Selon Franceinfo - Santé, le débat sur le coût des arrêts maladie pour les finances publiques s’intensifie à l’approche de la préparation du budget 2027. Plusieurs responsables politiques ont récemment pointé du doigt les dépenses liées à ces indemnités, mais les données disponibles montrent une réalité plus nuancée.

Ce qu'il faut retenir

  • Les arrêts longs, de plus de trois mois, représentent 64 % des dépenses d’indemnités journalières tout en ne constituant que 13 % du total des arrêts de travail.
  • Les arrêts courts, de moins d’un mois, forment 73 % des arrêts indemnisés en 2024 mais n’accaparent que 16 % des dépenses.
  • Les causes principales de ces arrêts longs sont les troubles de santé mentale liés au travail et les souffrances articulaires, selon les médecins généralistes.
  • Le coût des arrêts maladie a augmenté de 72 % entre 2011 et 2024, en partie à cause de l’inflation et du vieillissement de la population.

Des déclarations politiques qui relancent le débat

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a critiqué, dans une interview accordée au Parisien le 29 août 2026, « les abus qui explosent ces dernières années » en matière d’arrêts maladie. Il a appelé à « mettre fin à l’open bar » des indemnités journalières. Édouard Philippe, candidat du parti Horizons à l’élection présidentielle de 2027, a tenu des propos similaires lors de l’université de rentrée du Medef, le 27 août, dénonçant un système « sans contrôle ». Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement doit finaliser son projet de loi de finances pour 2027.

Les médecins généralistes pointent des amalgames dangereux

Agnès Giannotti, présidente du syndicat MG France, a réagi à ces prises de position, dénonçant une « stigmatisation des patients et une décrédibilisation des médecins » dans un entretien diffusé sur franceinfo le 28 août 2026. Elle a mis en garde contre les confusions entretenues entre arrêts courts et arrêts longs : « On mélange tout, ce n’est pas du tout la même chose. Les arrêts courts correspondent à deux ou trois jours pour une gastro ou une infection banale. Ce qui coûte cher, ce sont les arrêts longs, souvent liés à des problèmes de santé mentale au travail ou à des souffrances articulaires. »

Les chiffres confirment : les arrêts longs sont les plus coûteux

Les données publiées par l’Assurance maladie sur ses dépenses d’indemnités journalières entre 2011 et 2024 confirment cette analyse. Les arrêts de plus de trois mois ont absorbé 64 % du budget dédié, alors qu’ils ne représentaient que 13 % du total des arrêts. À l’inverse, les arrêts de moins d’un mois, qui constituent 73 % des cas indemnisés en 2024, n’ont pesé que pour 16 % des dépenses. Cette disproportion s’explique notamment par le délai de carence de trois jours non indemnisés dans le secteur privé, ainsi que par la courte durée de ces arrêts.

Un rapport annexé au projet de loi de finances de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026 précise que, en 2023, « les arrêts courts d’une durée indemnisée inférieure à huit jours formaient près de la moitié des arrêts indemnisés, mais ne représentaient que 4 % de la dépense d’indemnités journalières. » À l’inverse, les arrêts de plus de six mois, bien que minoritaires (7 % des cas), absorbaient 45 % des dépenses. Ces proportions restent stables en 2026, avec des variations de seulement un à deux points.

Une tendance stable malgré la hausse globale des arrêts maladie

Entre 2011 et 2024, le nombre total d’arrêts maladie a augmenté de 23 %, tandis que les dépenses d’indemnités journalières ont progressé de 72 %. Cette disparité s’explique par plusieurs facteurs : l’inflation, la hausse du salaire moyen, le vieillissement de la population et l’augmentation de la « sinistralité », c’est-à-dire des accidents du travail et des maladies professionnelles. Les troubles musculo-squelettiques (TMS) et les dépressions liées au travail figurent parmi les causes les plus fréquentes d’arrêts longs.

Des solutions envisagées, mais aucune mesure concrète pour l’instant

Le gouvernement n’a pas encore détaillé de mesures spécifiques pour réduire ces dépenses. Cependant, l’annexe au PLFSS 2026 souligne que « la maîtrise des dépenses passe par une meilleure prévention des risques professionnels et un accompagnement renforcé des salariés en souffrance. » Les syndicats de médecins, comme MG France, plaident pour une approche plus globale, incluant une meilleure prise en charge des troubles psychiques et une lutte contre la désorganisation du travail.

Et maintenant ?

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027, qui sera présenté à l’automne, devrait intégrer des mesures pour mieux encadrer les arrêts longs. Parmi les pistes évoquées figurent un renforcement des contrôles par les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) et une incitation financière pour les entreprises mettant en place des actions de prévention. Reste à voir si ces mesures parviendront à concilier réduction des dépenses et respect des droits des salariés.

En attendant, le débat sur l’équilibre entre maîtrise des coûts et justice sociale reste ouvert. Les prochains mois pourraient voir émerger des propositions plus précises, notamment dans le cadre des discussions parlementaires sur le PLFSS.

Les arrêts longs coûtent plus cher car ils génèrent des dépenses d’indemnités journalières sur une période prolongée. Par exemple, un arrêt de six mois coûtera bien plus qu’une dizaine d’arrêts de trois jours, même si ces derniers sont plus nombreux. De plus, les trois premiers jours d’arrêt ne sont pas indemnisés dans le privé, ce qui limite le coût des arrêts très courts.