Depuis lundi soir, les États-Unis ont lancé une opération militaire sans précédent dans le détroit d’Ormuz, ce passage stratégique reliant le golfe Persique à la mer d’Arabie. Selon Courrier International, qui compile plusieurs médias internationaux, cette initiative marque l’entrée dans une phase de confrontation directe entre Washington et Téhéran, où chaque camp mise sur ses leviers respectifs pour faire plier l’adversaire. Washington justifie cette mesure par la volonté de contenir les ambitions nucléaires iraniennes et de réduire l’influence régionale de la République islamique, tandis que Téhéran dénonce une escalade inacceptable.
Ce qu'il faut retenir
- Un blocus militaire de 15 navires de guerre américains est en place depuis lundi soir dans le détroit d’Ormuz.
- Le coût quotidien pour l’Iran est estimé à 276 millions de dollars, privés de leurs exportations pétrolières, selon le Guardian.
- Deux pétroliers ont fait demi-tour à l’approche du détroit, mais un troisième, l’Elpis, l’a franchi malgré le blocus.
- Donald Trump affirme avoir reçu des appels de l’Iran et maintient la porte ouverte aux négociations, tout en menaçant de détruire tout navire s’approchant du blocus.
- Les discussions de paix à Islamabad ont échoué, selon les États-Unis, mais Téhéran insiste sur le respect du droit international et invite l’Europe à jouer un rôle actif.
- Les États-Unis exigent un engagement iranien de 20 ans sans enrichissement d’uranium, contre une proposition iranienne de 5 ans.
Une « épreuve de force » ou un « test d’endurance économique » ?
Pour le Wall Street Journal, cette opération s’inscrit dans une stratégie de confrontation directe avec l’Iran, qualifiée de « nouvelle épreuve de force risquée ». Quinze navires de guerre américains, selon les estimations du quotidien économique, participent à ce blocus, dont le but affiché est de couper les exportations pétrolières iraniennes. Une mesure qui, d’après le Guardian, pourrait coûter 276 millions de dollars par jour à Téhéran, privé de ses revenus liés au pétrole. Pourtant, ce blocage risque aussi de faire monter les prix de l’essence aux États-Unis, où la pression politique sur Donald Trump s’intensifie.
Le New York Times souligne que les Iraniens misent sur la « tolérance limitée » du président américain face à cette escalade, tandis que le Telegraph évoque une « guerre d’usure » dont l’issue reste incertaine. « Mais est-ce qu’un embargo réussira là où 13 000 frappes aériennes ont échoué ? », interroge le journal britannique, rappelant l’échec des stratégies militaires passées pour contenir le programme nucléaire iranien.
Réactions immédiates : navires détournés, négociations en suspens
Dès l’annonce officielle du blocus, deux pétroliers ont rebroussé chemin : le Rich Starry, un navire de 188 mètres en provenance des Émirats arabes unis et à destination de la Chine, ainsi que l’Ostria, un autre tanker de 175 mètres. Pourtant, selon les données de la société Kpler citées par CNN, un troisième navire, l’Elpis, a réussi à traverser le détroit, démontrant la difficulté de contrôler totalement cette voie maritime.
Sur Truth Social, Donald Trump a assuré que l’armée américaine avait « détruit la marine iranienne », tout en précisant que les petits bateaux iraniens pourraient toujours cibler les pétroliers et porte-conteneurs. « Si l’un de ces bateaux se rapproche de notre blocus, il sera immédiatement éliminé, avec la même technique que nous utilisons contre les trafiquants de drogue en mer », a-t-il menacé. Une déclaration qui illustre la fermeté affichée par Washington, malgré les risques d’escalade.
Diplomatie en parallèle : Trump maintient le dialogue, l’Iran réclame un rôle pour l’Europe
Contre toute attente, Donald Trump a laissé entendre que des négociations restaient possibles. Lors d’une rencontre avec la presse à la Maison Blanche, il a affirmé avoir reçu des appels de l’Iran, affirmant : « Ils aimeraient arriver à un accord. Vraiment beaucoup. » Une déclaration faite alors qu’il récupérait une commande de McDonald’s, selon Middle East Eye. Le président iranien, Masoud Pezeshkian, a de son côté échangé au téléphone avec le Français Emmanuel Macron, comme l’a rapporté NBC News.
Pezeshkian a indiqué que l’Iran était « prêt à continuer les discussions avec les États-Unis dans le cadre du droit international » et a invité la France ainsi que l’Europe à « jouer un rôle constructif en encourageant les États-Unis à respecter ce cadre ». Il a par ailleurs accusé les « demandes excessives des États-Unis » d’être à l’origine de l’échec des négociations à Islamabad ce week-end.
Islamabad : un échec des négociations selon les États-Unis, une version contestée par Téhéran
Le représentant américain à Islamabad, JD Vance, a minimisé l’échec des discussions, déclarant à Fox News : « Le ballon est dans le camp iranien désormais. » Selon lui, les négociateurs iraniens n’avaient pas l’autorité nécessaire pour signer un accord. « Je ne dirais pas que les choses se sont mal passées. Je pense aussi que des choses se sont bien passées. Nous avons fait beaucoup de progrès […] C’est peut-être la première fois qu’on a vu le gouvernement iranien et le gouvernement américain se rencontrer à un tel niveau dans l’histoire de l’actuel leadership iranien », a-t-il précisé.
Pourtant, selon plusieurs sources citées par les médias américains, les États-Unis exigeaient de l’Iran un engagement à ne pas enrichir d’uranium et à suspendre toute activité nucléaire pendant vingt ans. Les Iraniens, eux, proposaient une suspension de cinq ans, un écart qui illustre les profondes divergences persistantes entre les deux parties.
Cette crise survient dans un contexte où les relations entre les États-Unis et l’Iran n’ont cessé de se dégrader depuis des années. Le blocus actuel, qu’il s’agisse d’une manœuvre tactique ou d’une escalade majeure, risque de redessiner les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient pour les années à venir.
Le détroit d’Ormuz est le point de passage obligatoire pour environ un tiers du pétrole mondial transporté par voie maritime. Toute perturbation dans cette zone a un impact immédiat sur les prix de l’énergie et la stabilité économique mondiale. Pour l’Iran, contrôler l’accès à ce détroit permet aussi de faire pression sur ses adversaires régionaux et internationaux.
