Alors que la guerre au Moyen-Orient perturbe depuis deux ans les approvisionnements énergétiques mondiaux, l’Australie, dépendante à plus de 80 % des importations de carburants, envisage un projet stratégique pour renforcer son autonomie. Selon BFM Business, le gouvernement australien dirigé par le Premier ministre Anthony Albanese a annoncé le 9 août 2026 le lancement d’une étude de faisabilité pour la construction d’une nouvelle raffinerie de pétrole. Une première depuis six décennies, alors que le pays ne compte plus que deux sites de raffinage en activité.
Ce qu'il faut retenir
- L’Australie raffine aujourd’hui seulement 20 % du pétrole qu’elle consomme, contre 80 % importé, principalement via le détroit d’Ormuz.
- Le projet de nouvelle raffinerie, estimé à plusieurs milliards de dollars, serait financé à hauteur de 4 millions par une étude de faisabilité co-portée par le gouvernement fédéral et celui d’Australie-Occidentale.
- Seules deux raffineries subsistent dans le pays : Lytton (Brisbane) et Geelong (Melbourne), cette dernière assurant plus de 50 % des besoins en carburants de l’État de Victoria.
- La guerre entre l’Iran et les États-Unis a bloqué près de 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz, fragilisant l’approvisionnement australien et faisant flamber les prix des carburants en 2024.
- Le ministre de l’Énergie, Chris Bowen, qualifie ce projet de « réponse judicieuse et prudente » pour garantir la sécurité énergétique du pays, alors que les tensions géopolitiques persistent au Moyen-Orient.
L’étude de faisabilité, dont le coût est évalué à 4 millions de dollars, sera menée conjointement par le gouvernement fédéral et celui de l’État d’Australie-Occidentale. Ce dernier serait le principal candidat pour accueillir la nouvelle infrastructure, qui deviendrait la troisième raffinerie du pays. Une telle initiative marquerait un tournant après des décennies de déclin de l’industrie locale de raffinage. En effet, l’Australie a fermé les trois quarts de ses raffineries au cours des 25 dernières années, jugées non rentables face à la concurrence des producteurs étrangers et aux coûts élevés de production.
Cette situation a placé le pays dans une position de vulnérabilité accrue. Aujourd’hui, l’Australie ne traite que 20 % du pétrole qu’elle consomme, dépendant ainsi massivement des importations. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite traditionnellement un cinquième du commerce mondial de pétrole et de gaz, est devenu une zone à haut risque depuis le début du conflit opposant l’Iran aux États-Unis en 2024. Ces tensions ont déjà provoqué des flambées des prix des carburants sur l’île-continent et contraint la banque centrale australienne à relever ses taux d’intérêt pour limiter l’inflation.
Les deux raffineries encore en activité en Australie sont celle de Lytton, exploitée par Ampol à Brisbane, et celle de Viva Energy à Geelong, près de Melbourne. Selon les données de Viva Energy, cette dernière, ouverte en 1954, peut traiter jusqu’à 120 000 barils de pétrole par jour, produisant de l’essence, du gazole et d’autres dérivés pétroliers. Pourtant, malgré cette capacité, l’installation ne couvre que 10 % des besoins nationaux en carburants, mais fournit plus de la moitié des approvisionnements de l’État de Victoria. En avril 2026, la raffinerie de Geelong avait été touchée par un incendie majeur, entraînant des consignes des autorités invitant les citoyens à éviter de se précipiter vers les stations-service.
Le projet de nouvelle raffinerie, s’il aboutit, représenterait un investissement de plusieurs milliards de dollars et se heurterait probablement à l’opposition des défenseurs de l’environnement. Ces derniers pourraient critiquer l’extension des capacités de raffinage dans un contexte de transition énergétique mondiale. Pourtant, le gouvernement justifie cette démarche par la nécessité de sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays. « Plus la guerre au Moyen-Orient se prolonge, plus son impact sur l’Australie sera important, et mon gouvernement continuera de faire tout son possible pour protéger l’Australie des pires conséquences et préparer l’avenir », a déclaré le Premier ministre Anthony Albanese. « Accroître les capacités de raffinage du pays est une réponse judicieuse et prudente pour garantir notre sécurité énergétique », a renchéri le ministre de l’Énergie, Chris Bowen.
