Le Département de la Justice américain (DOJ) a annoncé, ce vendredi 24 avril 2026, le gel de 700 millions de dollars en cryptomonnaies, liés à des réseaux d’arnaques financières de type « pig butchering ». Selon Cryptoast, cette opération s’inscrit dans le cadre d’une vaste enquête menée en Asie du Sud-Est, où deux hommes d’origine chinoise ont été inculpés pour avoir dirigé des centres de fraude au Myanmar et au Cambodge.

Ce qu'il faut retenir

  • Le DOJ a saisi 700 millions de dollars en cryptomonnaies, issus de réseaux d’arnaques « pig butchering » en Asie du Sud-Est.
  • Deux ressortissants chinois ont été inculpés pour avoir dirigé des centres de fraude au Myanmar et au Cambodge, où des victimes étaient contraintes de travailler.
  • Le DOJ a également ordonné la fermeture de 503 sites web frauduleux et offre une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars pour toute information menant à la démantèlement des réseaux.
  • Les pertes déclarées liées à ces arnaques ont bondi de 3,96 milliards de dollars en 2023 à plus de 7,2 milliards en 2025, selon le rapport 2025 de l’IC3.

Une opération d’envergure contre les centres d’arnaque en Asie du Sud-Est

Le Département de la Justice américain a mené une opération coordonnée pour démanteler un réseau massif d’arnaques financières en Asie du Sud-Est. Deux hommes, tous deux originaires de Chine, ont été officiellement inculpés pour avoir orchestré des centres de fraude au Myanmar et au Cambodge. Ces infrastructures, souvent qualifiées de « pig butchering » (ou « engraissement de porc »), reposent sur une stratégie en trois étapes : approcher les victimes, les manipuler émotionnellement, puis les convaincre d’investir dans de fausses plateformes de trading.

Dans ces schémas, les escrocs utilisent des canaux comme Telegram pour recruter des travailleurs, parfois des victimes de traite, qu’ils retiennent contre leur gré. Ces derniers sont contraints de commettre des fraudes sous la menace de violences ou de torture. Le DOJ précise que les fonds récoltés par ces réseaux transitent ensuite par des cryptomonnaies, ce qui complique leur traçabilité. 700 millions de dollars ont ainsi été saisis dans le cadre de cette opération.

Une récompense de 10 millions de dollars pour démanteler les réseaux

En plus de la saisie des cryptomonnaies, le DOJ a ordonné la fermeture de 503 sites web frauduleux utilisés pour tromper les victimes. L’agence a également lancé un appel à témoins en offrant une récompense pouvant atteindre 10 millions de dollars. Cette prime s’applique à toute information permettant de démanteler les réseaux d’arnaque, notamment ceux liés aux centres frauduleux situés dans l’État Karen, au Myanmar.

Cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une opération plus large baptisée « Level Up », chapeautée par le FBI. Les autorités américaines soulignent la complexité de ces enquêtes, ces réseaux s’étendant souvent sur plusieurs juridictions et impliquant des acteurs locaux, comme le sénateur cambodgien Kok An, accusé de participer à ces architectures frauduleuses.

Des pertes en constante augmentation, des chiffres sous-estimés

Selon le rapport annuel 2025 de l’IC3 (Internet Crime Complaint Center), les pertes déclarées liées aux arnaques « pig butchering » ont connu une croissance exponentielle ces dernières années. Elles sont passées de 3,96 milliards de dollars en 2023 à 5,8 milliards en 2024, puis à plus de 7,2 milliards en 2025. Les autorités reconnaissent cependant que ces chiffres restent largement sous-estimés, la majorité des victimes ne signalant pas les faits par honte ou méconnaissance des procédures.

« Ces arnaques reposent sur une manipulation psychologique de longue haleine, où les victimes sont progressivement convaincues d’investir des sommes toujours plus importantes, explique un porte-parole du DOJ. Les escrocs exploitent la confiance et l’isolement pour vider les comptes de leurs victimes. » Les cryptomonnaies, en raison de leur pseudonyme et de leur caractère transfrontalier, restent un outil privilégié pour blanchir ces fonds.

Et maintenant ?

Cette opération marque une étape importante dans la lutte contre les réseaux de « pig butchering », mais les autorités reconnaissent que le combat est loin d’être terminé. Les prochains mois devraient voir une intensification des collaborations internationales, notamment avec les pays d’Asie du Sud-Est, pour traquer les responsables et récupérer les fonds. Une conférence internationale sur la cybersécurité, prévue en juin 2026, pourrait aborder cette question et renforcer les cadres juridiques existants.

Les experts s’attendent également à une adaptation des méthodes des escrocs, qui pourraient se tourner vers de nouvelles technologies, comme l’intelligence artificielle, pour perfectionner leurs techniques de manipulation. Pour les utilisateurs de cryptomonnaies, cette affaire rappelle l’importance de la vigilance et de la vérification systématique des plateformes d’investissement.

Comment reconnaître une arnaque « pig butchering » ?

Les arnaques de type « pig butchering » reposent sur une approche méthodique et progressive. Les victimes, souvent approchées via des réseaux sociaux ou des applications de messagerie, sont d’abord mises en confiance par des échanges anodins. Les escrocs cultivent une relation de proximité, parfois pendant des semaines, avant de proposer un investissement « sans risque » avec des rendements exceptionnels. Voici les signes qui doivent alerter :

  • Une pression constante pour investir rapidement, sous prétexte de « ne pas rater une opportunité ».
  • Des plateformes d’investissement non régulées, souvent présentées comme des « startups innovantes » ou des « projets exclusifs ».
  • Des rendements anormalement élevés (plus de 10 % par mois), sans justification économique.
  • L’impossibilité de retirer ses fonds une fois investis, ou des frais exorbitants pour y parvenir.

Les autorités rappellent que les plateformes légitimes de trading ou d’investissement sont toujours enregistrées auprès des régulateurs nationaux. En cas de doute, il est conseillé de consulter les listes noires publiées par les organismes de surveillance, comme l’AMF en France ou la SEC aux États-Unis.

« Ces réseaux exploitent la cupidité et la confiance des victimes. Il est crucial de sensibiliser le public à ces mécanismes, car la prévention reste notre meilleur outil. »
Un porte-parole du DOJ, cité par Cryptoast.

Le « pig butchering » (littéralement « engraissement de porc ») est une arnaque financière où les escrocs manipulent leurs victimes sur le long terme pour leur soutirer des fonds. Ils commencent par établir une relation de confiance, avant de les convaincre d’investir dans de fausses opportunités à haut rendement. Les fonds sont ensuite détournés, et les victimes ne peuvent plus les récupérer. Cette technique combine manipulation psychologique et fraude aux investissements.

Les cryptomonnaies offrent aux escrocs plusieurs avantages : anonymat relatif, transactions rapides et transfrontalières, et difficulté à tracer les fonds une fois convertis. Contrairement aux virements bancaires, les cryptomonnaies permettent de contourner les systèmes de contrôle traditionnels. De plus, leur nature décentralisée rend leur régulation complexe, surtout lorsque les réseaux frauduleux opèrent depuis des pays peu coopératifs.