« Le traitement choisi n’est jamais instruit selon une logique financière, ça reste la force de notre système. » Cette affirmation de Thomas Fatôme, directeur général de la Caisse nationale de l’assurance-maladie (CNAM), résume l’enjeu central des États généraux de la bioéthique, dont les travaux s’achèvent ce mois-ci, selon Le Monde. L’objectif affiché par les organisateurs ? Réfléchir à une meilleure allocation des ressources en santé, sans sacrifier la qualité des soins ni l’accès aux traitements.

Ce qu'il faut retenir

  • Les États généraux de la bioéthique, qui se tiennent actuellement, placent la « sobriété » en santé au cœur des débats.
  • Thomas Fatôme, directeur de la CNAM, défend un système où la prescription n’est jamais dictée par des critères financiers.
  • L’enjeu : maîtriser la hausse des dépenses de santé tout en maintenant l’allongement de l’espérance de vie.
  • La réflexion porte sur un meilleur usage des traitements, sans renoncer à l’innovation thérapeutique.

Le thème de la sobriété en santé, mis en avant lors de ces États généraux, interroge directement l’équilibre entre maîtrise des coûts et préservation du système de solidarité. Pour Thomas Fatôme, ce modèle français repose sur un principe intangible : « Le traitement choisi n’est jamais instruit selon une logique financière ». Une posture qui, selon lui, garantit l’équité d’accès aux soins, indépendamment des revenus ou de la situation sociale des patients.

Dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et l’arrivée de thérapies toujours plus coûteuses, la CNAM défend une approche où la priorité reste la pertinence médicale. « Prescrire mieux », résume le directeur général, « pour que la hausse de l’espérance de vie n’entraîne pas une explosion des dépenses ». Autrement dit, éviter les prescriptions inutiles ou redondantes, tout en maintenant un haut niveau de prise en charge. Un équilibre délicat, alors que les dépenses de santé en France ont atteint 240 milliards d’euros en 2025, soit près de 12 % du PIB, selon les dernières projections de la DREES.

« Le traitement choisi n’est jamais instruit selon une logique financière, ça reste la force de notre système. »
Thomas Fatôme, directeur général de la CNAM

Cette ligne directrice s’inscrit dans un débat plus large sur l’avenir du système de santé français, régulièrement pointé du doigt pour son déficit chronique. Les États généraux de la bioéthique, lancés en janvier 2026, visent à recueillir l’avis des citoyens et des professionnels sur des sujets aussi variés que l’intelligence artificielle en médecine, la fin de vie ou encore les inégalités territoriales d’accès aux soins. La « sobriété » y est présentée comme un levier pour concilier performance économique et humanisme médical.

Pour autant, cette approche ne fait pas consensus. Certains économistes de la santé soulignent que la France reste l’un des pays européens où la dépense par habitant est la plus élevée, avec un reste à charge pour les ménages parmi les plus bas. Une situation qui, selon eux, limite la marge de manœuvre pour réaliser des économies sans remettre en cause le modèle. D’autres, à l’inverse, estiment que des marges de progrès existent, notamment dans la lutte contre les prescriptions inappropriées ou le gaspillage hospitalier.

Et maintenant ?

Les conclusions des États généraux de la bioéthique, attendues pour la mi-avril 2026, devraient nourrir les orientations du prochain gouvernement en matière de santé. Plusieurs pistes pourraient émerger : un renforcement des recommandations de bonnes pratiques pour les médecins, une meilleure coordination entre ville et hôpital, ou encore une réflexion sur le financement de l’innovation thérapeutique. Reste à voir si ces propositions seront suivies d’effets concrets, alors que le déficit de l’Assurance-maladie devrait atteindre 7 à 8 milliards d’euros en 2026, selon les prévisions de la Cour des comptes.

Interrogé sur les perspectives, Thomas Fatôme a rappelé que toute réforme devra « conserver l’esprit de solidarité qui caractérise notre système ». Une ligne de crête qui illustre les défis à venir : concilier rigueur budgétaire et impératif de santé publique, sans aliéner ni les patients ni les professionnels de santé. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour savoir si la France parviendra à concilier ces impératifs.

La « sobriété en santé » désigne une approche visant à optimiser l’utilisation des ressources médicales et financières, sans renoncer à la qualité des soins. Elle implique une meilleure prescription des traitements, une lutte contre le gaspillage et une coordination accrue entre les acteurs du système de santé.