Selon Le Figaro, Bruno Retailleau, président des Républicains (LR) et candidat à la présidentielle de 2027, a détaillé ce jeudi 7 mai 2026 à Nogent-sur-Seine (Aube) le volet « énergie » de son programme. Une initiative qui s’inscrit dans sa stratégie de différenciation face à Édouard Philippe et au Rassemblement national (RN), tout en capitalisant sur le créneau du « projet sérieux » opposé aux « coquilles vides ».

Cette présentation intervient dans un contexte marqué par une volonté affichée de souveraineté énergétique, avec pour lignes directrices la relance du nucléaire, la construction de six nouveaux réacteurs EPR de 4e génération, et la suppression des aides publiques aux parcs éoliens et photovoltaïques. Autant dire que Retailleau mise sur un positionnement radicalement opposé à la politique énergétique des gouvernements successifs depuis 2012, qu’il qualifie de « quinzaine d’années d’incompétence et d’idéologie ».

Ce qu’il faut retenir

  • Relance nucléaire : Appui inconditionnel à la filière, avec un accent sur la construction d’au moins six nouveaux EPR de 4e génération.
  • Fin des subventions : Mise à l’arrêt des aides financières pour les nouveaux projets éoliens et photovoltaïques.
  • Souveraineté énergétique : Volonté de réduire la dépendance à l’Union européenne, accusée de freiner les ambitions françaises.
  • Critique du bilan Macron : Accusation de « démantèlement méthodique » de l’héritage énergétique français depuis 2012.
  • Positionnement anti-Philippe : Ciblage de l’électorat « ni RN, ni Philippe », avec l’objectif d’incarner l’alternative crédible à droite.

Un projet conçu pour incarner le « sérieux » face à la concurrence

Dans son cercle proche, Bruno Retailleau martèle une stratégie simple : « dérouler, dérouler, dérouler ». Selon Le Figaro, cette méthode vise à distancier son camp de la concurrence interne à la droite, notamment d’Édouard Philippe, dont le flou programmatique est régulièrement pointé du doigt par les partisans de Retailleau. Un élu de son entourage résume l’enjeu : « Il faut avoir les idées claires très rapidement. » L’objectif affiché est de s’imposer comme le favori de la droite dès l’automne 2026, soit avant une éventuelle primaire ouverte, ou au moins de « entrer dans la danse » en se présentant comme le porteur du projet le plus abouti.

Cette stratégie s’appuie sur un pari risqué : celui de convaincre un électorat conservateur, lassé des promesses non tenues, que LR est le seul parti capable de proposer une alternative tangible. « Une cote de popularité ne fait pas un projet », a lancé l’un de ses proches, reflétant une impatience croissante au sein du parti face à la concurrence. « On espère qu’à force, le sérieux l’emportera sur les coquilles vides qui, c’est vrai, nous dépassent pour l’instant », a-t-il ajouté.

Le nucléaire comme ligne de fracture, l’Europe comme bouc émissaire

Le volet énergétique de Retailleau s’articule autour de trois piliers : le nucléaire, la souveraineté et la fin des subventions aux énergies renouvelables. Le candidat LR justifie cette orientation par un constat sans appel : « Quinze ans d’incompétence et d’idéologie se payent cash sur notre facture d’électricité », déclare-t-il dans un communiqué, visant explicitement les gouvernements Hollande et Macron. Une référence à la fermeture de la centrale de Fessenheim en 2020, alors qu’Édouard Philippe était Premier ministre, est systématiquement rappelée pour discréditer son héritage politique.

Sur le plan industriel, Retailleau mise sur la construction d’au moins six réacteurs EPR de 4e génération, une technologie qu’il présente comme la solution pour garantir une énergie décarbonée et stable. « Nous devons retrouver notre indépendance énergétique, quitte à défier Bruxelles si nécessaire », a-t-il souligné lors de son discours à Nogent-sur-Seine. Cette posture anti-européenne marque une rupture avec la ligne traditionnelle de LR, mais s’inscrit dans la logique d’un électorat de plus en plus eurosceptique au sein du parti.

