Dans un contexte de hausse continue des dépenses de protection sociale, la question des arrêts de travail courts revient sur le devant de la scène politique. Selon Franceinfo - Santé, le candidat Horizons à l'élection présidentielle, Édouard Philippe, a récemment réaffirmé sa volonté de « mettre fin à l’open bar des arrêts de travail », une formule choc qui a suscité de vives réactions. Face à cette déclaration, les chiffres et les pratiques réelles méritent d’être éclaircis.

Ce qu'il faut retenir

  • Les arrêts de travail courts représentent une part croissante des prescriptions médicales en France depuis la pandémie de Covid-19.
  • Les centres de soins non programmés, où les consultations sont rapides et sans rendez-vous, sont pointés du doigt comme des pourvoyeurs importants de ces arrêts.
  • Les téléconsultations, bien que moins nombreuses (2% à 4% des arrêts), débouchent dans 6% à 11% des cas sur une prescription, souvent pour une durée très limitée (deux jours en moyenne).
  • Depuis 2024, un médecin non traitant ne peut prescrire qu’un arrêt de trois jours maximum en téléconsultation.
  • Le syndicat MG France dénonce une stigmatisation des patients et une simplification excessive des critiques portées sur les médecins.

Un débat relancé par la hausse des arrêts maladie

Lors d’un débat organisé le 27 août 2026 avec le MEDEF, Édouard Philippe a vivement critiqué ce qu’il qualifie d’« open bar des arrêts de travail ». Il s’appuie sur une hausse significative du nombre d’arrêts maladie depuis la crise sanitaire, notamment chez les cadres. Frédéric Valletoux, député Horizons et ancien ministre délégué à la Santé, a enfoncé le clou le lendemain en affirmant que « le système social prend l’eau » et que « la protection sociale est en naufrage ». Une rhétorique qui interroge, alors que les données disponibles restent parcellaires.

Des centres de soins non programmés sous le feu des projecteurs

Si les médecins généralistes restent les principaux prescripteurs d’arrêts maladie, leur cadre d’intervention s’est diversifié. Certains praticiens exercent en effet dans des centres de soins non programmés, où les consultations sont rapides, parfois sans rendez-vous, et où l’accès aux médecins traitants est difficile. Selon MG France, principal syndicat de médecins généralistes, ces centres seraient devenus de « gros pourvoyeurs d’arrêts maladie courte durée ». Pourtant, impossible d’en établir un chiffre précis : ces structures n’apparaissent pas comme une catégorie distincte dans les bases de données de l’Assurance maladie.

Yoann Saynac, vice-président de MG France, précise que ce constat repose sur des « remontées de terrain ». Autant dire que le manque de transparence complique toute évaluation objective de la situation. Les médecins interrogés rapportent en effet une tendance à la multiplication des arrêts courts, souvent délivrés dans des contextes où le patient n’a pas de médecin attitré.

Les téléconsultations : un phénomène marginal mais encadré

Côté téléconsultations, la situation est plus claire, car ces actes sont traçables. Selon les dernières données de l’Assurance maladie et de la Cour des comptes, les arrêts prescrits via ce canal représentent entre 2% et 4% du total annuel des arrêts maladie en France. Une étude de la Cour des comptes, publiée en avril 2025, révèle des disparités régionales : en 2024, 6% des consultations en Île-de-France et 11% dans le Grand Est débouchaient sur un arrêt de travail lors d’une téléconsultation. Ces arrêts étaient en moyenne très courts, d’une durée de deux jours.

Ce phénomène s’explique en partie par un encadrement strict depuis 2024 : un médecin traitant qui n’est pas celui du patient ne peut prescrire un arrêt que pour une durée maximale de trois jours. Une mesure qui vise à limiter les abus, mais qui ne résout pas la question plus large des arrêts courts dans les centres de soins physiques.

MG France dénonce une stigmatisation des patients et des médecins

Le syndicat MG France a vivement réagi aux déclarations d’Édouard Philippe et de ses soutiens. Dans un communiqué, il dénonce une « stigmatisation des patients et une décrédibilisation des médecins ». Pour le syndicat, les critiques portées sur les arrêts courts ignorent les réalités du terrain, où les patients n’ont parfois d’autre choix que de se rendre dans des centres de soins pour obtenir une consultation rapide. « On ne peut pas tout mettre sur le dos des arrêts maladie », souligne Yoann Saynac, qui rappelle que la hausse des prescriptions s’inscrit dans un contexte plus large de dégradation des conditions de travail et de santé mentale.

Le débat dépasse donc la simple question des arrêts maladie. Il interroge le système de santé dans son ensemble, son accessibilité et son financement. Alors que les candidats à l’élection présidentielle commencent à dévoiler leurs propositions pour réformer la protection sociale, la question des arrêts courts risque de rester un sujet sensible.

Et maintenant ?

Si les déclarations d’Édouard Philippe et de ses soutiens visent à alerter sur la soutenabilité du système, aucune mesure concrète n’a encore été détaillée pour encadrer spécifiquement les arrêts de travail courts. La prochaine étape pourrait être l’annonce d’un projet de loi ou d’amendements dans le cadre d’une réforme plus large de la protection sociale. Les acteurs du secteur médical, eux, appellent à une réflexion plus globale sur l’accès aux soins et les conditions de travail des praticiens. Reste à voir si ces pistes seront prises en compte dans les débats à venir.

Une question qui divise les acteurs de santé

Pour certains observateurs, la hausse des arrêts courts reflète une tendance de fond : la dégradation de la santé mentale et physique des Français, aggravée par la crise sanitaire et les nouvelles formes de travail. D’autres y voient au contraire un signe de détournement du système, même si les données disponibles ne permettent pas de trancher. Une chose est sûre : la polémique autour des arrêts maladie courts n’est pas près de s’éteindre, surtout à l’approche d’une élection présidentielle où chaque sujet de société devient un enjeu politique.

D’après les données de l’Assurance maladie et de la Cour des comptes, les arrêts de travail courts, délivrés notamment via les téléconsultations, ont une durée moyenne de deux jours. Lorsqu’un arrêt est prescrit en téléconsultation par un médecin non traitant, il est limité à trois jours maximum depuis 2024.

Ces centres, où les consultations sont rapides et sans rendez-vous, sont suspectés de délivrer un nombre important d’arrêts de travail courts. Selon MG France, ils seraient devenus des « pourvoyeurs » majeurs de ces prescriptions. Cependant, l’Assurance maladie ne les identifie pas comme une catégorie distincte, ce qui rend difficile l’évaluation précise de leur impact.