Une banque peut-elle légalement exiger la souscription à son assurance de prêt pour accorder un crédit ? La réponse, selon Capital, est nuancée. Aucune loi en France ni directive européenne n’oblige un particulier à souscrire une assurance emprunteur. Pourtant, dans la pratique, les établissements financiers imposent souvent cette condition sous forme contractuelle, sous peine de refus de financement.

Ce qu'il faut retenir

  • Pas d’obligation légale : ni l’État français ni l’Union européenne n’imposent la souscription à une assurance de prêt pour obtenir un crédit, qu’il s’agisse d’un prêt immobilier, d’un financement automobile ou d’un prêt professionnel.
  • Un pouvoir contractuel : la banque est en droit de refuser un dossier si l’emprunteur refuse de souscrire son assurance groupe, car elle doit sécuriser sa créance.
  • Une obligation de fait pour l’immobilier : la quasi-totalité des dossiers de crédit immobilier intègrent une assurance emprunteur, mais les emprunteurs peuvent choisir leur assureur grâce à la loi Lagarde.
  • Un risque majeur pour le crédit à la consommation : sans assurance, en cas de décès ou d’invalidité, le remboursement du prêt peut bloquer et exposer les proches à des poursuites ou à la perte du bien financé.
  • L’importance de l’épargne de précaution : l’assurance peut être évitée uniquement si l’emprunteur dispose d’une épargne suffisante pour solder la dette sans mettre en péril son héritage familial.

Sur le papier, la liberté de négociation existe, mais dans les faits, les banques disposent d’un levier puissant. Stéphane Soudeix, président de Kereis France, rappelle que « si vous refusez d’y souscrire, le banquier se trouve dans son droit le plus strict en choisissant tout simplement de rejeter votre demande de financement ». Car la loi protège sa liberté commerciale de prêter ou non.

Crédit immobilier : une assurance quasi systématique, mais un choix libre de l’assureur

Dans le domaine du crédit immobilier, l’assurance emprunteur est exigée dans la quasi-totalité des dossiers. Pourtant, depuis l’entrée en vigueur de la loi Lagarde en 2010, les emprunteurs ont la possibilité de choisir leur assureur plutôt que de souscrire systématiquement au contrat groupe proposé par la banque. Cette liberté, bien que théorique, permet souvent de réaliser des économies substantielles sur la durée du prêt.

« Le consommateur bénéficie des avancées majeures de la loi Lagarde qui lui permettent de choisir librement son assureur plutôt que de subir le contrat groupe de la banque », précise Stéphane Soudeix. Cette mesure a ouvert la voie à une concurrence accrue sur le marché de l’assurance emprunteur, même si certaines banques tentent encore de complexifier le processus de changement pour décourager les emprunteurs.

Crédit à la consommation : une alternative quasi inexistante

À l’inverse, le marché du crédit à la consommation reste très peu concurrentiel en matière d’assurance emprunteur. Les banques y imposent souvent leurs propres contrats, faute d’offres alternatives significatives. Pourtant, les risques encourus en cas de non-souscription sont réels. En cas de décès ou d’invalidité de l’emprunteur, l’absence d’assurance bloque le remboursement du crédit. Les proches peuvent alors se retrouver exposés à des poursuites ou, dans le pire des cas, perdre le bien financé.

Stéphane Soudeix souligne qu’« s’en passer ne peut se justifier que si l’emprunteur possède une épargne de précaution immédiatement disponible, capable de solder la dette sans mettre en péril l'héritage familial ». Pour les ménages sans épargne suffisante, cette absence de couverture représente un risque financier majeur.

Optimiser sa couverture : l’importance de l’adaptation et du suivi

Les conseillers en gestion de patrimoine ou les banquiers ont un devoir de conseil envers les emprunteurs. Il leur appartient d’orienter les clients vers une répartition des quotités d’assurance adaptée à leur situation professionnelle et familiale. Par exemple, l’arrivée d’un enfant, un congé parental prolongé ou une reconversion professionnelle peuvent justifier une réévaluation des contrats d’assurance emprunteur.

Stéphane Soudeix recommande de « réévaluer l'adéquation de ses contrats d'assurance emprunteur de manière systématique tous les cinq ans pour rééquilibrer immédiatement la quotité d'assurance à la hausse sur la tête de la personne qui gagne le mieux sa vie ». Cette démarche permet d’adapter la couverture aux évolutions de la situation personnelle et financière de l’emprunteur, tout en évitant une surassurance coûteuse.

Et maintenant ?

Le marché de l’assurance emprunteur continue d’évoluer, notamment sous l’effet des réformes successives visant à renforcer la concurrence et la transparence. La prochaine échéance notable sera la mise en application des nouvelles directives européennes, qui pourraient encore élargir les droits des emprunteurs. En attendant, les professionnels du secteur recommandent de comparer systématiquement les offres avant de souscrire, et de ne pas hésiter à renégocier régulièrement sa couverture pour coller au plus près de ses besoins réels.

Pour les ménages envisageant un projet immobilier ou un crédit à la consommation dans les mois à venir, une attention particulière doit être portée aux conditions d’assurance proposées. Même si aucune obligation légale n’existe, le refus de souscrire à l’assurance d’une banque peut, dans les faits, compromettre l’obtention du financement souhaité.

Techniquement, oui. Aucune loi n’impose la souscription à une assurance emprunteur. Cependant, en pratique, la quasi-totalité des banques exigent cette garantie sous peine de refus de financement, car elles doivent sécuriser leur créance. Seuls les emprunteurs disposant d’une épargne de précaution suffisante peuvent se passer d’assurance, mais cela reste exceptionnel.

Grâce à la loi Lagarde, vous pouvez choisir librement votre assureur, même après la souscription du prêt. Il vous suffit de présenter à votre banque une offre d’assurance équivalente en termes de garanties. Si la banque refuse sans motif valable, vous pouvez saisir le médiateur bancaire. Depuis 2022, la loi Lemoine facilite encore davantage ce processus en supprimant certains freins administratifs.