Près de 100 000 retraités pourraient avoir été lésés par des erreurs de gestion de l’Agirc-Arrco, le régime de retraites complémentaires des salariés du privé, selon BFM Business. Parmi eux, certains ont vu leur pension suspendue à tort, tandis que d’autres n’ont pas perçu les sommes qui leur étaient dues. Une révision de 100 000 dossiers a été lancée après la découverte d’incohérences dans les fichiers, à la suite d’un croisement des données avec la Direction générale des finances publiques (DGFiP).
D’après les informations recueillies par BFM Business auprès d’une source interne au conseil d’administration, le régime complémentaire a identifié, fin 2025, près de 14 millions de retraités affiliés. Parmi eux, 100 000 dossiers présentaient des anomalies suffisamment sérieuses pour justifier un réexamen. « Ces incohérences doivent être réexaminées, car il y a un doute », a précisé cette source. L’enquête a révélé des cas extrêmes, comme des retraités enregistrés comme étant âgés de plus de 110 ans, ou encore des bénéficiaires de pensions de réversion suspendues en raison d’un manque de réponse à des sollicitations répétées.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 100 000 dossiers de retraités sont en cours de réexamen par l’Agirc-Arrco pour des incohérences détectées en décembre 2025.
- Parmi les anomalies recensées figurent des retraités enregistrés comme ayant plus de 110 ans ou des pensions de réversion suspendues à tort.
- L’étude interne de décembre 2025 estimait que 12 000 retraités avaient été lésés pour un total de 69 millions d’euros à leur reverser.
- Quelque 86 000 autres retraités présentaient un risque élevé d’erreur, représentant un montant potentiel de 778 millions d’euros.
- Au total, 847 millions d’euros pourraient être dus à ces bénéficiaires, soit une moyenne de plus de 8 600 euros par retraité.
L’Agirc-Arrco a croisé pour la première fois, en décembre 2025, les bases de données du régime avec celles de la DGFiP. Cette opération a permis de repérer les anomalies. Parmi les cas les plus fréquents figurent les retraités vivant à l’étranger qui n’ont pas transmis chaque année la preuve de leur survie, condition obligatoire pour le versement de leur pension. D’autres situations concernent les veufs ou veuves bénéficiaires d’une pension de réversion. Ces derniers doivent régulièrement certifier qu’ils ne se sont pas remariés, sous peine de voir leur allocation suspendue. « Il s’agit souvent de personnes qui n’ont jamais réclamé », a souligné la source interne, précisant que l’Agirc-Arrco « fait elle-même cette démarche de vérification et réexamine les dossiers un par un ».
En décembre 2025, une étude interne présentée au conseil d’administration et révélée par Les Echos estimait à 12 000 le nombre de retraités identifiés comme « lésés ». Le montant à leur reverser était alors évalué à 69 millions d’euros. Par ailleurs, 86 000 retraités supplémentaires présentaient une probabilité « forte » d’avoir été victimes d’erreurs, pour un total de 778 millions d’euros. Au total, ce sont donc 847 millions d’euros qui pourraient être dus à ces bénéficiaires, soit une moyenne de plus de 8 600 euros par personne.
Le document de décembre 2025 est aujourd’hui considéré comme « obsolète ». Selon la source interne, « les 10 000 à 12 000 dossiers qui présentaient un doute sérieux sont aujourd’hui traités ». Si l’Agirc-Arrco devait de l’argent à ces retraités, les sommes leur sont désormais versées. Pour le reste, « un tiers à 40 % des dossiers ont été réglés ». L’institution précise que cette démarche proactive vise à corriger les erreurs sans attendre les réclamations des intéressés.
Ces erreurs rappellent les dysfonctionnements récurrents des régimes de retraite complémentaire, souvent pointés du doigt pour leur gestion administrative complexe. Elles surviennent dans un contexte où les retraités, déjà fragilisés par la stagnation du pouvoir d’achat, sont particulièrement sensibles aux manquements des caisses de retraite. L’Agirc-Arrco, qui gère les pensions de millions de salariés du privé, doit désormais accélérer le traitement des dossiers tout en garantissant la fiabilité de ses fichiers. Autant dire que la transparence et la réactivité seront déterminantes pour restaurer la confiance des bénéficiaires.
Ce réexamen s’inscrit dans une série de mesures visant à moderniser la gestion des retraites complémentaires. Depuis plusieurs années, l’Agirc-Arrco multiplie les initiatives pour améliorer la détection des anomalies, notamment via l’automatisation des contrôles et la collaboration avec les administrations fiscales. Ces efforts devraient permettre de réduire les erreurs à l’avenir, même si le processus en cours montre que des lacunes persistent encore.
L’Agirc-Arrco devrait contacter directement les retraités dont le dossier nécessite une correction. Aucun démarche proactive de la part des bénéficiaires n’est requise pour l’instant. En cas de doute, il est possible de consulter son espace personnel sur le site de l’Agirc-Arrco ou de contacter leur service client.
D’après la source interne, les dossiers présentant un « doute sérieux » ont déjà été traités. Pour les autres, le processus est en cours, mais aucune date précise n’a été annoncée. Les bénéficiaires concernés devraient être informés dès que les corrections auront été effectuées.