Les négociations onusiennes de mi-année sur le climat, qui se sont tenues à Bonn jusqu’à tard dans la nuit du 18 juin 2026, ont échoué à trouver un accord sur le financement de l’adaptation des pays en développement au changement climatique. Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC), a dénoncé cette situation en pointant du doigt le « you-first-ism », une tendance des États à refuser de respecter leurs engagements tant que les autres ne le font pas eux-mêmes.

Selon Euronews FR, les discussions ont été marquées par des divergences persistantes et un blocage des avancées, malgré quelques progrès sur la notion de « transition juste ». Cette approche vise à garantir une répartition équitable des bénéfices issus de la sortie des énergies fossiles. Pourtant, les débats ont été dominés par des intérêts jugés contraires à l’urgence climatique, soulevant des questions sur la légitimité des acteurs présents autour de la table.

Ce qu'il faut retenir

  • Échec des négociations à Bonn : aucun accord trouvé sur le financement de l’adaptation des pays en développement, malgré des prolongations jusqu’à tard dans la nuit du 18 juin 2026.
  • Accusations contre les intérêts fossiles : des délégués de l’UE, de la Suisse et de dizaines de pays en développement estiment que « un petit groupe d’intérêts liés aux énergies fossiles » a saboté les discussions en attaquant la science climatique en coulisses.
  • Opposition à la science climatique : l’Inde et le groupe arabe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït) se sont opposés à des demandes visant à renforcer le rôle du GIEC pour contrer la désinformation climatique.
  • Blocages sur les objectifs climatiques : l’Inde a proposé de supprimer la mention des « changements irréversibles » et s’est opposée à toute limitation de l’ampleur du dépassement des 1,5 °C fixés par l’accord de Paris.
  • Appel à l’action des États insulaires : l’Alliance des petits États insulaires (AOSIS) s’est dite « extrêmement préoccupée » par les tentatives de saper les connaissances scientifiques, lors d’une intervention le 16 juin 2026.

Des négociations sous influence des lobbies fossiles ?

Les négociations climatiques de l’ONU autorisent les pays à inclure dans leurs délégations des représentants non gouvernementaux, parmi lesquels figurent des acteurs économiques dont certains sont liés aux énergies fossiles. Selon Euronews FR, cette configuration a permis à des intérêts puissants de peser sur les débats en coulisses. Manjeet Dhakal, conseiller du groupe des 44 pays les moins avancés, a ainsi évoqué « des attaques coordonnées dans les différentes salles de négociation » menées par « un petit nombre d’intérêts liés aux énergies fossiles ». Aucune précision n’a été apportée sur l’identité de ces acteurs.

Parmi les pays pointés du doigt figurent l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït, membres du groupe arabe, qui ont rejeté toute tentative de renforcer le rôle du GIEC dans la lutte contre la désinformation climatique. Ces États estiment qu’une telle mesure pourrait servir à discréditer le débat scientifique. De même, une proposition du Royaume-Uni et de l’Union européenne visant à supprimer la référence à la « diversité des points de vue » sur les points de bascule climatiques a été rejetée par ces mêmes pays, de même que par l’Inde, grande consommatrice de charbon.

L’Inde et l’Arabie saoudite en première ligne des résistances

L’Inde a joué un rôle central dans le blocage des discussions en proposant notamment de supprimer la mention de « changements irréversibles » dans les textes de négociation. Le pays s’est également opposé à toute limitation de la durée et de l’ampleur du dépassement des 1,5 °C fixés par l’accord de Paris, un objectif pourtant défendu par la majorité des délégations, y compris celles de l’UE. Ces positions contrastent avec les conclusions scientifiques du GIEC, qui rappellent que des réductions rapides des émissions sont nécessaires pour maintenir l’objectif de 1,5 °C, tout en offrant des bénéfices en matière de santé, d’emploi et de pouvoir d’achat.

Le Climate Action Network (CAN) Europe a souligné dans un communiqué que les solutions existent et sont réalisables : « Les réductions plus rapides des émissions permettent de maintenir l’objectif de 1,5 °C à portée, tout en apportant des bénéfices économiques et sociaux. » Pourtant, ces arguments peinent à convaincre les pays les plus réticents, dont les intérêts économiques semblent primer sur les impératifs climatiques.

Les États insulaires en première ligne face aux blocages

Les pays les plus vulnérables aux effets du changement climatique ont vivement réagi à ces blocages. Tina Stege, envoyée spéciale pour le climat des Îles Marshall, a déclaré le 18 juin 2026 : « Nous sommes venus ici pour négocier un avenir meilleur. Nous vivons une crise énergétique et risquons de dépasser 1,5 °C en poursuivant notre dépendance aux combustibles fossiles, ce qui nuit à tout le monde, et en particulier aux plus vulnérables. »

Les représentants des petits États insulaires ont dénoncé une « guerre acharnée contre la science du climat » à Bonn. Shiva Gounden, responsable Pacifique chez Greenpeace Australia Pacific, a alerté : « Les salles de négociation semblent se couper de la réalité du Pacifique, où un dépassement de 1,5 °C noiera notre histoire et effacera notre patrimoine. » Ces États appellent à une écoute accrue des alertes scientifiques et à des décisions politiques courageuses.

Et maintenant ?

Les frustrations accumulées à Bonn pourraient peser sur les prochaines échéances, à commencer par la COP31, prévue en novembre 2026 en Turquie. Les pays participants devront trouver un terrain d’entente pour éviter un nouvel échec similaire à celui de la COP30, organisée en 2025 au Brésil, dont le texte final n’a proposé aucune feuille de route pour la sortie des énergies fossiles. En attendant, la conférence de Santa Marta, tenue en Colombie en début d’année 2026, a marqué un tournant en excluant explicitement les lobbyistes des énergies fossiles. Une initiative saluée par les défenseurs d’une transition climatique plus ambitieuse.

Pour David Waskow, du World Resources Institute, « l’enthousiasme pour une transition juste hors des combustibles fossiles ne cesse de croître, notamment grâce à la feuille de route préparée par la présidence brésilienne de la COP. Les attentes sont fortes pour que chaque pays élabore sa propre stratégie nationale de sortie des énergies fossiles d’ici la fin de l’année. »

Les prochaines semaines seront cruciales pour déterminer si les blocages observés à Bonn peuvent être surmontés avant la COP31. La pression des pays vulnérables et des organisations non gouvernementales pourrait jouer un rôle clé dans l’évolution des positions. Reste à voir si les États les plus réticents, notamment ceux dont l’économie dépend des énergies fossiles, accepteront de faire des concessions pour éviter un nouvel échec.

En coulisses, la question de la légitimité des acteurs présents aux négociations reste entière : jusqu’où les lobbies des énergies fossiles peuvent-ils influencer des décisions qui engagent l’avenir climatique de la planète ?

Le « you-first-ism » désigne une attitude des États qui refusent de respecter leurs engagements climatiques tant que les autres pays ne le font pas. Cette tendance, dénoncée par Simon Stiell, secrétaire exécutif de l’UNFCCC, bloque régulièrement les négociations internationales sur le climat.