Une campagne qui cible l’électorat « ni RN, ni Philippe »

Pour séduire, Retailleau mise sur une stratégie de contournement. Plutôt que de s’affronter frontalement au RN, il cherche à séduire un électorat modéré déçu par l’absence de projet d’Édouard Philippe. Un poids lourd du Sénat, cité par Le Figaro, résume cette approche : « L’électorat qu’il doit conquérir, et peut-être même créer, c’est ‘ni RN, ni Philippe’ ». Une formule qui illustre la volonté de Retailleau de se positionner comme l’incarnation d’une droite « raisonnable », loin des excès perçus du Rassemblement national ou des tergiversations supposées de l’ancien Premier ministre.

Dans cette optique, la communication de Retailleau insiste sur la crédibilité de son projet, opposé aux « coquilles vides » de ses adversaires. Un élu LR, sous couvert d’anonymat, a même laissé entendre que le candidat pourrait tenter de forcer une primaire ouverte, ou du moins de s’imposer comme l’interlocuteur incontournable de la droite d’ici l’automne. « À l’automne, nos courbes se croiseront », a-t-il lancé, sans préciser ses sources.

Une tribune passée comme acte de rupture

Cette présentation du volet énergie s’inscrit dans la continuité d’une tribune cosignée par Retailleau en 2024 dans Le Figaro, alors qu’il était encore ministre de l’Intérieur. Ce texte, qui avait provoqué l’ire du camp présidentiel, avait marqué le début d’une divergence publique avec la majorité macroniste. Retailleau y défendait déjà une ligne dure sur l’énergie, notamment en critiquant les subventions aux renouvelables et en prônant un retour massif au nucléaire. Un positionnement qui lui avait valu des soutiens au sein de la droite, mais aussi des critiques venues de l’aile modérée de son parti.

Trois ans plus tard, ce discours reste au cœur de sa campagne. Il en a fait l’axe central de son projet présidentiel, espérant ainsi fédérer une partie de l’électorat conservateur déçu par les alternances politiques successives. Pour autant, la question de sa capacité à incarner une dynamique électorale reste entière : les sondages actuels le placent loin derrière les favoris, et son discours, bien que ferme, peine encore à susciter l’enthousiasme.

Et maintenant ?

Le calendrier politique des prochains mois sera déterminant pour Retailleau. Si son volet énergie a été présenté comme une pierre angulaire de sa campagne, il devra désormais en détailler les modalités concrètes, notamment sur le plan financier et industriel. Les prochaines étapes pourraient inclure des rencontres avec les acteurs du secteur, ainsi que des discussions avec les partenaires européens, pour évaluer la faisabilité de ses propositions. Reste à voir si ce positionnement radical suffira à séduire un électorat en quête de stabilité, ou si, au contraire, il sera perçu comme un discours trop dogmatique pour rassembler.

Quoi qu’il en soit, Retailleau mise sur l’automne 2026 pour s’imposer comme le candidat de référence de la droite. Entre primaire ouverte et débats télévisés, l’enjeu sera de transformer une ligne programmatique en dynamique électorale. Une gageure, alors que les observateurs soulignent le flou persistant autour de ses alliés potentiels et de ses soutiens financiers.

Lors de sa présentation à Nogent-sur-Seine, Bruno Retailleau n’a pas détaillé les sites pressentis. Il a simplement évoqué la nécessité de construire « au moins six réacteurs », sans préciser de localisation. Cette question devrait être clarifiée dans les prochains mois, alors que le candidat cherche à rassurer sur la faisabilité industrielle et financière de son projet.

Selon sa logique, ces aides publiques sont jugées inefficaces et coûteuses pour les contribuables. Retailleau argue que les énergies renouvelables intermittentes ne peuvent remplacer le nucléaire, seul capable selon lui d’assurer une production stable et décarbonée. Il propose donc de recentrer les financements publics sur des technologies plus fiables, comme les EPR ou les petits réacteurs modulaires (SMR).