Un cimetière ayant abrité entre 32 000 et 100 000 esclaves a été découvert en 2025 à Salvador de Bahia, ancienne capitale coloniale du Brésil et principal port négrier du pays, selon Le Monde. Ce site, situé sur le terrain d’une institution catholique caritative, soulève aujourd’hui des revendications pour des réparations parmi les descendants des victimes de l’esclavage et les représentants des cultes afro-brésiliens.

Ce qu'il faut retenir

  • Un cimetière contenant les restes de 32 000 à 100 000 esclaves a été identifié en 2025 à Salvador de Bahia, ancienne place forte du commerce triangulaire.
  • Le site a été exhumé sur un terrain appartenant à une institution catholique caritative historique.
  • Les communautés afro-brésiliennes et les descendants d’esclaves exigent désormais des réparations symboliques et matérielles.
  • Salvador de Bahia, avec près de 80 % de sa population afro-descendante, reste un symbole des luttes contre les inégalités raciales au Brésil.

Une découverte majeure dans un lieu chargé d’histoire

Le chantier archéologique mené à Salvador de Bahia a révélé l’existence d’un cimetière clandestin où auraient été enterrés des milliers d’esclaves africains entre les XVIe et XIXe siècles. La ville, fondée en 1549, fut pendant plus de trois siècles le cœur du commerce d’esclaves vers l’Amérique du Sud, avec des centaines de milliers d’Africains déportés via son port. « Ce site est un rappel brutal de notre histoire coloniale », a souligné l’historienne brésilienne Maria da Silva, spécialiste de la période esclavagiste, auprès du Monde.

L’institution propriétaire du terrain, une œuvre caritative catholique fondée au XVIIe siècle, n’a pas immédiatement réagi aux demandes d’accès aux archives ou aux fouilles complémentaires. Interrogé par Le Monde, son directeur a indiqué que « les procédures administratives doivent être respectées avant toute nouvelle intervention ».

Des revendications portées par les communautés afro-brésiliennes

Les associations de descendants d’esclaves et les leaders des cultes afro-brésiliens, comme le Candomblé ou l’Umbanda, se mobilisent depuis plusieurs mois pour exiger une reconnaissance officielle du site. « Nous ne voulons pas seulement des excuses, mais des actes concrets », a déclaré João Santos, porte-parole du Mouvement Noir Unifié, lors d’une conférence de presse à Rio de Janeiro. « Ce cimetière doit être transformé en un lieu de mémoire, avec des financements pour sa préservation et des programmes éducatifs sur notre héritage africain. »

Selon un rapport publié en 2024 par la Commission vérité sur l’esclavage, le Brésil, dernier pays à avoir aboli l’esclavage en 1888, n’a jamais mis en place de réparations financières ou symboliques à grande échelle pour les descendants des victimes. Seuls quelques projets locaux, comme des bourses d’études, ont été lancés dans certaines villes.

Un débat qui dépasse les frontières brésiliennes

Cette découverte intervient alors que plusieurs pays, dont la France et le Royaume-Uni, sont pointés du doigt pour leur rôle dans la traite transatlantique. Au Brésil, où les Afro-descendants représentent 56 % de la population selon l’IBGE (Institut brésilien de géographie et statistiques), les inégalités socio-économiques restent criantes : ils représentent 75 % des pauvres et seulement 24 % des cadres supérieurs. « La mémoire de l’esclavage est encore un sujet tabou dans notre société », a analysé l’anthropologue Luís Fernando de Oliveira. « Ce cimetière est une preuve que nous devons affronter ce passé pour construire un avenir plus juste. »

Et maintenant ?

Une commission mixte, associant historiens, représentants religieux et autorités locales, devrait se réunir d’ici la fin du mois de juin 2026 pour évaluer les prochaines étapes. Parmi les pistes évoquées : l’exhumation partielle des restes pour des analyses ADN, la création d’un musée mémoriel, ou encore l’octroi de subventions aux familles descendantes. Les militants espèrent aussi que cette affaire relancera le débat national sur les réparations, un sujet régulièrement évoqué mais jamais concrétisé à l’échelle fédérale.

En attendant, les communautés locales organisent des veillées et des cérémonies religieuses sur le site, comme en témoigne un rassemblement prévu ce week-end à Salvador de Bahia. « Nous voulons que ce lieu soit un espace de recueillement et de résistance », a indiqué une prêtresse du Candomblé, Maria Conceição. « L’esclavage a été une blessure ouverte, et cette découverte nous rappelle que les cicatrices sont encore là. »

Le débat oppose ceux qui estiment que l’État doit indemniser les descendants d’esclaves pour les siècles d’oppression subis, et ceux qui craignent que cela n’ouvre la porte à des revendications sans fin. Certains économistes rappellent que le Brésil n’a jamais connu de politique de « réparation » à grande échelle, contrairement aux États-Unis avec les 40 acres et une mule proposés après la guerre de Sécession. D’autres soulignent que les inégalités actuelles, comme l’accès à l’éducation ou au logement, sont des héritages directs de l’esclavage et nécessitent des mesures structurelles.