Abdul Ahad Farzam, porte-parole de la commission, a précisé que cette loi « renforce les structures patriarcales et place les femmes dans une position de subordination et d’inégalité juridique ».
« Après avoir promulgué des centaines de décrets contre les femmes, les talibans tentent maintenant d’institutionnaliser le mariage des enfants au sein du cadre légal officiel. Au lieu d’assurer la sécurité et la justice, ils s’emploient à promulguer des décrets misogynes honteux et à réprimer les libertés individuelles. »
— Fatima, militante pour les droits des femmes, citée par Rukhshana
Une loi qui aggrave les violences conjugales et la détresse psychologique
Les conséquences de ce décret dépassent le cadre juridique. Selon les recherches menées par le Centre afghan des droits humains, la plupart des victimes de mariage dans l’enfance en Afghanistan signalent des violences domestiques et une grave détresse psychologique. Les témoignages recueillis par l’ONG révèlent des cas de femmes battues, privées de soins médicaux et maintenues dans un état de soumission totale. Les structures traditionnelles, comme les notables locaux ou les chefs religieux, jouent souvent un rôle actif dans la perpétuation de ces situations, en faisant pression sur les victimes pour qu’elles restent dans leur mariage.
Les experts s’accordent à dire que ce décret ne fera qu’aggraver une situation déjà critique. Abdul Ahad Farzam, de la Commission indépendante des droits humains d’Afghanistan, a rappelé que « le nouveau code des talibans et l’approche gouvernementale qui le sous-tend privent les femmes de leur droit au libre consentement, renforçant ainsi les inégalités structurelles ».
Pour les militantes afghanes, la lutte s’annonce longue et périlleuse. Comme le souligne Fatima, « les talibans ne reculeront pas sans une pression massive ». En attendant, des milliers de jeunes filles continueront de subir les conséquences de ce décret, privées de toute possibilité de recours.
Selon l’article 5 du décret du 14 mai 2026, une mineure ne peut dissoudre son mariage qu’à la puberté. Si elle ne s’y oppose pas formellement à ce moment-là, son silence est interprété comme un consentement. Cette disposition, critiquée par les défenseurs des droits humains, renforce la légitimité des mariages forcés en les encadrant légalement.
Plus de 100 organisations ont appelé à l’abrogation immédiate du décret. Elles prévoient de multiplier les campagnes de sensibilisation et d’exercer une pression internationale sur les talibans, notamment via les Nations unies et les pays voisins. Une mobilisation constante sera nécessaire pour espérer un revirement, mais les perspectives restent incertaines.