Près de 3 000 salariés et une production annuelle de **8 térawattheures**, soit près de 6 % de la consommation électrique espagnole : la centrale nucléaire d’Almaraz, située en Estrémadure, est un pilier du mix énergétique ibérique. Pourtant, selon BFM Business, l’avenir de ce site, l’un des plus puissants du pays, pourrait basculer dans les prochains mois. Entre enjeux économiques, sécurité des installations et pressions politiques, la centrale se retrouve au cœur d’un débat national.

D’après les informations recueillies par la chaîne d’information économique, la situation d’Almaraz cristallise les tensions autour du nucléaire en Espagne, un pays où la production électronucléaire couvre encore environ 20 % de la demande électrique, malgré la fermeture progressive de plusieurs réacteurs. BFM Business souligne que les décisions à venir pourraient redessiner le paysage énergétique espagnol pour les décennies à venir.

Ce qu'il faut retenir

  • La centrale nucléaire d’Almaraz, en Estrémadure, produit **8 TWh par an**, soit **6 %** de la consommation électrique espagnole.
  • Près de **3 000 salariés** y travaillent, un enjeu économique et social majeur pour la région.
  • L’Espagne produit encore **20 %** de son électricité grâce au nucléaire, malgré la fermeture programmée de plusieurs réacteurs.
  • Les décisions concernant Almaraz pourraient influencer la politique énergétique du pays dans les mois à venir.

Une centrale stratégique, mais sous surveillance

Mise en service en 1981 et 1983 pour ses deux réacteurs, Almaraz est l’une des centrales les plus importantes d’Espagne. Elle est exploitée par un consortium dirigé par Iberdrola (53 %), Endesa (36 %) et Gas Natural Fenosa (11 %). Selon BFM Business, la centrale a bénéficié d’investissements récents pour moderniser ses installations et prolonger sa durée de vie, mais les contrôles de sûreté restent stricts, notamment après l’accident de Fukushima en 2011.

Les autorités espagnoles ont déjà acté la fermeture de plusieurs réacteurs, comme ceux de Garona en 2019 ou Almaraz I, dont l’arrêt définitif est prévu en 2027. Pourtant, la question de la prolongation de certains sites, dont Almaraz II, reste ouverte. BFM Business indique que le gouvernement espagnol doit trancher d’ici fin 2026, une échéance cruciale pour des milliers d’emplois et l’approvisionnement électrique du pays.

Les défis politiques et environnementaux

Le nucléaire divise profondément en Espagne. D’un côté, le gouvernement de coalition de gauche, dirigé par le PSOE et Sumar, a affiché son opposition à toute nouvelle prolongation des réacteurs existants, privilégiant les énergies renouvelables. De l’autre, les régions comme l’Estrémadure, où se situe Almaraz, ainsi que les syndicats et une partie de la population locale, défendent farouchement la centrale, arguant qu’elle garantit des emplois stables et une énergie stable.

Selon BFM Business, le débat est d’autant plus vif que l’Espagne vise la neutralité carbone d’ici 2050. La question de la transition énergétique se pose donc : comment remplacer une production nucléaire représentant près d’un quart de l’électricité nationale sans compromettre la stabilité du réseau ? Les énergies renouvelables, en forte croissance, ne suffisent pas encore à couvrir l’intégralité des besoins, surtout lors des pics de demande.

« La décision sur Almaraz ne sera pas seulement technique, mais politique. Elle engagera l’Espagne pour des décennies »

— Un expert du secteur cité par BFM Business

Et maintenant ?

D’ici la fin de l’année 2026, le gouvernement espagnol devra publier sa stratégie énergétique à long terme. Une décision sur la prolongation d’Almaraz II est attendue pour cette période, ce qui pourrait déclencher des mouvements sociaux ou des recours juridiques. Par ailleurs, les négociations entre Madrid et Bruxelles sur les aides d’État pour le nucléaire – actuellement exclues des critères de financement verts de l’UE – pourraient jouer un rôle clé dans l’équation.

En cas de fermeture anticipée, les défis seront multiples : reconversion des salariés, remplacement de la production par d’autres sources (renouvelables ou gaz), et impact sur les prix de l’électricité. À l’inverse, une prolongation maintiendrait une partie du parc nucléaire espagnol, mais risquerait de compliquer la transition vers un mix 100 % renouvelable.

Une chose est sûre : la centrale d’Almaraz, symbole des débats énergétiques européens, restera sous les projecteurs dans les mois à venir.

Les deux réacteurs d’Almaraz, mis en service en 1981 et 1983, ont initialement une durée de vie prévue de 40 ans. Cependant, grâce à des modernisations, leur exploitation a été prolongée. Le réacteur Almaraz I doit fermer en 2027, tandis qu’Almaraz II pourrait continuer jusqu’en 2033, sous réserve d’une décision gouvernementale.