Le groupe énergétique britannique BP a annoncé, vendredi 8 août 2026, son intention de céder ses activités en mer du Nord, marquant la fin de six décennies d’exploitation sous pavillon britannique. Cette décision s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur des « opportunités plus créatrices de valeur », selon les termes du communiqué officiel.

Selon Euronews FR, le portefeuille de BP en mer du Nord comprend cinq sites de production et emploie environ 1 100 salariés. L’entreprise, présente dans la région depuis plus de soixante ans, y a produit en 2025 quelque 117 000 barils équivalent pétrole par jour, soit près de 5 % de sa production mondiale. Meg O’Neill, directrice générale de BP, a souligné dans un communiqué l’attachement historique du groupe au Royaume-Uni tout en justifiant cette cession par la nécessité de « cibler davantage [son] portefeuille et orienter [ses] capitaux vers des opportunités plus créatrices de valeur ».

Ce qu'il faut retenir

  • BP lance un processus de vente de ses cinq sites de production en mer du Nord, employant 1 100 personnes.
  • En 2025, ces actifs ont généré 117 000 barils équivalent pétrole par jour, soit 5 % de la production mondiale du groupe.
  • La décision s’inscrit dans une stratégie de recentrage sur des activités jugées plus rentables, après des années de baisse de production et d’alourdissement fiscal.
  • Le Premier ministre britannique Andy Burnham a évoqué une possible approche plus flexible pour la production en mer du Nord, sous pression de la sécurité énergétique et des marchés volatils.
  • Cette cession s’ajoute à une série de désengagements récents, dont la vente de Castrol, et s’aligne sur les mouvements similaires d’autres majors comme Shell, Equinor ou TotalEnergies.

Un bassin vieillissant et un cadre fiscal défavorable

La mer du Nord, autrefois fleuron de l’industrie pétrolière britannique, voit son attractivité décliner depuis plusieurs années. La production y recule inexorablement, tandis que le régime fiscal britannique, marqué par une taxe sur les profits exceptionnels et l’absence de nouveaux permis d’exploration depuis le précédent gouvernement travailliste, a alourdi la charge pesant sur les producteurs. « Les compagnies pétrolières et gazières ont critiqué cette taxe et l’incertitude entourant la politique énergétique, estimant que ces facteurs ont dissuadé l’investissement », rappelle Euronews FR.

BP, qui avait pourtant investi massivement dans les énergies renouvelables ces dernières années, opère désormais un virage stratégique. Sous la pression d’investisseurs exigeants en matière de rendements et de réduction de l’endettement, le groupe recentre ses activités sur ses segments traditionnels d’amont, d’aval et de négoce. Cette réorientation s’accompagne d’une série de cessions, dont celle de sa filiale Castrol, dont la vente à l’américain Stonepeak pour 65 % du capital devrait être finalisée d’ici la fin 2026, sous réserve des approbations réglementaires.

« Le Royaume-Uni est notre maison depuis plus de cent ans et continuera de jouer un rôle important dans notre avenir. Nous sommes fiers des emplois que nous créons, de notre contribution à l’économie britannique et du travail que nous accomplissons chaque jour pour assurer l’approvisionnement en énergie. »
— Meg O’Neill, directrice générale de BP

Un contexte politique et économique en mutation

L’annonce de BP intervient dans un contexte politique britannique particulièrement dynamique. Jeudi 7 août, le nouveau Premier ministre, Andy Burnham, a laissé entendre qu’il pourrait adopter une approche plus pragmatique vis-à-vis de la production de pétrole et de gaz en mer du Nord. Cette déclaration survient alors que la sécurité énergétique du pays et la volatilité des marchés mondiaux figurent en tête des préoccupations gouvernementales. Donald Trump, président des États-Unis, a à plusieurs reprises exhorté Londres à augmenter sa production offshore, une position qui pourrait gagner en influence avec les prochaines élections américaines.

BP, pour sa part, a assuré qu’elle continuerait à exploiter ses actifs en mer du Nord « de manière sûre et fiable » pendant toute la durée du processus de vente. Meg O’Neill a également précisé que le groupe recherchait un accord reconnaissant « les salariés, les actifs et l’héritage » de cette activité, insistant sur la qualité des équipes et la résilience des infrastructures en place. « Elle dispose de collaborateurs de classe mondiale, d’actifs résilients et d’un héritage dont nous sommes fiers, et ce sont précisément ces qualités qui peuvent attirer un propriétaire prêt à soutenir sa prochaine étape », a-t-elle ajouté.

Une tendance lourde dans l’industrie pétrolière mondiale

La décision de BP s’inscrit dans un mouvement plus large de retrait des majors du bassin de la mer du Nord. ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips ont déjà cédé des actifs dans la région, tandis que Shell et Equinor ont fusionné leurs activités offshore britanniques au sein d’une coentreprise. TotalEnergies, de son côté, a réduit et réorganisé une partie de son portefeuille régional, cherchant à se repositionner sur des projets jugés plus rentables ailleurs dans le monde.

Cette dynamique reflète une stratégie globale de désengagement des zones à maturité ou à coûts élevés, au profit de projets plus innovants ou situés dans des environnements géopolitiques plus stables. Pour les salariés concernés, cette cession pourrait représenter une incertitude majeure, même si BP s’est engagée à préserver les emplois et la sécurité des installations pendant la transition. Le groupe n’a pas encore révélé le calendrier précis de la vente, ni les candidats potentiels à l’acquisition, mais l’opération devrait s’étaler sur plusieurs mois, le temps de trouver un repreneur capable de garantir la pérennité des activités.

Et maintenant ?

Le processus de vente pourrait s’étaler sur plusieurs mois, avec une finalisation attendue au plus tôt en 2027. Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’intérêt des autres groupes énergétiques ou des fonds d’investissement pour ces actifs. Dans l’immédiat, BP maintient sa production à un niveau stable, tout en préparant les consultations sociales avec les représentants du personnel. Côté britannique, le gouvernement Burnham devra clarifier sa position sur la politique énergétique offshore, alors que les tensions géopolitiques et la transition vers les énergies renouvelables continuent de peser sur les choix stratégiques du pays.

Cette cession marque donc un tournant pour BP, mais aussi pour l’industrie pétrolière britannique, alors que le Royaume-Uni tente de concilier sécurité énergétique, transition écologique et rentabilité économique. Reste à savoir si un repreneur émergera pour perpétuer l’héritage de six décennies d’exploitation en mer du Nord.