Le gouvernement belge a franchi une étape décisive dans la gestion de son parc nucléaire en signant, le 30 avril 2026, une déclaration d’intention pour racheter les réacteurs belges auprès de l’énergéticien français Engie. Une décision qualifiée d’« historique » par plusieurs médias locaux, dont De Standaard, qui souligne que ce rachat place l’ensemble des Belges et des générations futures comme « propriétaires » des sept réacteurs vieillissants du pays. Selon Courrier International, cette mesure marque un virage inattendu pour une coalition gouvernementale issue de la droite, alors que les élections législatives de 2024 avaient vu le Parti du travail (PTB, gauche radicale) proposer cette nationalisation. « Vingt-cinq ans de foi aveugle dans le ‘tout au marché’ ont cédé la place à une intervention directe de l’État », rappelle Le Soir.
Ce qu'il faut retenir
- Nationalisation historique : le gouvernement belge rachète pour la première fois ses réacteurs nucléaires à Engie, propriétaire du groupe Electrabel via des tours de refroidissement vieilles de 40 à 50 ans.
- Contexte politique : cette décision, portée par une coalition de droite, contraste avec les positions libérales antérieures et s’inspire d’une proposition du PTB, parti d’extrême gauche.
- Objectif énergétique : le rachat vise à éviter l’arrêt définitif des réacteurs, alors que le pays fait face à des tensions persistantes sur le marché de l’énergie.
- Divergence Engie-gouvernement : l’énergéticien français souhaitait une fermeture progressive des centrales, tandis que les autorités belges voulaient les maintenir en activité.
- Coût et enjeux : les modalités financières et techniques du rachat restent à préciser, mais cette opération s’apparente à « des invendus en fin de brocante », selon l’expression de L’Écho.
Un parc nucléaire en état de « mort clinique »
Les sept réacteurs belges, répartis entre les sites de Doel et de Tihange, affichent un âge moyen dépassant les quarante ans. Leur état technique, régulièrement pointé du doigt par les régulateurs, a conduit Engie à privilégier une fermeture échelonnée des unités, jugées trop coûteuses à moderniser. Pourtant, dans un contexte de crise énergétique et de dépendance aux importations, le gouvernement belge a choisi de prendre le contrôle de ces installations. « Le gouffre béant entre les positions des deux parties a rendu cette nationalisation inévitable », explique un analyste du secteur cité par L’Écho.
Les tours de refroidissement de Doel, devenues un symbole des débats sur le nucléaire en Belgique, illustrent cette tension. En janvier 2016, ces infrastructures avaient déjà fait l’objet de vifs débats sur leur sécurité et leur durée de vie. Aujourd’hui, leur maintien en activité dépendra des garanties que l’État belge pourra apporter, tant sur le plan technique qu’économique.
Un revirement idéologique surprenant
L’annonce du 30 avril surprend d’autant plus que le gouvernement actuel, issu de coalitions de droite et du centre, avait longtemps défendu une logique de privatisation et de libéralisation des marchés. Le Parti du travail (PTB), principal opposant à cette politique, avait pourtant fait de la nationalisation des centrales un pilier de son programme. « Le fait qu’une mesure portée par l’extrême gauche soit reprise par la droite montre à quel point le contexte énergétique a évolué », commente Le Soir.
Cette décision intervient alors que la Belgique tente de concilier plusieurs impératifs : réduire sa dépendance au gaz russe, atteindre ses objectifs climatiques et garantir la stabilité de son approvisionnement. Le nucléaire, malgré ses controverses, reste une solution de dernier recours pour éviter les pénuries hivernales. « On ne peut plus se permettre de jouer avec la sécurité énergétique du pays », a souligné un porte-parole du gouvernement sous couvert d’anonymat.
Les prochaines étapes : un processus encore flou
Si la déclaration d’intention signée le 30 avril marque un engagement politique fort, les modalités pratiques du rachat restent à définir. Les négociations entre l’État belge et Engie devraient s’étaler sur plusieurs mois, avec pour enjeu principal le prix de cession des réacteurs et la répartition des coûts de démantèlement. « Ce n’est pas une transaction classique : il s’agit d’acquérir des actifs en fin de vie, dont la rentabilité n’est plus garantie », précise un expert du secteur énergétique contacté par Courrier International.
Le gouvernement devra également obtenir l’aval des régulateurs européens, notamment pour s’assurer que cette nationalisation ne fausse pas la concurrence sur le marché intérieur. Une consultation publique est également envisagée pour impliquer les citoyens dans ce choix stratégique. Bref, l’affaire est loin d’être pliée, et les prochains mois seront décisifs pour savoir si cette nationalisation permettra de relancer — ou non — la filière nucléaire belge.
Cette nationalisation, si elle aboutit, constituera un précédent en Europe, où la plupart des pays ont choisi de privatiser ou de fermer leurs centrales plutôt que de les nationaliser. Pour la Belgique, l’enjeu est double : éviter une crise énergétique et prouver que l’État peut, dans certains cas, jouer un rôle central dans la transition vers un mix énergétique décarboné.
Selon les déclarations des autorités, la nationalisation répond à un double impératif : maintenir la production d’électricité pour éviter les pénuries et réduire la dépendance aux énergies fossiles, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes. Le gouvernement a estimé que l’arrêt des réacteurs, sans solution de remplacement immédiate, créerait un risque pour la stabilité du réseau et la sécurité énergétique du pays.
Les experts pointent plusieurs risques : l’usure des équipements, les difficultés à se procurer des pièces détachées pour des modèles aussi anciens, et les coûts prohibitifs des mises aux normes de sécurité. Par ailleurs, l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a déjà imposé des restrictions d’exploitation sur certains réacteurs en raison de leur état. Enfin, la prolongation de ces centrales pourrait retarder le développement des énergies renouvelables, selon les associations environnementales.