La révolution numérique et l’essor des livraisons de colis transforment discrètement notre quotidien. Dans sa chronique hebdomadaire, Guillemette Faure, chroniqueuse du Monde, interroge cette semaine le format des boîtes aux lettres, devenues le symbole d’une époque où le courrier traditionnel cède la place aux colis.
Ce qu'il faut retenir
- Une inadéquation croissante entre la taille des boîtes aux lettres traditionnelles et la taille des colis livrés, selon Le Monde.
- La dématérialisation du courrier – lettres et factures – contraste avec l’explosion des livraisons de colis, notamment depuis la pandémie.
- Les tentatives de livraison infructueuses, souvent signalées par des messages automatisés, se multiplient.
- Les opérateurs postaux et les entreprises de livraison réfléchissent à des solutions, sans consensus sur la meilleure approche.
Un système conçu pour des enveloppes, pas pour des colis
Depuis des décennies, les boîtes aux lettres en France, comme dans de nombreux pays, ont été standardisées pour accueillir des enveloppes de format A5 ou des lettres simples. Pourtant, avec la généralisation des achats en ligne – accélérée par la crise sanitaire –, les colis de toutes tailles envahissent les domiciles. Selon les dernières données de la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad), le volume de colis livrés en France a progressé de 20 % entre 2020 et 2025. Autant dire que les boîtes aux lettres, souvent trop petites pour ces colis, deviennent un point de friction dans le processus de livraison.
Cette situation, autrefois anecdotique, prend une ampleur nouvelle. Les entreprises de livraison comme La Poste, Amazon Logistics ou Colissimo multiplient les tentatives de remise, laissant parfois des avis de passage ou des messages génériques : « Une tentative de livraison de votre colis a eu lieu ». Mais ces alertes, parfois incompréhensibles pour les destinataires, reflètent surtout l’inadéquation entre deux mondes.
La boîte aux lettres, un symbole des mutations postales
Comme le souligne Guillemette Faure dans Le Monde, la boîte aux lettres incarne une époque révolue. « Elle était conçue pour recevoir des plis, pas des colis », explique-t-elle dans sa chronique. Et d’ajouter : « Aujourd’hui, quand un livreur sonne chez soi pour un colis trop grand, c’est toute la chaîne logistique qui se heurte à un détail pratique devenu obsolète. » Les boîtes aux lettres, souvent installées il y a des décennies, n’ont pas évolué au même rythme que les habitudes de consommation.
Cette problématique n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave. Les services postaux européens, dont La Poste en France, explorent plusieurs pistes : boîtes aux lettres modulables, consignes automatiques en point relais, ou encore systèmes de réservation de créneaux pour les livraisons. Aucune solution ne fait encore consensus, faute de coordination entre les acteurs publics et privés.
Colis trop grands, destinataires absents : un casse-tête logistique
Les statistiques sont parlantes. D’après une étude interne de La Poste publiée en 2025, 12 % des colis livrés en France nécessitent une seconde tentative, principalement en raison de la taille inadaptée des boîtes aux lettres ou de l’absence du destinataire. Ce taux atteint 18 % dans les grandes métropoles, où les appartements sont souvent équipés de boîtes aux lettres collectives, encore plus petites que les individuelles. Les retards et les surcoûts pour les transporteurs s’accumulent, sans que les consommateurs en soient toujours conscients.
Certains internautes partagent désormais leurs déboires sur les réseaux sociaux, transformant ces problèmes en sujets de moquerie ou de frustration. Des vidéos virales montrent des livreurs tentant désespérément d’insérer un colis de 50 cm de long dans une boîte prévue pour une enveloppe. Ces images, bien que drôles en apparence, révèlent une réalité moins amusante : l’économie numérique bute sur des infrastructures conçues pour un autre âge.
En attendant, les consommateurs doivent souvent se résoudre à des solutions de contournement : boîtes aux lettres surdimensionnées achetées en magasin de bricolage, utilisation de l’adresse d’un voisin, ou encore recours aux points relais. Une chose est sûre : dans un monde où l’immédiateté est reine, la simple boîte aux lettres, autrefois discrète, devient un sujet de débat.
Conçues il y a des décennies, elles étaient destinées à recevoir des enveloppes ou de petits plis. Leur taille standard (environ 22 x 11 x 35 cm) ne permet pas d’accueillir les colis de plus en plus volumineux liés au e-commerce. Les normes n’ont pas évolué au même rythme que les habitudes d’achat.
Plusieurs pistes sont explorées : boîtes aux lettres modulables, consignes automatiques en point relais, réservation de créneaux de livraison, ou encore généralisation de boîtes aux lettres collectives plus spacieuses. Aucune solution n’est encore généralisée, mais des tests sont en cours.