Alors que la France reste sous le choc de l’épidémie d’hantavirus dans l’Est, un nouveau front sanitaire se dessine avec l’extension des arboviroses, ces maladies transmises par le moustique tigre. Selon Libération, Christian Lehmann, médecin généraliste et auteur de chroniques sur les crises sanitaires, met en garde contre la recrudescence du chikungunya, de la dengue et du zika, trois virus dont les cas autochtones – contractés localement – se multiplient en métropole. Un phénomène directement lié à l’installation durable du moustique tigre (Aedes albopictus), désormais présent dans 71 départements français.

Ce qu'il faut retenir

  • Le moustique tigre est désormais implanté dans 71 départements, contre 67 en 2025, selon les dernières données de Santé publique France.
  • Trois arboviroses principales circulent : chikungunya, dengue et zika, avec des risques accrus de transmissions locales en période estivale.
  • En 2025, 1 200 cas importés de dengue ont été recensés en France métropolitaine, dont 65 % de voyageurs revenus d’outre-mer ou des Antilles.
  • Christian Lehmann, médecin et écrivain, souligne dans Libération que ces virus « pourraient devenir endémiques » si la vigilance collective faiblit.
  • Les autorités sanitaires rappellent l’importance de la prévention individuelle, notamment en éliminant les eaux stagnantes où se reproduisent les moustiques.

Des virus aux conséquences parfois lourdes pour les patients

Le chikungunya, originaire d’Afrique, se manifeste par des douleurs articulaires intenses pouvant persister des mois, voire des années. La dengue, surnommée « grippe tropicale », provoque fièvre élevée et douleurs musculaires, tandis que le zika, souvent asymptomatique, expose les femmes enceintes à un risque accru de malformations fœtales en cas de contamination. « Ces maladies ne sont pas anodines », rappelle Christian Lehmann. « Une épidémie de dengue en Corse en 2023 a laissé des séquelles durables chez plusieurs habitants. » Selon l’Institut Pasteur, le coût moyen d’une hospitalisation pour dengue en France s’élève à 2 500 euros, sans compter les arrêts de travail prolongés.

Le moustique tigre, vecteur principal de ces arboviroses, prospère dans les zones urbaines, où les eaux stagnantes dans les gouttières, pots de fleurs ou pneus abandonnés lui offrent des lieux de ponte idéaux. « En ville, la prolifération est inévitable si les gestes de prévention ne sont pas généralisés », explique-t-il. En 2025, les régions Occitanie et Provence-Alpes-Côte d’Azur ont enregistré les plus fortes densités de moustiques tigres, suivies de près par l’Auvergne-Rhône-Alpes et la Nouvelle-Aquitaine.

Une vigilance accrue, mais des lacunes persistantes

Face à cette menace, les autorités sanitaires ont renforcé les campagnes de surveillance, comme le dispositif « Signalement moustique » lancé en 2020. Les particuliers sont invités à signaler la présence de moustiques tigres via l’application « Signalement moustique » ou le site du ministère de la Santé. Pourtant, selon un rapport de l’Assemblée nationale publié en mars 2026, seulement 40 % des Français connaissent ces outils, et les campagnes de prévention peinent à toucher les populations les plus exposées, notamment dans les quartiers populaires.

« On observe un manque criant de coordination entre les communes », souligne Christian Lehmann. « Certaines villes comme Montpellier ou Nice ont mis en place des plans anti-moustiques ambitieux, avec traitement des zones humides et pulvérisation ciblée, mais d’autres, moins riches, n’ont pas les moyens de suivre. » Une situation qui contraste avec la rigueur des mesures prises dans les départements d’outre-mer, où les épidémies sont récurrentes. « En Guyane ou à La Réunion, les populations sont habituées à vivre avec ces risques. En métropole, l’alerte reste souvent perçue comme une menace lointaine jusqu’à ce qu’un cas local soit détecté. »

Et maintenant ?

Pour les prochains mois, les experts s’attendent à une intensification des cas de dengue et de chikungunya, avec un pic attendu entre juillet et septembre. Les autorités sanitaires préparent déjà des plans d’urgence, incluant des distributions de répulsifs dans les zones à risque et des opérations de démoustication préventive. Une réunion interministérielle est prévue début juin pour évaluer les moyens à mobiliser, alors que le moustique tigre continue son expansion vers le nord du pays.

Christian Lehmann appelle à une prise de conscience collective : « Les arboviroses ne sont plus une menace exotique. Avec le réchauffement climatique, elles pourraient s’installer durablement. Autant dire que chaque goutte d’eau stagnante compte. »

Le chikungunya se caractérise par des douleurs articulaires sévères, souvent accompagnées de fièvre et d’une éruption cutanée. La dengue, elle, provoque une fièvre plus élevée, des douleurs musculaires intenses et parfois des saignements de nez ou des gencives. Les deux maladies peuvent entraîner une fatigue prolongée. En cas de symptômes, il est recommandé de consulter un médecin et de signaler le cas via l’application « Signalement moustique ».