Le système français de prise en charge de l’autisme est « à bout de souffle », selon le rapport présenté mercredi 27 mai 2026 par la mission d’information sur l’autisme devant la délégation aux droits des enfants de l’Assemblée nationale. Comme le rapporte Le Figaro, les deux rapporteurs, Philippe Fait (Horizons) et Isabelle Santiago (Socialistes), ont dressé un constat sévère : retards de diagnostic, pratiques non validées scientifiquement et manque criant de coordination entre les acteurs.

Ce qu'il faut retenir

  • La France accuse un retard de vingt ans dans la prise en charge de l’autisme, selon les députés Philippe Fait et Isabelle Santiago.
  • Le rapport dénonce l’absence de données fiables sur le nombre de personnes autistes et un pilotage « en silo » des politiques publiques.
  • Les députés appellent à un repérage précoce des troubles et à la formation massive des professionnels, avec un déficit de 30 000 postes dans le médico-social.
  • L’influence persistante de l’approche psychanalytique est pointée du doigt, alors que la Haute Autorité de Santé (HAS) recommande des méthodes cognitivo-comportementales fondées sur les preuves.
  • Le rapport propose la création d’un « système pilote » territorial et un observatoire national pour évaluer les politiques publiques.

Un système à bout de souffle et un manque de données flagrant

Dans leurs conclusions, les députés Philippe Fait et Isabelle Santiago ont pointé du doigt l’état de délabrement du système français de prise en charge de l’autisme. « Comment construire des politiques publiques en étant myope ? », a lancé Isabelle Santiago lors de la présentation du rapport. Selon elle, l’absence de données fiables sur le nombre de personnes autistes en France handicape toute tentative d’adaptation des réponses publiques. « L’Agence régionale de santé (ARS) d’Île-de-France reconnaît elle-même ne pas connaître précisément ces besoins », a-t-elle précisé, soulignant que « tout notre système souffre d’un manque de pilotage et d’outils de suivi ».

Pour remédier à cette situation, le rapport préconise la création d’un pilotage national renforcé et l’établissement de données fiables sur l’autisme. L’objectif est clair : adapter les politiques publiques aux besoins réels des personnes concernées. « On navigue à vue », a résumé l’élue socialiste, insistant sur la nécessité de sortir de l’improvisation.

Des diagnostics trop tardifs et des méthodes contestées

Autre faille majeure identifiée par les rapporteurs : la détection et la prise en charge des troubles du spectre autistique (TSA) interviennent souvent trop tardivement. Pour y remédier, le rapport propose de mettre en place une stratégie de repérage précoce, en s’inspirant notamment du programme québécois « Agir tôt », qui accompagne les enfants dès 18 mois jusqu’à 6 ans avec leur famille. « Chaque mois gagné dans les apprentissages précoces peut changer la trajectoire de l’enfant », a souligné Isabelle Santiago.

Les députés ont également critiqué l’influence persistante de l’approche psychanalytique en France, malgré les recommandations répétées de la Haute Autorité de Santé (HAS). En février 2026, la HAS a réaffirmé que l’autisme est un trouble du neurodéveloppement nécessitant une prise en charge précoce, individualisée et fondée sur des preuves scientifiques. Toutes les approches non validées, comme la psychanalyse, ont été écartées. « Rendre opposable ces recommandations demande un effort de formation massif », a rappelé Philippe Fait, alors que le secteur médico-social manque cruellement de professionnels.

Un déficit de 30 000 postes et l’interdiction du packing toujours non effective

Parmi les constats les plus alarmants, le rapport met en lumière un déficit de 30 000 postes dans le secteur médico-social, déjà en grande difficulté. Les rapporteurs ont également souligné que l’interdiction du packing – une méthode controversée pour laquelle la France a été condamnée à plusieurs reprises – n’est toujours pas pleinement appliquée. « On attend toujours une mise en œuvre totale de cette interdiction », a déploré Isabelle Santiago.

Pour pallier ces lacunes, le rapport propose la création d’un « système pilote » à l’échelle territoriale, intégrant l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge de l’autisme. « Aujourd’hui, tout le monde est chef, mais personne ne l’est vraiment », a ironisé l’élue, illustrant ainsi l’absence de coordination entre les différents niveaux de décision. Au niveau national, les députés suggèrent la mise en place d’un observatoire chargé d’évaluer les politiques publiques et de mesurer leurs résultats.

À l’école, des progrès insuffisants malgré quelques avancées

Si des progrès ont été réalisés en matière d’inclusion scolaire, le rapport souligne que beaucoup reste à faire. Les enseignants et les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) manquent encore de formation spécifique sur les troubles du spectre autistique. « Des milliers d’enfants attendent encore un accompagnant, obligeant certaines familles à financer elles-mêmes cette aide », a dénoncé Isabelle Santiago. Malgré cinq plans ou stratégies successifs dédiés à l’autisme, leurs effets peinent à se faire sentir.

Le rapport rappelle que la France a accumulé un retard important par rapport à ses voisins européens. « Tous nos voisins ont adopté des stratégies de repérage précoce », a rappelé Philippe Fait, insistant sur l’urgence d’agir. « La situation actuelle est inacceptable », a-t-il conclu, appelant à une mobilisation immédiate des pouvoirs publics.

Et maintenant ?

Les 44 propositions du rapport devraient être examinées par les parlementaires dans les prochains mois, alors que le gouvernement prépare une nouvelle stratégie nationale pour l’autisme. La mise en place d’un pilotage national renforcé et la création d’un observatoire pourraient être intégrées dans ce cadre. Reste à voir si ces mesures seront suivies d’effets concrets, alors que le secteur médico-social reste en sous-effectif chronique. Une chose est sûre : sans investissement massif et sans coordination renforcée, le retard accumulé par la France ne pourra être comblé.

Les prochaines étapes dépendront largement de la volonté politique et des moyens alloués. Si le rapport est adopté, la France pourrait enfin aligner sa prise en charge de l’autisme sur les standards européens, mais le chemin s’annonce long et semé d’embûches.

Le packing est une méthode controversée qui consiste à envelopper une personne autiste dans des draps humides, parfois glacés, afin de « calmer » ses comportements. Cette pratique, jugée non scientifique et dangereuse, a été condamnée à plusieurs reprises par les instances européennes. Malgré son interdiction officielle, le rapport souligne qu’elle n’est toujours pas totalement abandonnée dans certains établissements.

La psychanalyse, historiquement dominante en France, considère l’autisme comme un trouble psychologique lié à des carences affectives, ce qui a conduit à des prises en charge inadaptées. La Haute Autorité de Santé (HAS) et la communauté scientifique internationale recommandent désormais des approches cognitivo-comportementales, fondées sur des preuves et axées sur l’accompagnement précoce et individualisé.