« Notre samedi soir à tous dans le monde, c'est les musiques créoles », a déclaré Bertrand Dicale, chroniqueur à franceinfo et auteur de « Musiques nées de l'esclavage », selon Franceinfo - Culture. Cette affirmation souligne l'impact considérable que ces musiques ont sur la scène musicale mondiale, malgré leur origine dans les plantations esclavagistes.

Ce livre, publié aux Editions de la Philharmonie, est à la fois un récit érudit et personnel, où Bertrand Dicale explore comment ces musiques sont devenues le son de la planète entière. Il regrette cependant que leur dimension politique et historique soit souvent occultée, laissant place à une vision trop superficielle de ces genres musicaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Les musiques créoles sont nées de l'esclavage et de la rencontre entre les cultures européenne et africaine sur un tiers continent.
  • Elles sont devenues populaires dans le monde entier, avec des exemples tels que le zouk des Antilles.
  • Bertrand Dicale déplore que la dimension politique et historique de ces musiques soit souvent oubliée au profit d'une vision trop festive.
  • Le livre « Musiques nées de l'esclavage » offre une perspective à la fois érudite et personnelle sur cet héritage musical.

Les origines des musiques créoles

D'après Bertrand Dicale, la musique était un rare espace de liberté dans les plantations esclavagistes. Les maîtres esclavagistes, considérés comme du patronat, toléraient les fêtes musicales lorsque la récolte était terminée avec un jour ou deux d'avance. C'est dans ce contexte que sont nées des musiques créées à partir de « débris de culture européenne et africaine réunies sur un tiers continent », comme le souligne l'auteur.

Ces musiques, telles que le zouk des Antilles, regroupent des rythmes et des instruments issus de ces deux cultures, ce qui explique leur popularité mondiale. Chacun peut y retrouver des éléments familiers, ce qui fait la puissance des musiques créoles, selon Bertrand Dicale.

La dimension politique et historique oubliée

Bertrand Dicale regrette que lorsque l'on parle de musiques venues des esclaves, on pense souvent au blues, au jazz ou à la soul, mais rarement à la biguine, au zouk ou au shatta, qui sont pourtant nés avec des descendants d'esclaves. En France, il est difficile d'admettre la culpabilité nationale dans le crime de l'esclavage, ce qui amène à occulter la vraie signification de ces musiques, les réduisant à une image trop festive de « tropiques, soleil, gaîté et joie ».

C'est pourquoi son livre, « Musiques nées de l'esclavage », tente de restituer cette histoire complexe et de rappeler les combats menés pour que ces musiques soient reconnues dans leur dimension politique et historique, au-delà du folklore.

Une perspective personnelle

Bertrand Dicale, ayant grandi à la Guadeloupe, à Pointe-à-Pitre, a une connexion personnelle avec ces musiques. Il évoque Marcel Lollia, alias Vélo, le plus célèbre des musiciens de gwako, ces tambours hérités directement des plantations négrières. Pour lui, cela représente « une métaphore extraordinaire d'une société rêvée dans laquelle le corps de chacun est en liberté », antithèse de la vie des esclaves.

Et maintenant ?

Avec la publication de « Musiques nées de l'esclavage », Bertrand Dicale espère contribuer à une meilleure compréhension de ces musiques et de leur histoire. Il s'agit désormais de voir comment ce livre sera reçu et si cela contribuera à une reconnaissance plus large de la dimension politique et historique des musiques créoles. Les prochains mois devraient être déterminants pour évaluer l'impact de cet ouvrage sur la scène musicale et culturelle.

En conclusion, les musiques créoles, loin d'être simplement des genres musicaux festifs, portent en elles l'héritage complexe et douloureux de l'esclavage. Le travail de Bertrand Dicale dans « Musiques nées de l'esclavage » invite à une réflexion plus approfondie sur ces musiques et leur signification dans le monde d'aujourd'hui.