Un secteur pétrolier en déclin et une dépendance coûteuse
L’histoire récente de l’industrie pétrolière australienne illustre les défis économiques et géopolitiques auxquels le pays est confronté. Entre 1970 et 2020, l’Australie a progressivement fermé la plupart de ses raffineries, incapables de rivaliser avec les coûts de production des pays du Golfe ou d’Asie. Aujourd’hui, seules deux installations subsistent, alors que le pays importe près de 800 000 barils de pétrole brut par jour, principalement en provenance du Moyen-Orient et d’Asie du Sud-Est. La fermeture de raffineries locales s’est accélérée après 2010, lorsque la rentabilité des sites australiens est devenue insuffisante face à la concurrence des produits raffinés à moindre coût en Asie.
Cette dépendance accrue aux importations s’est révélée problématique en 2024, lorsque le conflit entre l’Iran et les États-Unis a perturbé les routes maritimes du détroit d’Ormuz. Le blocage quasi total du trafic pétrolier dans cette zone a provoqué une hausse brutale des prix des carburants en Australie, où les stocks stratégiques se sont avérés insuffisants pour absorber le choc. La Banque de réserve d’Australie a alors dû augmenter ses taux directeurs pour contenir l’inflation, au risque de freiner la croissance économique. Dans ce contexte, la construction d’une nouvelle raffinerie apparaît comme une solution pour réduire cette vulnérabilité, même si son coût et son impact environnemental restent des sujets de débat.
Un projet encore incertain face aux défis économiques et écologiques
Malgré l’urgence affichée par le gouvernement, la construction d’une nouvelle raffinerie n’est pas encore actée. Plusieurs obstacles se dressent sur la voie de ce projet, à commencer par son coût estimé à plusieurs milliards de dollars. Les investisseurs privés pourraient hésiter à s’engager dans un secteur aussi risqué, compte tenu des fluctuations des prix du pétrole et des incertitudes liées à la transition énergétique. De plus, le gouvernement devra convaincre les Australiens de la nécessité de relancer une industrie aussi polluante que le raffinage pétrolier, alors que le pays s’est engagé à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.
Les écologistes pourraient s’opposer fermement à ce projet, arguant que l’Australie devrait plutôt investir dans les énergies renouvelables ou les biocarburants pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles. « Construire une nouvelle raffinerie dans un contexte de crise climatique revient à aggraver nos problèmes environnementaux pour résoudre un problème d’approvisionnement », a réagi Sarah Hanson-Young, sénatrice verte australienne. Pour autant, le gouvernement mise sur une approche pragmatique, estimant que la sécurité énergétique prime sur les considérations écologiques à court terme.
L’étude de faisabilité, qui devrait s’achever d’ici la fin de l’année 2026, permettra de préciser les modalités techniques et financières du projet. Si elle est concluante, une décision définitive pourrait être prise en 2027, avec un début des travaux envisagé pour 2028. Le site retenu, probablement en Australie-Occidentale, bénéficierait d’une position stratégique pour recevoir le pétrole brut en provenance du Moyen-Orient ou d’Asie, tout en approvisionnant les marchés locaux.
Ce projet illustre les dilemmes auxquels sont confrontés de nombreux pays dépendants des énergies fossiles : faut-il investir dans des infrastructures polluantes pour garantir une sécurité énergétique à court terme, ou accélérer la transition vers des sources d’énergie plus propres, quitte à prendre le risque de pénuries ? L’Australie, qui mise à la fois sur le gaz naturel liquéfié et les énergies renouvelables, tente de trouver un équilibre entre ces deux impératifs. Une chose est sûre : dans un contexte géopolitique aussi incertain, la question de l’autonomie énergétique restera au cœur des débats politiques et économiques pour les années à venir.
L’Australie a fermé la majorité de ses raffineries au cours des 25 dernières années en raison de leur manque de rentabilité face à la concurrence étrangère. Aujourd’hui, le pays ne raffine plus que 20 % de son pétrole et dépend donc massivement des importations, principalement en provenance du Moyen-Orient et d’Asie.
Le principal risque vient du détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième du commerce mondial de pétrole. Le conflit entre l’Iran et les États-Unis a perturbé cette route maritime, provoquant des hausses de prix et des tensions sur les stocks en Australie.