La Bulgarie, dirigée par le Premier ministre Roumen Radev, affiche publiquement son désaccord avec une partie des nouvelles sanctions européennes contre la Russie, à l’occasion d’un sommet des chefs d’État et de gouvernement à Bruxelles, les 18 et 19 juin 2026. Selon Courrier International, Radev, en déplacement avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, a confirmé que Sofia s’opposerait à certaines mesures du 21e paquet de sanctions prévu pour juillet, notamment celles visant le patriarche orthodoxe russe Kirill.
Ce qu'il faut retenir
- Roumen Radev, Premier ministre bulgare, menace d’utiliser le veto de son pays contre les sanctions européennes ciblant le patriarche Kirill, lors du sommet de Bruxelles des 18 et 19 juin 2026.
- La Bulgarie rejette certaines mesures du 21e paquet de sanctions contre la Russie, dont celles visant le patriarche russe, connu pour son soutien à la guerre en Ukraine.
- Le sommet à Bruxelles aborde principalement l’aide à l’Ukraine, la situation au Proche-Orient après l’accord États-Unis-Iran, et le cadre financier pluriannuel de l’UE.
Le chef du gouvernement bulgare, arrivé à Bruxelles la veille de l’ouverture du sommet, a réitéré sa position lors de conférences de presse. Selon bTV, la principale chaîne de télévision privée bulgare, les sanctions contre Moscou ne figuraient pas officiellement à l’ordre du jour. Pourtant, l’attention s’est rapidement portée sur Sofia après l’annonce de son opposition à une partie des mesures proposées. Avant son départ, Radev avait déjà indiqué que la Bulgarie n’était pas en accord avec certaines dispositions du paquet, une position confirmée par sa ministre des Affaires étrangères, Velislava Petrova-Chamova.
Parmi les mesures contestées, celles visant le patriarche Kirill occupent une place centrale. « Le temps des croisades est révolu », a lancé Roumen Radev, estimant que les sanctions ciblant des figures religieuses n’étaient pas de nature à mettre fin à la guerre en Ukraine. « Ce n’est pas le patriarche russe qui m’intéresse, mais les millions de fidèles russes », a-t-il précisé, soulignant les liens historiques entre les Églises orthodoxes russe et bulgare. « Les Églises orthodoxes font partie d’une même famille », a-t-il ajouté.
« Le temps des croisades est révolu. [...] Ce n’est pas le patriarche russe qui m’intéresse, mais les millions de fidèles russes. »
— Roumen Radev, Premier ministre bulgare
Cette prise de position a suscité une vive réaction parmi les partisans proeuropéens en Bulgarie. Vladimir Iontchev, rédacteur en chef du site Off News et connu pour son engagement en faveur de l’Ukraine, a dénoncé une reprise de la « rhétorique de la propagande russe ». Dans un éditorial au ton engagé, il accuse le gouvernement bulgare de servir les intérêts du Kremlin, évoquant un « virage géopolitique » dangereux pour Sofia.
« Comme si l’Europe menait une croisade contre la chrétienté orthodoxe ! », s’indigne-t-il. Iontchev va plus loin en qualifiant Roumen Radev de « véritable agent d’influence du Kremlin », estimant que cette posture pourrait « faire sortir la Bulgarie de l’UE » et la ramener dans l’orbite russe. Ces critiques s’inscrivent dans un contexte où Radev est régulièrement qualifié de « prorusse » ou de « nouvel Orban » par ses détracteurs, bien que le Premier ministre se soit toujours présenté comme un défenseur des engagements européens de son pays.
Un sommet sous tension entre solidarité européenne et divergences internes
Le sommet de Bruxelles, qui réunit les dirigeants des 27 États membres de l’UE en présence du président ukrainien Volodymyr Zelensky, est marqué par plusieurs dossiers sensibles. Outre les sanctions contre la Russie, les discussions portent sur l’aide militaire et économique à l’Ukraine, désormais en guerre depuis plus de deux ans, ainsi que sur la situation au Proche-Orient après la signature récente d’un accord entre les États-Unis et l’Iran. Le cadre financier pluriannuel de l’Union pour la période 2028-2034 sera également au cœur des débats.
La Bulgarie, bien que membre de l’UE depuis 2007 et de la zone euro depuis 2025, s’est distinguée ces derniers mois par des positions parfois en porte-à-faux avec celles de Bruxelles. En avril 2026, Roumen Radev avait remporté une victoire écrasante lors d’un scrutin anticipé, consolidant son influence sur la politique intérieure et extérieure du pays. Son opposition aux sanctions contre Kirill, perçue comme une figure religieuse influente, s’inscrit dans une stratégie plus large de maintien des liens avec Moscou, malgré les pressions exercées par ses partenaires européens.
L’Église orthodoxe, un symbole de divisions géopolitiques
La question du patriarche Kirill cristallise les tensions entre les partisans d’une ligne dure contre Moscou et ceux qui prônent le dialogue. Pour Radev, les sanctions ciblant des responsables religieux risquent d’aggraver les fractures au sein de la communauté orthodoxe, déjà profondément divisée depuis le conflit en Ukraine. En rappelant le rôle historique de l’Église russe dans la libération de la Bulgarie du joug ottoman au XIXe siècle, le Premier ministre a tenté de justifier sa position : « L’Église orthodoxe russe a contribué à la libération de la Bulgarie. Ce n’est pas le patriarche russe qui m’intéresse, mais les millions de fidèles russes. »
Cette argumentation a été interprétée par certains analystes comme une tentative de concilier deux impératifs : maintenir une relation stable avec la Russie tout en préservant les intérêts nationaux bulgares. Cependant, pour ses opposants, elle révèle une proximité idéologique avec le Kremlin, au détriment de la solidarité transatlantique et européenne. Les critiques ne se limitent pas aux cercles politiques : des mouvements civiques et des médias indépendants appellent désormais à une clarification de la position de Sofia, craignant un isolement progressif au sein de l’UE.
Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’ampleur de la crise entre Sofia et ses alliés. Une chose est sûre : la question des sanctions contre la Russie, et plus largement celle de l’alignement géopolitique de la Bulgarie, ne sera pas résolue en une seule réunion. Entre solidarité européenne et réalpolitik nationale, le gouvernement bulgare devra naviguer avec prudence pour éviter une fracture durable au sein de l’UE.
Le Premier ministre bulgare Roumen Radev justifie son opposition en invoquant la nécessité de préserver les liens entre les Églises orthodoxes russe et bulgare. Il estime que les sanctions ciblant des figures religieuses, comme le patriarche Kirill, pourraient aliéner une partie de la population russe et compliquer toute perspective de résolution du conflit en Ukraine.
Outre les sanctions contre la Russie, le sommet des 18 et 19 juin 2026 aborde l’aide à l’Ukraine, la situation au Proche-Orient après l’accord États-Unis-Iran, et le cadre financier pluriannuel de l’UE pour la période 2028-2034.