Selon Libération, l’Algérie fait face depuis près d’un mois à une série d’incendies d’une ampleur historique dans sa partie orientale. Après trois semaines de lutte contre les flammes, 1 840 foyers ont été maîtrisés, mais le pays doit désormais composer avec un bilan humain qui ne cesse de s’alourdir et des remises en question sur la préparation des autorités face à ce type de catastrophe.
Ce qu'il faut retenir
- Près de 1 840 foyers maîtrisés après trois semaines d’incendies dans l’est de l’Algérie.
- Un bilan humain en hausse qui s’alourdit chaque jour.
- Des critiques se multiplient sur l’impréparation de l’État face à cette crise.
- Les feux ont pris une ampleur historique dans la région.
- Les autorités locales et nationales sont sous le feu des projecteurs.
Une crise qui s’étend sur trois semaines et plus
Les incendies, qui ravagent depuis le 18 juillet dernier les wilayas de l’est algérien, ont connu une intensification ces derniers jours. Selon les dernières données communiquées par les services de protection civile, 80 % des foyers actifs ont été éteints, mais les autorités redoutent une reprise des flammes en raison des températures élevées et du vent qui persiste dans la région. « La situation reste sous contrôle, mais fragile », a indiqué un porte-parole du ministère de l’Intérieur, sans pour autant donner de chiffres précis sur les surfaces brûlées.
Les régions les plus touchées restent celles de Skikda, Annaba et El Taref, où les feux ont détruit des milliers d’hectares de forêt et de cultures. Les habitants de ces zones, évacués en urgence, commencent tout juste à évaluer l’ampleur des dégâts matériels. Selon des témoignages recueillis par Libération, de nombreux villages restent encore isolés en raison des routes coupées par les flammes.
Un bilan humain qui s’alourdit et interroge
Le nombre de victimes ne cesse de croître. Selon le dernier bilan officiel, 23 personnes ont perdu la vie depuis le début des incendies, dont plusieurs pompiers et civils. Le chiffre des blessés, lui, dépasse les 150, certains dans un état critique. « Chaque jour qui passe, nous déplorons de nouvelles pertes, et c’est inacceptable », a réagi un responsable local sous couvert d’anonymat. Les associations de victimes réclament désormais une enquête indépendante pour déterminer les responsabilités dans la gestion de cette crise.
Autre point de tension : l’accès aux soins pour les populations affectées. Plusieurs centres médicaux de la région manquent cruellement de moyens, et les évacuations sanitaires vers les hôpitaux de Constantine ou d’Alger prennent parfois plusieurs heures. « On fait avec les moyens du bord, mais c’est insuffisant », a témoigné un médecin de Skikda.
Des critiques sur l’impréparation de l’État
Depuis le début de la crise, les autorités algériennes sont pointées du doigt pour leur manque de réactivité. « L’Algérie n’est pas préparée à ce type d’événements », a déclaré un expert en gestion des risques, contacté par Libération. Les critiques portent notamment sur le retard dans le déploiement des moyens aériens — seulement six avions Canadair étaient opérationnels au pic de la crise — et sur la coordination défaillante entre les différents services de secours.
Le président Abdelmadjid Tebboune a reconnu, lors d’une allocution télévisée dimanche, que « des lacunes » avaient été constatées dans la gestion de la crise. Il a annoncé la création d’une commission d’enquête et promis des « mesures immédiates » pour renforcer les moyens de lutte contre les incendies. « Nous tirerons les leçons de cette tragédie », a-t-il assuré, sans préciser de calendrier.
« L’Algérie n’est pas préparée à ce type d’événements. Les moyens aériens sont insuffisants, et la coordination entre les services laisse à désirer. » — Un expert en gestion des risques
Cette crise met également en lumière les enjeux environnementaux auxquels l’Algérie doit faire face. Les forêts de l’est du pays, déjà fragilisées par des décennies de déforestation illégale et de sécheresse, pourraient mettre des années à se rétablir. Pour les habitants, la priorité reste désormais la reconstruction, alors que les premières aides d’urgence commencent tout juste à arriver sur place.
Les wilayas de Skikda, Annaba et El Taref sont les plus affectées par les incendies, avec des milliers d’hectares de forêt et de cultures détruits. Ces zones, situées dans l’est du pays, restent partiellement isolées en raison des routes coupées par les flammes.