Le géant pharmaceutique allemand Bayer menace de limiter ses livraisons de médicaments en Europe si l'Union européenne ne modifie pas sa politique de fixation des prix, selon BFM Business. Cette annonce survient alors que le laboratoire cherche à obtenir des compensations financières pour ses investissements dans la recherche et le développement, dans un contexte de tensions croissantes entre les industriels du secteur et les autorités européennes.

Ce qu'il faut retenir

  • Bayer menace de restreindre ses approvisionnements en médicaments en Europe si l'UE ne revise pas sa politique de prix.
  • Le groupe allemand exige des compensations pour ses investissements en R&D, jugés insuffisants par rapport aux standards européens.
  • Cette annonce intervient dans un contexte de dépendance accrue de l'Europe vis-à-vis des importations de principes actifs, notamment en provenance d'Asie.

Une stratégie de négociation agressive de la part de Bayer

Selon les informations rapportées par BFM Business, Bayer adopte une position ferme en conditionnant ses livraisons de médicaments à une révision des tarifs pratiqués en Europe. « Nous ne pouvons plus supporter des prix qui ne couvrent pas nos coûts de production et de recherche », a déclaré un porte-parole du groupe, cité par la chaîne d'information. Le laboratoire, qui produit des médicaments essentiels comme l'aspirine ou certains traitements contre le cancer, rappelle que ses marges sont déjà sous pression en raison de la concurrence des génériques et des politiques de maîtrise des dépenses de santé dans plusieurs pays membres.

Un enjeu stratégique pour l'autonomie pharmaceutique européenne

Cette menace intervient alors que l'Europe cherche à renforcer son autonomie pharmaceutique, notamment après les pénuries de médicaments observées durant la crise du Covid-19. En 2023, la Commission européenne avait lancé une stratégie pour relocaliser une partie de la production de principes actifs, mais les progrès restent lents. Côté..., les laboratoires européens pointent du doigt les délais administratifs et les prix administrés comme freins majeurs à leurs investissements. « Sans une meilleure rémunération, nous ne pourrons pas maintenir, encore moins développer, nos capacités de production en Europe », a souligné Bayer dans un communiqué.

Des répercussions potentielles sur l'accès aux soins

Si Bayer mettait sa menace à exécution, cela pourrait entraîner des ruptures d'approvisionnement pour certains médicaments, notamment les plus anciens ou les moins rentables. Le laboratoire représente environ 8 % du marché européen des médicaments génériques, selon les dernières données disponibles. Une réduction des livraisons concernerait en priorité les pays où les prix sont les plus bas, comme la France ou l'Espagne, où les systèmes de santé appliquent des politiques strictes de remboursement. Bref, le bras de fer entre Bayer et Bruxelles pourrait donc avoir des conséquences directes sur les patients et les professionnels de santé.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront déterminantes : la Commission européenne doit finaliser d'ici la fin du mois d'avril une révision de sa législation sur les médicaments, incluant des mécanismes de rémunération plus incitatifs pour les laboratoires. Une réunion est prévue le 15 avril entre les représentants de Bayer et les autorités européennes pour tenter de trouver un compromis. Reste à voir si le géant pharmaceutique acceptera de temporiser ou s'il passera à l'action dès le mois de mai, en cas d'absence d'accord.

En cas de blocage, d'autres laboratoires pourraient emboîter le pas à Bayer, aggravant une situation déjà tendue. Pour l'instant, aucune autre entreprise n'a officiellement menacé de réduire ses livraisons, mais plusieurs groupes pharmaceutiques ont récemment alerté sur la dégradation de leurs marges en Europe.

Selon BFM Business, les médicaments génériques et les traitements anciens ou peu rentables seraient les premiers concernés. Cela inclut notamment certains antidouleurs, antibiotiques et médicaments contre l'hypertension. Bayer n'a pas précisé de liste exhaustive, mais a indiqué que les pays appliquant les prix les plus bas seraient prioritairement impactés.

La Commission européenne pourrait accélérer le processus de relocalisation des principes actifs, en subventionnant davantage les investissements des laboratoires. Une autre piste serait de négocier des accords bilatéraux avec des pays producteurs comme l'Inde ou la Chine, pour sécuriser des approvisionnements en dehors du territoire européen. Enfin, une hausse temporaire des budgets alloués à la santé dans certains États membres pourrait être envisagée.