Le physicien belge François Englert, co-lauréat du prix Nobel de physique 2013 pour ses travaux sur le boson de Higgs, est décédé à l’âge de 93 ans, a annoncé l’Université libre de Bruxelles (ULB) ce vendredi 20 juin 2026. Selon Le Figaro, son décès est survenu le 18 juin 2026 à Uccle, une commune de la région bruxelloise où il résidait.
Figure majeure de la physique théorique, François Englert laisse derrière lui un héritage scientifique exceptionnel. « C’est avec une profonde tristesse que l’ULB a appris le décès de François Englert », a déclaré l’institution dans un communiqué, soulignant que son parcours avait « marqué l’histoire de notre Université et de la science contemporaine ».
Ce qu'il faut retenir
- Prix Nobel 2013 : François Englert a reçu le prix Nobel de physique conjointement avec le Britannique Peter Higgs, décédé en 2024.
- Théorie fondatrice : Dès 1964, Englert et Higgs ont posé les bases théoriques du « mécanisme Brout-Englert-Higgs », expliquant l’origine de la masse des particules.
- Découverte du boson de Higgs : En 2012, le CERN a confirmé l’existence de cette particule au sein de son laboratoire suisse.
- Parcours académique : Né en 1932 à Etterbeek, il a obtenu un doctorat en physique théorique avant de rejoindre l’ULB, où il a dirigé le Service de physique théorique.
- Distinction royale : Anobli en 2013 par le roi des Belges, il portait le titre de baron.
Un héritage scientifique majeur
Le boson de Higgs, souvent qualifié de « clé de voûte de la structure fondamentale de la matière », est une particule élémentaire dont l’existence valide le « Modèle standard » de la physique des particules. François Englert et Peter Higgs ont ainsi fourni le cadre théorique permettant de comprendre pourquoi certaines particules possèdent une masse, un mécanisme essentiel pour expliquer la structure de l’univers tel qu’on le connaît.
Leur proposition, développée dès 1964, a été confirmée en 2012 par les expériences menées au CERN, notamment grâce au Grand collisionneur de hadrons (LHC). Cette découverte a marqué un tournant dans l’histoire de la physique, consolidant les fondements du Modèle standard. Englert a toujours insisté sur l’importance de la rationalité scientifique, affirmant que « des idées non-rationnelles ont fait assez de tort à l’Europe », comme il l’avait expliqué lors de son discours de réception du Nobel.
Un parcours marqué par l’histoire et la résilience
Né le 6 novembre 1932 à Etterbeek, dans une famille de commerçants juifs, François Englert a connu les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale. Sa famille et lui ont dû vivre dans la clandestinité pendant l’occupation allemande de la Belgique, une période qui a forgé son caractère et sa vision du monde. Après la guerre, il a repris ses études d’ingénieur civil avant de se tourner vers la physique théorique, obtenant un doctorat qui lancera une carrière de plus de sept décennies.
Après ses études, il a rejoint l’université Cornell, aux États-Unis, où il a rencontré le professeur Robert Brout. Ensemble, ils ont développé le mécanisme aujourd’hui connu sous le nom de « Brout-Englert-Higgs ». Brout suivra Englert en Belgique pour diriger avec lui le Service de physique théorique de l’ULB, posant les bases des travaux qui aboutiront à la découverte du boson.
Un engagement pour la science et la rationalité
Lors de son discours au Nobel en 2013, François Englert a rappelé que sa démarche scientifique avait toujours visé à « rechercher une compréhension, une intelligibilité rationnelle au monde ». Pour lui, la science était un outil essentiel pour construire une civilisation digne, loin des dogmes et des irrationalités. Anticonformiste et non-croyant, il incarnait une approche exigeante de la recherche, fondée sur l’observation et la preuve expérimentale.
Son parcours illustre également l’importance de la collaboration internationale. Bien que ses travaux aient été menés en Belgique, leur reconnaissance mondiale a impliqué des équipes du monde entier, notamment au CERN. Cette dimension internationale a été soulignée par l’ULB, qui a salué « une empreinte indélébile dans l’histoire de notre Université et de la science ».
François Englert laisse derrière lui une carrière exceptionnelle, mais aussi un héritage intellectuel qui dépasse les frontières de la Belgique. Son nom restera à jamais associé à l’une des découvertes les plus importantes du XXIe siècle, celle qui a permis de donner un sens à la masse des particules, et par extension, à la structure même de la matière.
La question que certains se posent aujourd’hui est de savoir si de nouvelles découvertes, dans la lignée de celles d’Englert, pourront un jour résoudre les énigmes restantes de la physique moderne. Une chose est sûre : son travail a ouvert la voie à des générations de chercheurs, et son influence continuera de se faire sentir dans les laboratoires du monde entier.
Le mécanisme Brout-Englert-Higgs est une théorie développée en 1964 par François Englert, Robert Brout et Peter Higgs. Elle explique comment les particules élémentaires acquièrent une masse grâce à l’interaction avec un champ invisible, le champ de Higgs. Ce mécanisme est à la base de la prédiction de l’existence du boson de Higgs, confirmée expérimentalement en 2012 au CERN.