Un compromis trouvé entre le gouvernement bolivien et la Centrale ouvrière bolivienne a permis de lever les barrages routiers qui paralysaient depuis plusieurs jours des axes stratégiques du pays, sans recourir à la violence, selon Le Monde. Pourtant, cet accord signé mardi 8 juillet 2026 à La Paz a immédiatement suscité la colère des organisations indigènes et paysannes, qui y voient une « trahison » des promesses faites par le président Paz Pereira depuis son arrivée au pouvoir en 2025.

Ce qu'il faut retenir

  • Un accord a été signé le 8 juillet 2026 entre le gouvernement de Paz Pereira et la Centrale ouvrière bolivienne pour lever les barrages routiers.
  • Les organisations indigènes et paysannes dénoncent cet accord, le qualifiant de « trahison » et accusant le président de ne pas tenir ses engagements.
  • Les barrages, érigés pour protester contre les réformes économiques et sociales, bloquaient des axes majeurs depuis plus d’une semaine.
  • Le gouvernement affirme que la levée des barrages s’est faite « sans effusion de sang », évitant ainsi une escalade de la crise.

Un compromis obtenu après une semaine de tensions

Les barrages routiers, mis en place par des syndicats et des mouvements sociaux, visaient principalement à protester contre les réformes économiques du gouvernement, jugées défavorables aux travailleurs et aux populations les plus vulnérables. D’après Le Monde, les négociations entre la Centrale ouvrière — dirigée par Juan Carlos Huarachi — et les autorités ont abouti à un texte prévoyant notamment le gel temporaire de certaines mesures impopulaires, en échange de la levée des blocages. « Nous avons obtenu des concessions majeures », a déclaré Huarachi à la presse locale, soulignant que l’accord devait permettre « de rouvrir les routes tout en maintenant la pression sur le gouvernement ».

Cependant, côté des organisations indigènes et paysannes, la réaction a été immédiate et radicale. « Ce gouvernement ne respecte rien », a fustigé Felipe Quispe, leader historique du mouvement indigène CONAMAQ. « Paz Pereira nous a promis des réformes sociales, mais il préfère écouter les patrons et les syndicats urbains. » Selon lui, l’accord signé « trahit les luttes historiques des peuples autochtones » et risque d’aggraver les inégalités en Bolivie.

Des fractures qui s’aggravent au sein de la société bolivienne

La Bolivie traverse depuis plusieurs mois une période de fortes tensions sociales, marquée par des divisions entre les secteurs urbains, soutenus par les syndicats, et les populations rurales et indigènes. D’après des observateurs locaux, la Central Obrera Boliviana (COB), principale centrale syndicale du pays, représente avant tout les travailleurs des villes, tandis que les mouvements indigènes défendent des revendications territoriales et culturelles spécifiques. « Le problème, c’est que le gouvernement a choisi de négocier avec un acteur — la COB — et d’ignorer les autres », a expliqué une analyste politique sous couvert d’anonymat. — autant dire que cette stratégie creuse encore les fractures au sein de la société bolivienne.

Les barrages routiers, qui ont paralysé des villes comme Santa Cruz, Cochabamba et El Alto, ont également eu un impact économique significatif. Selon la Chambre nationale de commerce, les pertes quotidiennes étaient estimées à plus de 50 millions de bolivianos (environ 7 millions d’euros), en raison des perturbations des échanges commerciaux et des transports. Le gouvernement a tenté de minimiser ces chiffres, affirmant que la levée des blocages permettrait de « relancer l’économie » rapidement. Pourtant, pour les organisations indigènes, la question n’est pas seulement économique, mais aussi politique : « Paz Pereira doit choisir son camp. Soit il défend les intérêts du peuple, soit ceux des élites », a lancé Quispe lors d’une conférence de presse.

Et maintenant ?

Si l’accord signé entre le gouvernement et la COB a permis de désamorcer une crise immédiate, les tensions restent vives. Le président Paz Pereira devrait annoncer dans les prochains jours les mesures concrètes issues des négociations, notamment sur le gel des réformes économiques. De leur côté, les organisations indigènes ont appelé à une « mobilisation permanente » et menacent de nouvelles actions si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Une date clé pourrait être celle du 20 juillet 2026, date symbolique marquant l’anniversaire de la révolution nationale de 1952, souvent invoquée par les mouvements sociaux pour organiser des manifestations massives.

Quelles conséquences pour la gouvernance de Paz Pereira ?

Pour l’heure, le président Paz Pereira semble avoir évité le pire en évitant un affrontement violent avec les manifestants. Cependant, l’opposition à son gouvernement ne faiblit pas, et certains observateurs s’interrogent sur sa capacité à maintenir un équilibre entre les différentes forces politiques. « Paz Pereira est un président élu, mais il gouverne dans un contexte de crise permanente », a analysé un politologue de l’Université majeure de San Andrés à La Paz. — bref, son avenir politique pourrait bien dépendre de sa capacité à apaiser les tensions, ou au contraire à les instrumentaliser pour renforcer son pouvoir.

Du côté des organisations indigènes, la mobilisation continue. Le CONAMAQ et d’autres mouvements ont d’ores et déjà annoncé qu’ils ne reconnaîtraient pas l’accord signé par la COB, estimant qu’il ne reflète pas leurs aspirations. « Nous allons continuer à nous battre, car nos droits ne sont pas négociables », a martelé Quispe. La semaine prochaine pourrait donc voir de nouvelles perturbations, à moins qu’un compromis plus large ne soit trouvé. Pour l’instant, une chose est sûre : la Bolivie reste un pays sous haute tension.

L’accord prévoit le gel temporaire de certaines réformes économiques impopulaires, notamment celles touchant aux droits des travailleurs et aux subventions sociales. En échange, la Central Obrera Boliviana s’est engagée à lever les barrages routiers et à appeler à la fin des mobilisations. Les détails précis des concessions accordées au gouvernement n’ont pas encore été rendus publics, mais le texte a été signé sous l’égide du ministère du Travail.