Selon Euronews FR, la cheffe de l’opposition bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa a affirmé que le président Alexandre Loukachenko ne peut être influencé que par Vladimir Poutine. « Il exécutera tous les ordres de Poutine, mais il agit contre la volonté du peuple bélarusse », a-t-elle déclaré mardi dans l’émission Europe Today, mettant en lumière les tensions actuelles entre Minsk, Kyiv et les pays européens.
Ce qu'il faut retenir
- Svetlana Tikhanovskaïa, cheffe de l’opposition bélarusse, accuse Loukachenko de ne suivre que les ordres de Poutine, au détriment des intérêts du peuple bélarusse.
- Loukachenko a démenti toute implication du Bélarus dans la guerre en Ukraine, sauf en cas d’« agression contre le territoire », incluant les pays baltes et la Pologne.
- Kyiv et Paris multiplient les mises en garde : la France aurait appelé Loukachenko à éviter une escalade militaire, tandis que l’Ukraine menace de « mesures préventives » en cas de menace.
- En avril, Loukachenko a évoqué la possibilité d’utiliser l’arme nucléaire en cas d’agression contre le Bélarus, sans preuve à l’appui.
- Tikhanovskaïa, en visite officielle à Kyiv, a insisté sur le rôle du Bélarus comme « allié » de l’Ukraine dans la défense contre l’impérialisme russe.
Une relation de dépendance entre Loukachenko et Poutine
Dans ses déclarations à Euronews FR, Svetlana Tikhanovskaïa a dressé un portrait sans ambiguïté de la relation entre les dirigeants russe et bélarusse. « Personne ne peut influencer Alexandre Loukachenko, à part Vladimir Poutine », a-t-elle souligné. Pour elle, cette dépendance est totale : « Loukachenko et Poutine entretiennent une amitié symbiotique, ils se soutiennent, ils s’utilisent mutuellement. » Selon Tikhanovskaïa, toute tentative de diviser les deux hommes relève de l’illusion.
Elle a également dénoncé une stratégie visant à maintenir Loukachenko au pouvoir, coûte que coûte : « Il est prêt à trahir notre souveraineté, notre indépendance, uniquement pour rester au pouvoir. » Ces propos interviennent alors que les craintes d’une implication accrue du Bélarus dans la guerre en Ukraine se renforcent, trois ans après l’invasion russe du 24 février 2022.
Les mises en garde de Paris et Kyiv face aux menaces militaires
Dans ce contexte, le président français Emmanuel Macron aurait appelé Loukachenko dimanche pour l’avertir des risques d’une escalade. Selon Euronews FR, cet entretien téléphonique rare a porté sur plusieurs sujets de préoccupation : les menaces militaires que Minsk ferait peser sur le nord de l’Ukraine, les exercices nucléaires russo-bélarusses prévus, et les tensions accrues avec les pays baltes et la Pologne, alimentées par des incursions de drones.
De son côté, le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy a averti la semaine dernière que Kyiv pourrait prendre des « mesures préventives » contre la Russie et le Bélarus en cas de menace militaire sur le nord de l’Ukraine. « Les dirigeants de facto du Bélarus doivent rester sur leurs gardes. Il y aura des conséquences si des actions agressives sont menées contre l’Ukraine ou notre population », a-t-il déclaré.
Loukachenko nie toute implication dans la guerre, sauf en cas d’agression
Comme en 2022, Alexandre Loukachenko a réitéré son refus de s’impliquer directement dans le conflit, sauf si le Bélarus était lui-même attaqué. « Ma tâche est de mettre en garde mes voisins : l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Pologne, et dans une certaine mesure, l’Ukraine. Que Dieu les préserve de toute agression contre le Bélarus », a-t-il déclaré. « Nous ne voulons pas la guerre, nous ne prévoyons pas de nous battre contre eux. »
Pourtant, en avril, il a accusé sans preuve la Pologne et les pays baltes d’« agresser » son pays, promettant une réaction conjointe avec Moscou, « y compris avec l’arme nucléaire ». Ces déclarations, qualifiées de « rhétorique menaçante » par plusieurs observateurs, ont contribué à alimenter les tensions dans la région baltique.
Kyiv et l’opposition bélarusse unis contre l’impérialisme russe
Lors de sa première visite officielle en Ukraine cette semaine, Svetlana Tikhanovskaïa a réaffirmé la solidarité entre les deux peuples. « L’Ukraine défend toute la région contre l’impérialisme russe », a-t-elle affirmé, insistant sur le fait que les Bélarusses sont « des alliés et non des ennemis » de Kyiv. Une position qui contraste avec la rhétorique officielle de Minsk, alignée sur Moscou depuis le début de la guerre en Ukraine.
Cette visite s’inscrit dans un contexte de craintes croissantes : en 2022, la Russie avait utilisé le territoire bélarusse pour lancer une partie de son offensive contre l’Ukraine, notamment en direction de Kyiv. Depuis, les services de renseignement ukrainiens et occidentaux surveillent de près toute préparation d’une nouvelle opération depuis le nord, où Minsk dispose de bases militaires.
L’Union européenne et les États-Unis, qui ont déjà sanctionné Minsk pour son soutien à Moscou, devraient renforcer leur surveillance des mouvements militaires dans la région. Reste à voir si ces mesures dissuasives suffiront à éviter une nouvelle escalade.
Le Bélarus joue un rôle stratégique pour la Russie depuis le début de la guerre. Son territoire a été utilisé pour lancer des offensives, notamment vers Kyiv en 2022. De plus, Minsk abrite des bases militaires russes et participe à des exercices conjoints, ce qui en fait un partenaire indispensable pour Moscou dans ce conflit. La crainte d’une nouvelle offensive depuis le nord de l’Ukraine, via le Bélarus, explique l’attention portée à ce pays par Kyiv et ses alliés.