Depuis 2020, l’industrie pharmaceutique mondiale est confrontée à une pénurie croissante de primates utilisés pour tester médicaments et vaccins. Cette situation, née de l’interdiction par la Chine d’exporter ces animaux, a propulsé le prix des singes à des niveaux record et favorisé l’émergence d’un trafic transnational. Selon France 24, le Cambodge, la Thaïlande et le Laos sont devenus les plaques tournantes de ce commerce illégal, où des milliers d’animaux transitent chaque année vers les laboratoires occidentaux et asiatiques.

Ce qu'il faut retenir

  • L’interdiction chinoise d’exporter des primates en 2020 a provoqué une flambée des prix sur le marché mondial, passant de quelques milliers à plus de 20 000 dollars par singe selon des estimations rapportées par France 24.
  • Le Cambodge, la Thaïlande et le Laos sont les principaux pays d’où partent les singes, souvent capturés dans la nature ou issus d’élevages clandestins.
  • Ce trafic alimente un marché noir estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, alimentant des réseaux criminels et menaçant des espèces protégées.

Une interdiction chinoise aux conséquences mondiales

La décision de Pékin d’interdire l’exportation de primates non humains en 2020 a été motivée par des préoccupations sanitaires et la volonté de protéger sa biodiversité. Cependant, cette mesure a créé un vide sur le marché mondial, où les laboratoires pharmaceutiques – notamment américains et européens – dépendent fortement de ces animaux pour leurs essais cliniques. « Les besoins en singes pour la recherche médicale n’ont pas diminué, bien au contraire », a souligné un responsable du Centre de primatologie de l’Université Mahidol en Thaïlande, cité par France 24. « Mais les coûts de procurement ont explosé, ce qui pousse certains acteurs à contourner les réglementations ».

Thaïlande et Cambodge, plaques tournantes du trafic

La Thaïlande, connue pour ses élevages légaux de macaques, est devenue malgré elle un carrefour du trafic. Les animaux, souvent des macaques cynomolgus, sont capturés dans les forêts cambodgiennes ou thaïlandaises, puis acheminés vers des intermédiaires avant d’être revendus à des laboratoires en Europe ou aux États-Unis. Le Cambodge, où les contrôles aux frontières sont moins stricts, est régulièrement pointé du doigt. Selon des enquêtes menées par France 24, des milliers de singes quittent chaque année le port de Sihanoukville à destination de pays tiers, sous couvert de certificats frauduleux.

Les organisations de protection animale, comme Wildlife Friends Foundation Thailand, alertent depuis des années sur l’ampleur du phénomène. « Les méthodes de capture sont souvent brutales, et les conditions de transport relèvent de la maltraitance », a déclaré une porte-parole de l’association, qui refuse d’être nommée par crainte de représailles. « Ces animaux subissent un stress extrême, avec des taux de mortalité élevés avant même d’arriver en laboratoire ».

Des prix record et des réseaux criminels opportunistes

Avant 2020, un macaque coûte entre 2 000 et 5 000 dollars. Aujourd’hui, son prix peut dépasser 20 000 dollars, selon des données compilées par France 24 auprès de sources industrielles. Cette inflation a attiré des réseaux criminels spécialisés dans le trafic d’espèces protégées. Les singes sont achetés à bas prix aux chasseurs locaux, puis revendus à des intermédiaires qui falsifient les documents sanitaires et d’exportation. « Les profits sont énormes, et les risques sont limités en raison de la corruption dans certaines administrations », a expliqué un ancien douanier thaïlandais sous couvert d’anonymat.

Les espèces les plus touchées sont le macaque cynomolgus (Macaca fascicularis) et le macaque rhésus (Macaca mulatta), toutes deux protégées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES). Pourtant, selon un rapport de l’UICN publié en 2025, leurs populations sauvages diminuent dans plusieurs régions d’Asie du Sud-Est.

Et maintenant ?

Face à l’urgence, plusieurs pays asiatiques ont renforcé leurs contrôles. La Thaïlande a instauré en 2025 des unités spécialisées dans la lutte contre le trafic de primates, tandis que le Cambodge a signé un accord avec Interpol pour traquer les réseaux criminels. Pourtant, les experts estiment que ces mesures resteront insuffisantes sans une coopération internationale renforcée. D’ici la fin 2026, l’Union européenne devrait publier de nouvelles directives pour encadrer les importations de singes, mais leur application dépendra des États membres. Bref, le trafic pourrait persister tant que la demande des laboratoires ne sera pas régulée.

La question se pose désormais : les industries pharmaceutiques sont-elles prêtes à payer le prix de l’éthique ? Pour l’instant, la réponse reste floue. Les alternatives aux tests sur singes, comme les modèles informatiques ou les cultures cellulaires, progressent, mais elles ne couvrent pas encore tous les besoins de la recherche. En attendant, le marché noir continue de prospérer, alimenté par une demande insatiable.