Pour son sixième long-métrage en solo, la réalisatrice et comédienne Agnès Jaoui signe une comédie dramatique ambitieuse, « L’Objet du délit », qui interroge les transformations – et les persistances – des relations entre les hommes et les femmes après le mouvement #MeToo. Le film, présenté hors compétition lors du Festival de Cannes 2026, sort en salles ce mercredi 27 mai, selon Franceinfo - Culture.

Ce projet marque une première pour Agnès Jaoui : c’est son premier film écrit et réalisé sans Jean-Pierre Bacri, son complice de toujours disparu en 2021. Elle y adapte librement les mécanismes des Noces de Figaro de Mozart, un opéra lui-même inspiré du Mariage de Figaro de Beaumarchais, pour explorer les enjeux de pouvoir, de genre et de sororité dans un milieu aussi codifié que celui de l’opéra. Autant dire que le film, tourné en France et en Belgique, se situe à la croisée du drame et de la satire sociale.

Ce qu'il faut retenir

  • Un film en solo : premier long-métrage d’Agnès Jaoui sans Jean-Pierre Bacri, disparu en 2021.
  • Un cadre lyrique : l’histoire se déroule dans les coulisses d’une production des Noces de Figaro, opéra de Mozart.
  • Une accusation qui fait basculer l’intrigue : une révélation d’agression sexuelle vient perturber les répétitions et révéler les tensions sous-jacentes.
  • Un casting haut de gamme : Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Tiphaine Daviot et Maxime Pambet incarnent des personnages aux prises avec les mutations de la société.
  • Une sortie simultanée : le film sort en salles le 27 mai 2026, après sa présentation à Cannes le 22 mai hors compétition.

Une fiction inspirée par l’histoire, pour parler du présent

Dans « L’Objet du délit », Agnès Jaoui transpose les dynamiques de pouvoir et de séduction de l’opéra mozartien dans un contexte contemporain marqué par #MeToo. L’intrigue s’articule autour de Mirabelle, une influenceuse des réseaux sociaux qui se lance dans la mise en scène des Noces de Figaro avec l’ambition d’y imprimer une lecture résolument féministe. Soutenue par un mécène plus intéressé par ses charmes que par l’art lyrique, elle doit composer avec les attentes d’un milieu où les rapports de domination, de classe et de genre restent profondément ancrés.

Parmi les personnages centraux, on retrouve Hannah (Agnès Jaoui), une diva vieillissante qui incarne la comtesse, et Sophie (Tiphaine Daviot), une jeune chanteuse novice dont le père, passionné d’opéra, finance la production. Figaro est interprété par Eye Haïdara, tandis que Daniel Auteuil campe Igor, un chef d’orchestre en pleine crise existentielle après qu’une cantatrice a annoncé dévoiler le nom de dix hommes l’ayant agressée. « Peut-être que j’ai un peu insisté. À l’époque, les hommes insistaient jusqu’à ce que les femmes disent oui », confie-t-il, reflétant les ambiguïtés d’un monde où la frontière entre pression et consentement reste floue.

Une galerie de personnages entre clichés et renversements

Agnès Jaoui s’amuse à jouer avec les stéréotypes pour mieux les déconstruire. Le film s’ouvre sur des personnages caricaturaux – la diva capricieuse, le mécène prédateur, la jeune ingénue – avant de révéler leur complexité. Les répétitions des Noces de Figaro deviennent le théâtre d’une confrontation entre générations, où se mêlent rivalités professionnelles, tensions amoureuses et prises de conscience. Samir (Oussama Kheddam), le régisseur ignorant mais passionné, tombe amoureux de l’opéra et de Clothilde (Lucie Gallo), l’assistante de Mirabelle, illustrant la porosité entre vie personnelle et vie professionnelle.

Le scénario, riche en quiproquos et en dialogues à double sens, oscille entre comédie et drame. La réalisatrice s’inspire des procédés de Beaumarchais ou de Molière pour explorer les questions soulevées par #MeToo : qu’est-ce qui a vraiment changé dans les rapports hommes-femmes ? Les comportements masculins ont-ils évolué ? Autant de questions que le film aborde sans concession, mais avec humour et optimisme. « Le vieux monde est mort, il faut s’y faire », lance Igor dans une réplique qui résume l’état d’esprit général. Reste que, comme le suggère Agnès Jaoui, le chemin vers l’égalité est encore long.

« J’ai choisi Les Noces de Figaro parce que ça parle exactement de ce sujet-là, et que donc, ça permet de voir ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, et de mettre en perspective. »
Agnès Jaoui, réalisatrice, dans un entretien à Franceinfo - Culture

Un casting de choix au service d’une réflexion ambitieuse

Le film bénéficie d’un casting talentueux, où chaque acteur apporte une dimension supplémentaire au propos. Agnès Jaoui elle-même incarne Hannah, une diva en fin de carrière qui doit composer avec son âge et son héritage artistique. Face à elle, Daniel Auteuil campe Igor, un chef d’orchestre fragilisé par les révélations de #MeToo, tandis qu’Eye Haïdara donne une interprétation puissante et nuancée de Figaro. Tiphaine Daviot, Maxime Pambet, Oussama Kheddam et Lucie Gallo complètent cette distribution, chacun apportant sa propre sensibilité au récit.

Le choix de Mozart n’est pas anodin : Les Noces de Figaro, créé en 1786, était déjà à l’époque un pamphlet contre les privilèges de la noblesse et l’oppression des femmes. Agnès Jaoui exploite cette dimension subversive pour interroger les progrès – réels ou illusoires – accomplis depuis Beaumarchais. Le film alterne entre les airs lyriques, magnifiquement interprétés, et des scènes de répétition où les tensions humaines prennent le pas sur la musique. Bref, une partition où le rire et le drame s’entrelacent pour mieux cerner les contradictions de notre époque.

Et maintenant ?

La sortie de « L’Objet du délit » intervient à un moment où les débats sur les violences sexuelles et les rapports de pouvoir restent d’une actualité brûlante. Le film pourrait ainsi alimenter les discussions sur la place des femmes dans les milieux artistiques, mais aussi dans la société en général. Agnès Jaoui, qui dédie son œuvre à la mémoire de Jean-Pierre Bacri, propose une réflexion ouverte, sans dogmatisme, invitant chacun à questionner ses propres certitudes. Reste à voir si cette comédie dramatique saura toucher un public au-delà des festivals et des amateurs d’opéra.

Avec une durée de 2h14, « L’Objet du délit » s’adresse autant aux cinéphiles qu’aux spectateurs en quête de films engagés. Distribué par Studio Canal, il sera projeté dans les salles françaises et belges dès ce 27 mai 2026. Un rendez-vous à ne pas manquer pour ceux qui s’intéressent à l’art, à l’égalité et aux mutations de la société contemporaine.

La réalisatrice explique ce choix par la dimension subversive de l’opéra de Mozart, lui-même inspiré du Mariage de Figaro de Beaumarchais, qui remettait en cause les rapports de domination à l’époque. « Ça permet de voir ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, et de mettre en perspective », précise-t-elle dans un entretien à Franceinfo - Culture.