Un Français installé au Québec depuis huit ans, titulaire d’un doctorat en chimie, se retrouve sans emploi après que les autorités canadiennes lui aient refusé un permis de travail pour une raison administrative. Selon Courrier International, Maxime Denis a appris le 24 avril 2026 qu’il ne pouvait plus exercer son métier au Québec, alors qu’il travaillait pour une compagnie pharmaceutique locale.

Ce qu'il faut retenir

  • Un Français diplômé installé au Québec depuis huit ans a été privé de permis de travail après un refus administratif lié à la preuve de sa maîtrise du français.
  • Le ministère canadien de l’Immigration exige un test de langue, mais le formulaire en ligne ne prévoyait initialement qu’un seul champ pour transmettre les documents.
  • Plusieurs expatriés, dont un étudiant béninois et un Ivoirien, rencontrent les mêmes difficultés, risquant de bloquer des recrutements déjà signés.
  • Le milieu du cirque québécois s’inquiète : les programmes artistiques ne sont pas prioritaires dans les nouvelles règles d’attribution des permis postdiplôme.
  • Le ministère de l’Immigration promet d’ajouter un champ dédié au test de langue sur son portail, une mesure attendue pour éviter de nouveaux refus.

La situation de Maxime Denis illustre les dysfonctionnements récents du système d’immigration canadien pour les travailleurs étrangers au Québec. Le 29 août 2025, il avait transmis une demande pour un permis postdiplôme, un document indispensable pour exercer une activité professionnelle au Canada après des études locales. Pourtant, malgré la fourniture d’une lettre confirmant l’obtention de son diplôme, le ministère fédéral a estimé qu’il n’avait pas fourni les résultats de son test de français de janvier 2025, exigés par la réglementation.

Le hic ? Le formulaire en ligne de demande ne permettait d’ajouter qu’un seul document supplémentaire. Sur les conseils d’un conseiller en immigration de son université, Maxime Denis avait choisi de joindre la lettre de diplôme plutôt que son attestation linguistique. Pourtant, le portail du ministère indiquait clairement que aucun document additionnel n’était nécessaire. Contacté par La Presse, Immigration Canada a confirmé que le refus était fondé sur l’absence des résultats du test de langue, conformément à la loi.

Cette affaire n’est pas isolée. Selon Le Journal de Québec, un étudiant béninois, Albant Sagbo, se retrouve sans emploi après avoir signé un contrat dans le domaine du traitement de l’eau, faute de permis. De même, Le Devoir rapportait en mai 2026 le cas d’un Ivoirien, Fabrice Kangah, arrivé au Québec en 2023 pour une formation d’électromécanicien : huit mois après sa demande de permis postdiplôme, il n’a toujours reçu aucune réponse.

Les nouvelles directives canadiennes, instaurées en 2024, visent à aligner l’immigration sur les besoins du marché du travail. Pourtant, certaines filières échappent à cette logique. Radio-Canada souligne le cas du milieu du cirque, dont les programmes d’interprétation artistique ne figurent pas parmi les priorités nationales pour l’attribution des permis postdiplôme. Guillaume B. Boulay, adjoint à la direction générale de la compagnie FLIP Fabrique, s’en inquiète : « Si les étudiants étrangers n’obtiennent plus de permis de travail et perdent le goût de venir étudier à Québec ou à Montréal, il n’y aura tout simplement plus de relève dans dix ou quinze ans pour toute la structure du cirque québécois. »

Face à ces dysfonctionnements, le ministère fédéral de l’Immigration reconnaît l’existence de problèmes techniques. Un porte-parole du cabinet de la ministre Lena Diab a indiqué à Noovo Info qu’un champ dédié à la soumission des résultats des tests de langue était en cours de développement sur le site des permis de travail, dans le cadre de changements informatiques plus larges au sein du ministère. Aucune date précise n’a encore été communiquée pour la mise en place de cette modification.

« Le ministère fédéral de l’Immigration doit améliorer son site web. »
— Noovo Info, sur les critiques récurrentes concernant l’ergonomie du portail d’Immigration Canada.

Les avocats spécialisés en immigration multiplient les recours pour contester ces refus. Selon eux, la rigidité administrative aggrave une situation déjà tendue pour les employeurs québécois, confrontés à des pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs. Les associations professionnelles appellent à une révision des critères, notamment pour les diplômés dont les compétences correspondent aux besoins locaux.

Et maintenant ?

Le ministère de l’Immigration a annoncé l’ajout d’un champ dédié aux tests de langue sur son portail d’ici la fin de l’année 2026, sans préciser si cela s’appliquera rétroactivement aux dossiers en cours. Les associations d’étudiants étrangers et les employeurs québécois espèrent que cette mesure suffira à éviter de nouveaux blocages administratifs, alors que la période estivale, traditionnellement propice aux embauches, approche. Reste à voir si ces ajustements parviendront à rétablir la confiance dans un système perçu comme de plus en plus complexe.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour les centaines de demandeurs en attente de réponse. En attendant, des recours juridiques pourraient être engagés pour contester les refus déjà prononcés, notamment dans les cas où les demandeurs avaient suivi les indications du portail officiel.

Le permis postdiplôme (PTPD) permet aux étudiants étrangers ayant terminé un programme d’études au Canada de travailler dans le pays pendant une durée allant jusqu’à trois ans, selon la longueur de leur formation. Ce document est essentiel pour ceux qui souhaitent acquérir une expérience professionnelle locale après leurs études.

Le Canada applique des critères linguistiques pour évaluer l’intégration des candidats à la vie professionnelle locale. Pour le Québec, où le français est la langue officielle, la maîtrise de la langue est un prérequis pour certains permis de travail, notamment dans les secteurs réglementés ou en contact avec le public.