Une enquête environnementale menée dans l’Aube met en cause Port-la-Nouvelle, identifiée comme une plateforme logistique majeure pour le chlordécone, un pesticide interdit mais dont l’héritage toxique continue de peser sur les Antilles françaises. Selon Reporterre, l’Institut écocitoyen en santé environnementale du département a lancé des tests systématiques pour mesurer la présence du produit dans les eaux locales. Les résultats seront ensuite transmis aux associations de victimes antillaises, dans le cadre d’une démarche de transparence et de recherche des responsabilités.

Ce qu'il faut retenir

  • Port-la-Nouvelle, dans l’Aube, est identifiée comme un point de transit central pour le chlordécone, un pesticide interdit en France depuis 1990.
  • L’Institut écocitoyen en santé environnementale de l’Aube mène une enquête pour évaluer la contamination des eaux locales.
  • Les prélèvements réalisés seront partagés avec les victimes antillaises, afin d’éclairer les causes de leur exposition.
  • Le chlordécone, utilisé massivement dans les bananeraies antillaises jusqu’aux années 1990, reste un enjeu de santé publique.

Une enquête écologique pour retracer la chaîne de contamination

L’enquête s’inscrit dans une volonté de démêler les responsabilités autour de ce pesticide, dont l’usage a été autorisé en France jusqu’en 1990 malgré ses effets cancérigènes et neurotoxiques prouvés. Port-la-Nouvelle, commune située dans le département de l’Aube, aurait joué un rôle clé dans la distribution et le stockage de ce produit, notamment en tant que plaque tournante logistique. Les analyses menées par l’institut visent à déterminer si les sols et les nappes phréatiques locaux ont été contaminés, et dans quelle mesure ces pollutions pourraient avoir contribué à l’exposition des populations antillaises.

« L’objectif est de faire la lumière sur les circuits de distribution du chlordécone en métropole », explique un porte-parole de l’Institut écocitoyen, cité par Reporterre. « Nous voulons comprendre comment ce pesticide a pu être acheminé vers les Antilles, puis analyser l’impact environnemental sur notre territoire. » Les résultats des tests seront rendus publics et transmis aux associations de victimes, qui réclament depuis des années une reconnaissance des responsabilités industrielles et étatiques.

Un héritage toxique qui dépasse les Antilles

Le chlordécone, commercialisé sous le nom de Kepone, a été massivement utilisé aux Antilles françaises entre 1972 et 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Son interdiction en métropole en 1990 n’a pas empêché sa persistance dans l’environnement, en raison de sa dégradation extrêmement lente. En 2021, une étude de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a confirmé le lien entre l’exposition au chlordécone et l’augmentation des risques de cancer de la prostate, de troubles neurologiques et de complications pour les femmes enceintes.

Côté métropolitain, les investigations restent rares, alors que des zones comme Port-la-Nouvelle pourraient avoir servi de relais pour l’exportation du produit. « On parle souvent des Antilles, mais la métropole a aussi joué un rôle dans cette histoire », souligne un expert en toxicologie cité par Reporterre. « Ces enquêtes sont essentielles pour établir la chaîne des responsabilités et, le cas échéant, engager des actions en justice. »

Des victimes antillaises en quête de réponses

Les associations de victimes, regroupées sous la bannière du Collectif anti-chlordécone, attendent avec impatience les résultats de l’enquête auboise. Elles réclament depuis des années une cartographie complète des zones contaminées en métropole et une reconnaissance officielle du rôle joué par les acteurs industriels et logistiques. « Chaque nouvelle donnée est une pièce du puzzle », explique une représentante du collectif. « Sans cette transparence, il sera impossible de demander réparation ou de prévenir de nouvelles pollutions. »

L’enquête de l’Institut écocitoyen pourrait également servir de base à des demandes d’indemnisation ou à des actions en justice contre les fabricants du pesticide, comme Ciba-Geigy (devenu Novartis, puis Syngenta), qui l’a commercialisé. En 2025, la justice française a déjà reconnu la responsabilité de l’État pour son manque de vigilance dans l’autorisation du chlordécone, mais les procédures contre les industriels restent en suspens.

Et maintenant ?

Les premiers résultats des tests menés à Port-la-Nouvelle sont attendus pour la fin de l’année 2026. Si la contamination est avérée, l’institut prévoit d’étendre les analyses à d’autres sites logistiques en métropole. Par ailleurs, les associations de victimes pourraient s’appuyer sur ces données pour relancer des procédures judiciaires, notamment contre les entreprises ayant participé à la distribution du produit. Reste à voir si les autorités locales et nationales prendront des mesures pour dépolluer les zones concernées.

En attendant, l’enquête rappelle que les séquelles du chlordécone dépassent largement les Antilles, et que la métropole devra tôt ou tard assumer sa part de responsabilité dans ce scandale sanitaire.

Selon Reporterre, Port-la-Nouvelle aurait servi de plateforme logistique majeure pour le stockage et la distribution du chlordécone en métropole avant son exportation vers les Antilles. Son rôle dans la chaîne d’approvisionnement en fait un lieu clé pour retracer les circuits de contamination.