Une possible exclusion des géants américains du cloud des infrastructures européennes dédiées aux données publiques les plus sensibles agite actuellement les couloirs de la Commission. Selon Frandroid, des discussions internes seraient en cours pour imposer des solutions souveraines, relançant ainsi le débat sur la dépendance technologique de l’Union face aux acteurs outre-Atlantique.
Cette initiative, si elle aboutit, marquerait un tournant dans la stratégie numérique du continent. Elle vise notamment les ministères et administrations publiques dont les informations classifiées ou stratégiques ne pourraient plus être hébergées par des prestataires étrangers. Frandroid précise que ces échanges s’inscrivent dans un contexte de montée des tensions géopolitiques et de renforcement des exigences en matière de souveraineté des données.
Ce qu’il faut retenir
- L’Union européenne envisage d’interdire aux ministères d’utiliser les services cloud d’Amazon, Google et Microsoft pour les données sensibles.
- Cette mesure s’inspire d’une enquête publiée par CNBC, révélant des discussions avancées au sein de la Commission.
- L’objectif affiché est de développer une infrastructure européenne dédiée aux données publiques les plus critiques.
- Le projet s’inscrit dans une logique de souveraineté technologique et de réduction de la dépendance aux acteurs américains.
Une réponse aux craintes croissantes sur la sécurité des données
Depuis plusieurs années, les responsables politiques européens expriment leurs inquiétudes quant à la localisation et au contrôle des données stratégiques. Selon les informations rapportées par Frandroid, la Commission européenne étudie la possibilité de créer un cloud souverain, où seules des entreprises européennes ou sous contrôle strict de l’UE pourraient intervenir. « Les données sensibles de l’État ne doivent pas transiter par des serveurs situés hors de l’Union », a rappelé un haut fonctionnaire cité par CNBC.
Cette approche s’aligne sur les principes du Data Act et du Digital Services Act, qui visent à encadrer plus strictement le traitement des données au sein de l’UE. Les ministères concernés pourraient donc être contraints de migrer vers des solutions alternatives, comme celles proposées par des acteurs européens comme OVHcloud ou Deutsche Telekom.
Un calendrier encore incertain, mais des échéances proches
Bien que les discussions soient en cours, aucun texte officiel n’a encore été adopté. Selon Frandroid, les services de la Commission devraient présenter une première proposition d’ici la fin du printemps 2026. « Nous travaillons sur un cadre qui garantirait à la fois la sécurité et l’efficacité des infrastructures cloud pour les administrations », a indiqué une source proche du dossier.
Cette initiative pourrait s’accompagner de subventions pour accélérer le développement de solutions européennes, afin de combler l’écart technologique avec les géants américains. Les experts soulignent cependant les défis logistiques et financiers que représenterait une telle transition pour certains États membres.
Cette réflexion s’inscrit plus largement dans une dynamique européenne visant à réduire la dépendance aux technologies étrangères, notamment chinoises et américaines. En 2025, la Commission avait déjà imposé des restrictions sur l’utilisation des équipements Huawei dans les réseaux 5G, illustrant cette volonté d’autonomie stratégique. L’enjeu, désormais, est de concilier innovation et contrôle souverain des infrastructures critiques.
Selon les discussions internes rapportées par Frandroid, il s’agirait principalement des données classifiées, des informations relatives à la sécurité nationale, ainsi que des données personnelles sensibles détenues par les administrations publiques. Les infrastructures critiques, comme celles des ministères de la Défense ou de l’Intérieur, seraient donc directement impactées.
Les principaux bénéficiaires seraient des entreprises comme OVHcloud (France), Deutsche Telekom (Allemagne) ou encore le consortium Gaia-X, qui promeut une infrastructure cloud européenne. Cependant, leur capacité à absorber une demande massive de la part des États membres reste un sujet de débat parmi les experts.