Dans plusieurs localités du Burkina Faso, des hommes et des femmes se rendent chez un devin pour chercher des réponses à leurs préoccupations, selon Courrier International. Des pratiques divinatoires, utilisant des cauris, des motifs dessinés sur le sable ou des jets de pièces, y sont encore bien vivantes. Ces traditions, profondément ancrées dans la société mossi, permettent d’aborder des situations inexplicables à travers un savoir ancestral transmis de génération en génération ou reçu par appel spirituel.

Ce qu'il faut retenir

  • Pratiques divinatoires mossi : recours aux cauris, aux motifs de sable ou aux jets de pièces pour interpréter des situations inexpliquées, notamment dans les régions de Ziniaré, Boulsa et Sanmatenga.
  • Rôle des chefs coutumiers : les devins interviennent comme conseillers, médiateurs et garants des pratiques traditionnelles, notamment dans la gestion des conflits communautaires.
  • Impact social : les consultations peuvent résoudre des problèmes personnels (maladies, infertilité) ou orienter des décisions collectives (lieux sacrés, sacrifices), comme en témoignent des cas concrets rapportés par des consultants.
  • Débats contemporains : tandis que les pratiques restent ancrées en milieu rural, elles suscitent des discussions en ville entre ceux qui y voient une légitimité culturelle et d’autres, surtout les jeunes, qui privilégient une approche rationnelle et professionnelle.
  • Cadre légal : depuis janvier 2026, une loi burkinabè renforce le rôle des chefs coutumiers dans la prévention et la gestion des conflits, officialisant ainsi leur collaboration avec les devins.

Une tradition divinatoire ancrée dans la société mossi

Dans les villages de la région du Centre-Nord, comme Bonam, près de Boulsa, la consultation chez un devin, appelé « sonkogl naba » par les Mossi, suit un rituel précis. Le consultant tient de l’argent dans sa main tout en formulant intérieurement ses préoccupations. « C’est à partir de cette intention que nous faisons la divination et que nous voyons ce qui amène la personne ainsi que les solutions possibles », explique-t-il à Courrier International. Les motifs de consultation sont variés : maladies persistantes, tensions familiales ou échecs à répétition. Autant dire que cette pratique ne se limite pas à une simple prédiction, mais s’inscrit dans une recherche de sens et de solutions.

Selon les praticiens, ce savoir se transmet soit de génération en génération, soit par un appel spirituel. Il repose sur des techniques éprouvées, comme la lecture des cauris, des motifs tracés sur le sable ou encore des jets de pièces. Ces méthodes, bien que différentes des approches médicales ou religieuses classiques, sont considérées comme des outils légitimes pour aborder l’inconnu.

La divination comme levier de résolution de problèmes concrets

Pour certains Burkinabè, le recours au devin intervient lorsque les solutions classiques échouent. C’est le cas de Gomnéwendé Prince Gérard Ramdé, qui a consulté pour son grand frère, marié depuis plus de dix ans sans enfant. Le devin aurait identifié une promesse non tenue faite à un fétiche par le père du consultant. Après un sacrifice recommandé, la situation aurait évolué : « Trois mois après, la femme est tombée enceinte. Aujourd’hui, ils ont plusieurs enfants », témoigne-t-il. Des expériences comme celle-ci renforcent la confiance de certains dans ces pratiques ancestrales.

Au-delà des cas individuels, les devins jouent un rôle clé dans l’organisation sociale. Dans la société mmoaga (Mossi), ils interviennent comme conseillers et médiateurs, voire comme garants des pratiques coutumières. Leur influence s’étend même à la gestion des affaires communautaires. Naba Ligdi, responsable coutumier à Kusugu, dans la région du Nazinon, souligne leur importance : « Pour certaines décisions, notamment liées aux lieux sacrés ou aux sacrifices, il est nécessaire de consulter un devin afin d’anticiper et de protéger la communauté. »

Entre tradition et modernité : des pratiques qui divisent

Si la divination reste solidement ancrée en milieu rural, elle suscite davantage de débats dans les villes burkinabè. Certains jeunes, comme Sankara Yacouba, y voient une pratique légitime, liée aux réalités culturelles. « Si quelqu’un y croit, c’est qu’il a ses raisons », estime-t-il. À l’inverse, d’autres, comme Chardel Lunga, expriment un scepticisme marqué : « Je ne crois pas à tout ça parce que moi, je crois à l’effort. Je crois au travail qui est la clé du développement, la vraie consultation, en fait. »

Malgré ces divergences, la divination continue d’exister aux côtés d’autres systèmes de pensée. Elle s’inscrit dans une dynamique où traditions et modernité cohabitent, répondant à un besoin constant de comprendre et d’anticiper les événements de la vie. Pour autant, ces pratiques ne font pas l’unanimité, notamment auprès des jeunes générations qui privilégient souvent des approches plus rationnelles.

Un cadre légal qui renforce le rôle des chefs coutumiers

En janvier 2026, le Burkina Faso a adopté une loi visant à renforcer « le rôle des chefs coutumiers et traditionnels dans la prévention et la gestion des conflits et dans la consolidation de la cohésion sociale ». Ce texte officialise la collaboration entre les autorités traditionnelles et les devins, notamment pour les décisions touchant aux lieux sacrés ou aux sacrifices communautaires. Naba Ligdi, cité plus haut, confirme cette évolution : « Historiquement, les chefs traditionnels avaient recours à ces consultations avant de prendre des décisions majeures. Aujourd’hui, la loi nous donne un cadre pour continuer à jouer ce rôle. »

Cette reconnaissance juridique reflète une volonté de concilier héritage culturel et exigences contemporaines. Elle permet aux devins de poursuivre leurs activités tout en étant intégrés dans des mécanismes officiels de résolution de conflits, notamment dans les zones rurales où leur influence reste forte.

Et maintenant ?

À l’heure où le Burkina Faso cherche à moderniser ses institutions tout en préservant son patrimoine culturel, l’avenir de ces pratiques divinatoires reste incertain. La loi de janvier 2026 pourrait favoriser leur intégration progressive dans les mécanismes de gouvernance locale, mais elle soulève aussi des questions sur leur légitimité face à un État de droit en construction. Par ailleurs, l’urbanisation croissante et l’influence des mouvements religieux pourraient, à terme, réduire leur portée sociale. Reste à voir si ces traditions parviendront à s’adapter sans perdre leur essence.

En attendant, la divination mossi continue de jouer un rôle actif dans la vie quotidienne de nombreux Burkinabè, qu’ils vivent en ville ou à la campagne. Entre héritage et adaptation, ces pratiques persistent, portées par la conviction de ceux qui y trouvent des réponses là où la raison seule ne suffit pas.

Les devins mossi utilisent principalement trois outils : les cauris (coquillages servant aussi à la composition de talismans), les motifs dessinés sur le sable et les jets de pièces. Ces éléments servent de support pour interpréter des situations jugées inexplicables ou pour rechercher des solutions à des problèmes personnels ou communautaires.

Oui, depuis janvier 2026, une loi burkinabè renforce officiellement le rôle des chefs coutumiers et des devins dans la prévention et la gestion des conflits. Ce texte légalise leur collaboration, notamment pour les décisions liées aux lieux sacrés ou aux sacrifices communautaires, tout en intégrant ces pratiques dans une démarche de cohésion sociale.