Un collectif de treize établissements scientifiques français et belges a mené, sur deux ans et demi, une expertise sans précédent sur les conséquences du développement massif des parcs éoliens en mer. Leurs travaux, révélés par Ouest France, identifient dix « pressions » majeures exercées sur les écosystèmes marins. Si certaines de ces pressions sont déjà bien documentées, leurs effets combinés restent, en revanche, largement méconnus.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif de 13 établissements scientifiques français et belges a travaillé 2 ans et demi sur les impacts de l'éolien en mer.
  • Ils ont identifié dix « pressions » majeures sur la biodiversité marine.
  • Certaines pressions sont déjà documentées, mais leurs effets cumulés restent peu étudiés.
  • Cette expertise intervient dans un contexte de déploiement accéléré des parcs éoliens offshore en Europe.
  • Les résultats soulignent la nécessité d'évaluer l'impact global des projets, au-delà des études d'impact individuelles.

Une expertise collaborative inédite

Menée par des chercheurs issus de treize établissements, cette étude marque une première par son ampleur et sa pluridisciplinarité. Parmi les institutions impliquées figurent des organismes français comme le CNRS, l'Ifremer ou encore l'Université de Bretagne Occidentale, aux côtés de partenaires belges tels que l'Institut royal des sciences naturelles de Belgique. « Nous avons souhaité croiser les regards pour offrir une vision globale des risques », a déclaré l'un des coordinateurs, cité par Ouest France. Les travaux, financés en partie par l'Union européenne, visaient à combler un vide scientifique : l'absence d'analyse systémique des impacts cumulés des parcs éoliens en mer.

Dix pressions, un impact encore flou

Les scientifiques ont recensé dix facteurs de pression, classés en trois grandes catégories : les perturbations physiques, les nuisances sonores et les modifications des habitats. Parmi elles, on trouve notamment la destruction des fonds marins lors de l'installation des fondations, les collisions avec les pales des éoliennes pour les oiseaux et les chauves-souris, ou encore les champs électromagnétiques générés par les câbles sous-marins. Autant de risques connus, mais dont les interactions restent à éclaircir. « On sait que chaque pression a un impact, mais on ignore comment elles se combinent entre elles », a souligné un chercheur participant à l'étude.

Parmi les pressions les moins documentées figurent les perturbations des comportements migratoires des espèces marines ou encore l'effet des champs magnétiques sur les invertébrés benthiques. Les scientifiques appellent à la prudence : « Les études d'impact actuelles traitent chaque pression de manière isolée, sans tenir compte de leur synergie », a rappelé un expert.

Un contexte de déploiement accéléré

Cette expertise tombe à point nommé. En Europe, la capacité installée en éolien en mer devrait atteindre 60 gigawatts d'ici 2030, contre 16 GW aujourd'hui, selon les projections de WindEurope. En France, la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) prévoit la construction de 40 parcs éoliens offshore d'ici 2035, pour une puissance totale de 40 GW. Face à cette course au développement, les auteurs de l'étude plaident pour une « approche intégrée » des impacts environnementaux. « Il ne suffit pas de respecter les seuils réglementaires pour chaque pression prise séparément », a expliqué un membre du collectif. Ils recommandent notamment la mise en place de « zones tampons » autour des parcs et un suivi écologique renforcé.

Et maintenant ?

Les résultats de cette étude devraient alimenter les débats en cours au niveau européen et national. La Commission européenne pourrait intégrer ces conclusions dans sa révision de la directive sur les énergies renouvelables, attendue pour 2027. En France, l'Autorité environnementale devrait rendre un avis d'ici la fin de l'année sur les projets en cours. Par ailleurs, les scientifiques appellent à la création d'un « observatoire européen des impacts cumulés » de l'éolien en mer, afin de centraliser les données et d'affiner les évaluations.

Reste à voir si ces recommandations seront suivies d'effets. Une chose est sûre : avec l'accélération des projets, la question des impacts environnementaux ne pourra plus être ignorée.

Les dix pressions recensées sont : destruction des fonds marins, collisions avec les oiseaux et chauves-souris, champs électromagnétiques, perturbations des migrations, effets des champs magnétiques sur les invertébrés, modifications des courants marins, bruit sous-marin, perturbation des écosystèmes benthiques, impacts sur les mammifères marins et effets sur les habitats pélagiques.