Le Burkina Faso franchit une étape inédite en Afrique de l’Ouest en interdisant officiellement le « poverty porn », une pratique consistant à filmer ou photographier la misère pour susciter l’émotion ou attirer l’attention des donateurs. Cette mesure, entrée en vigueur ces dernières semaines, s’inscrit dans un contexte de durcissement des règles encadrant les activités des médias et des ONG sur le territoire burkinabè, comme le rapporte BMF - International.
Selon BMF - International, cette interdiction vise à protéger la dignité des populations vulnérables, souvent utilisées à des fins médiatiques ou promotionnelles sans leur consentement éclairé. La décision s’ajoute à une série de réformes visant à réguler plus strictement les pratiques des acteurs internationaux œuvrant dans le pays, en particulier dans le secteur humanitaire.
Ce qu'il faut retenir
- Interdiction totale du « poverty porn » au Burkina Faso, une première en Afrique de l’Ouest.
- La mesure entend protéger la dignité des populations en situation de précarité.
- Elle s’inscrit dans un cadre plus large de régulation des activités des médias et ONG.
- Le texte n’a pas encore été rendu public dans son intégralité, mais ses contours ont été confirmés par BMF - International.
Une pratique controversée aux conséquences multiples
Le « poverty porn » désigne la mise en scène ou la captation d’images de personnes en situation de grande pauvreté, souvent dans l’objectif de susciter la pitié ou d’inciter à des dons. Au Burkina Faso, cette pratique était régulièrement dénoncée par les associations locales et certains observateurs, qui y voyaient une forme d’exploitation de la vulnérabilité humaine. Selon BMF - International, les autorités burkinabè ont décidé d’agir après avoir constaté que des images ou vidéos, parfois diffusées sans accord préalable, pouvaient nuire à la réputation des personnes filmées ou servir des intérêts étrangers.
La nouvelle réglementation prévoit des sanctions contre les contrevenants, dont des amendes et, dans les cas les plus graves, des peines de prison. Les médias internationaux et les ONG devront désormais obtenir une autorisation écrite des personnes filmées ou de leurs représentants légaux avant toute diffusion d’images les concernant. Autant dire que les pratiques habituelles du secteur humanitaire ou journalistique pourraient être profondément bouleversées.
Un contexte politique et sécuritaire tendu
Cette décision intervient alors que le Burkina Faso traverse une période de crise multidimensionnelle. Depuis 2015, le pays est confronté à une insurrection jihadiste qui a fait des milliers de morts et displaced plus de deux millions de personnes. Dans ce contexte, les acteurs humanitaires sont soumis à une pression accrue pour rendre compte de leur action, mais aussi pour éviter toute instrumentalisation de la souffrance des populations.
BMF - International souligne que l’interdiction du « poverty porn » s’ajoute à d’autres mesures récentes, comme la limitation des mouvements des ONG étrangères ou le renforcement des contrôles sur les financements extérieurs. Ces choix s’expliquent en partie par la méfiance croissante des autorités à l’égard des acteurs internationaux, accusés parfois de servir des intérêts géopolitiques plutôt que ceux des populations locales.
Des réactions contrastées au sein de la société civile
Si certaines associations locales saluent cette initiative comme une avancée majeure pour le respect des droits humains, d’autres acteurs du secteur humanitaire expriment des réserves. Plusieurs ONG internationales, contactées par BMF - International, indiquent craindre que cette interdiction ne complique leur travail sur le terrain, notamment en limitant leur capacité à documenter les crises ou à sensibiliser l’opinion publique.
Un représentant d’une organisation humanitaire anonyme a déclaré à BMF - International : « Nous comprenons les enjeux éthiques, mais comment alerter sur des situations d’urgence sans images ? » L’intéressé a précisé que certaines agences pourraient désormais devoir recourir à des animations ou des reconstitutions pour illustrer leurs rapports, une pratique loin d’être idéale.
Quelle sera la réaction des bailleurs de fonds internationaux, souvent friands de rapports illustrés par des images chocs ? La question reste ouverte, mais une chose est certaine : le paysage médiatique et humanitaire au Burkina Faso est en train de changer.
D’après BMF - International, les sanctions peuvent aller de 5 à 50 millions de francs CFA d’amende, selon la gravité de l’infraction. En cas de récidive ou de diffusion volontaire d’images sans consentement, des peines de 6 mois à 2 ans de prison sont également envisageables.
Oui, la mesure concerne tous les acteurs, y compris les médias locaux. Le gouvernement burkinabè a confirmé que les mêmes règles s’appliqueraient à l’ensemble des publications ou diffusions réalisées sur le territoire national.