Dans un secteur encore largement dominé par les hommes, les femmes agricultrices subissent les préjugés et les inégalités structurelles, malgré leur engagement quotidien. Selon BFM Business, 17 % d’entre elles conservent le statut de « conjointe ou parente », un frein majeur à leur autonomie financière et à leurs droits sociaux. Ce constat, dressé à travers des témoignages recueillis dans plusieurs régions, révèle une réalité où persiste un machisme tenace, des rivalités et une invisibilisation systématique des compétences féminines.

Ce qu'il faut retenir

  • 17 % des agricultrices conservent le statut de « conjointe ou parente », limitant leurs droits à la retraite et leur autonomie financière (source : ministère de l’Agriculture, cité par BFM Business).
  • Seulement 29 % des actifs agricoles et un quart des chefs d’exploitation sont des femmes, selon les dernières données disponibles.
  • Les agricultrices dénoncent des surnoms dévalorisants (« princesse tracteur »), des questions récurrentes sur leur légitimité (« il est où le chef ? ») et des difficultés à accéder à des postes de décision.
  • Un plan gouvernemental, présenté en février 2026, vise à favoriser la place des femmes dans le secteur, mais son impact reste à évaluer.
  • Les revenus des exploitations dirigées ou co-dirigées par des femmes atteignent souvent des niveaux critiques, parfois inférieurs au Smic.

Un quotidien marqué par l’invisibilisation et les préjugés

Sur les exploitations, les femmes font face à des remarques dévalorisantes ou à une méfiance persistante. Élodie Lac, éleveuse de 4 000 poulets bio dans le Lot, raconte avoir été interrogée à plusieurs reprises sur son statut de « chef » : « Il est où le chef ? », lui a-t-on demandé à plusieurs reprises, y compris par des femmes. De son côté, Bérengère Viltard, maraîchère à Payrignac, évoque le surnom de « princesse tracteur » attribué par ses voisins, en raison de son apparence soignée. « On me regarde comme si j’étais une intruse », confie-t-elle.

Pour ces femmes, souvent issues du milieu agricole, la reconversion ou la reprise d’exploitation familiale s’accompagne de défis supplémentaires. Bérengère Viltard, ancienne secrétaire médicale, a dû suivre un Bac pro en maraîchage et une formation de technicienne trufficole pour diversifier ses activités. Pourtant, les obstacles persistent : « Ils ont appelé mon père pour savoir si j’étais lesbienne », rapporte-t-elle avec amertume. Une anecdote qui illustre le mépris et les stéréotypes encore prégnants.

« J’étais la femme de Jacques » : l’ombre portée des conjointes

Françoise Dufrene, 64 ans, a travaillé pendant trente ans « dans l’ombre » de son mari et de sa belle-mère, sans reconnaissance. À la mort de son époux, il y a quatre ans, elle a enfin « commencé à exister » : « C’est fou, mais il me semble que j’ai commencé à exister à ce moment-là », confie-t-elle. Avant cela, elle était perçue uniquement comme « la femme de Jacques », bien qu’elle ait géré la comptabilité, soigné les 150 veaux et participé aux récoltes de tabac et d’asperges.

Son témoignage rejoint celui de nombreuses agricultrices, dont Kyria Gay, maraîchère de 35 ans en Ariège. Celle-ci dénonce une « double peine » : des revenus souvent inférieurs au minimum vieillesse, malgré un travail acharné. « On survit grâce au restaurant fermier », précise-t-elle. Son engagement militant, notamment sur les réseaux sociaux, vise à « visibiliser les paysannes » et à briser ce silence imposé.

Des revenus précaires et une précarité sociale accentuée

Le secteur agricole, déjà difficile pour l’ensemble des exploitants, l’est encore plus pour les femmes. Élodie Lac, qui élève des poulets bio dans le Lot, admet ne pas parvenir à dégager un Smic, malgré quatre ans d’efforts : « Je fais femme assistée », déclare-t-elle avec ironie. Quant à Dominique Raud, éleveuse de chèvres et de vaches en Haute-Garonne, elle et son mari peinent à générer 600 euros par mois à deux, avec deux enfants à charge.

Cette précarité s’explique en partie par la répartition inégale des tâches et des responsabilités. Dominique Raud, vice-présidente de la Coordination rurale (CR) de Haute-Garonne, a créé un groupe de femmes au sein du syndicat pour échanger sur la protection sociale, la retraite ou encore les niveaux de vie. « On a l’impression d’être David contre Goliath », confie-t-elle, évoquant la solitude des agricultrices dans un milieu rural en crise.

« Je savais avec quelle corde et à quel endroit de la chèvrerie, mais je ne savais pas quand. »
— Dominique Raud, éleveuse en Haute-Garonne

Des avancées timides, mais des défis structurels persistants

Face à cette situation, le gouvernement a présenté en février 2026 un plan visant à « favoriser la place des femmes dans l’agriculture ». L’objectif : réduire les inégalités et améliorer l’accès des agricultrices aux droits sociaux. Pourtant, les chiffres restent préoccupants : 29 % seulement des actifs agricoles sont des femmes, et un quart des exploitations sont dirigées par elles.

Dominique Raud, qui a elle-même envisagé le suicide en raison du stress et de l’épuisement, souligne que « toutes les femmes que j’ai rencontrées menaient la danse ». Un constat qui montre que, malgré les obstacles, certaines parviennent à s’imposer, même dans un milieu encore largement patriarcal. « Il y a du mieux, mais c’est insuffisant », résume-t-elle.

Et maintenant ?

La mise en œuvre du plan gouvernemental, annoncé en février 2026, devrait être évaluée dans les mois à venir. Les prochaines échéances syndicales et les discussions autour de la réforme des retraites pourraient offrir des leviers pour améliorer la situation des agricultrices. Reste à voir si les mesures annoncées se traduiront par des changements concrets sur le terrain, où les mentalités évoluent lentement.

Par ailleurs, les initiatives locales, comme les groupes de parole créés par Dominique Raud, pourraient servir de modèles pour d’autres régions. L’enjeu est double : améliorer les revenus des agricultrices et briser l’invisibilisation qui les frappe depuis des décennies. Un combat qui s’annonce long, mais nécessaire.

Les agricultrices font face à plusieurs défis majeurs : un statut souvent précaire (17 % sont « conjointes ou parentes »), des revenus souvent inférieurs au Smic, une invisibilisation persistante dans un milieu très masculin, et des obstacles pour accéder à des postes de décision ou à des formations.

Ce plan vise à favoriser la place des femmes dans le secteur en améliorant leur accès aux droits sociaux, en luttant contre les inégalités et en encourageant leur représentation dans les instances décisionnelles. Son impact réel reste à évaluer, mais il s’agit d’une première étape pour répondre à une problématique structurelle.