Près de sept mois après la réélection de Paul Biya, président camerounais dont le mandat a été officiellement validé avec 53,66 % des suffrages exprimés lors du scrutin du 12 octobre 2025, l’attente d’un remaniement ministériel s’éternise. Selon RFI, cette situation inédite depuis 1992 plonge le pays dans une expectative croissante, alors que le chef de l’État avait promis, au début de son nouveau septennat, une place centrale pour les jeunes et les femmes dans les institutions.

Ce qu'il faut retenir

  • Le remaniement ministériel, annoncé depuis fin 2025 par Paul Biya, n’a toujours pas été concrétisé en mai 2026, une première depuis 1992.
  • Le président camerounais, réélu avec 53,66 % des voix en octobre 2025, avait promis une gouvernance plus inclusive pour les jeunes et les femmes.
  • Cette absence de renouvellement gouvernemental suscite des interprétations variées au sein de la classe politique et de la société civile.

Depuis la fin de l’année dernière, les Camerounais guettent l’annonce d’un changement dans l’équipe gouvernementale. Pourtant, aucune date ni calendrier précis n’a été communiqué pour ce remaniement, pourtant présenté comme une priorité par le pouvoir en place. Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a été reconduit dans ses fonctions après un scrutin marqué par une participation en baisse et des contestations sur la régularité du vote. Pourtant, la promesse d’une nouvelle dynamique gouvernementale, intégrant davantage de représentativité féminine et juvénile, semble s’être évanouie dans l’attente.

Les observateurs soulignent que cette situation, inédite depuis plus de trois décennies, s’inscrit dans un contexte politique et social particulièrement tendu. Le Cameroun, confronté à des défis économiques et sécuritaires persistants — notamment dans les régions anglophones en crise depuis 2016 —, traverse une période où la stabilité des institutions est scrutée avec attention. Pour RFI, cette absence de mouvement ministériel interroge : s’agit-il d’une simple question de calendrier ou d’un choix stratégique de la part du président vieillissant, alors que son état de santé et sa capacité à gouverner font régulièrement l’objet de spéculations ?

Les réactions au sein de la classe politique sont contrastées. Certains responsables de l’opposition y voient une preuve supplémentaire du « statu quo » qui caractériserait le régime de Paul Biya, tandis que des figures proches du pouvoir mettent en avant la nécessité de « préparer soigneusement » les changements à venir. Contacté par RFI, un membre du gouvernement a indiqué, sous couvert d’anonymat, que « les discussions sont en cours, mais qu’il ne faut pas brûler les étapes ». Aucune précision n’a été apportée sur la composition éventuelle du futur gouvernement, ni sur les ministères concernés par un remaniement.

« Le président a toujours insisté sur l’importance de la jeunesse et des femmes dans l’action publique. Mais le temps passe, et les attentes aussi. »
— Un cadre du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), cité par RFI

Cette inertie gouvernementale survient alors que le Cameroun s’apprête à célébrer, le 20 mai 2026, le 45e anniversaire de la prise de pouvoir de Paul Biya. Une coïncidence qui n’échappe pas aux observateurs, certains y voyant un symbole de continuité, d’autres un signe de blocage institutionnel. Dans les rues de Yaoundé et de Douala, la question du remaniement est désormais évoquée avec une ironie teintée d’amertume : « On attend toujours… comme on attend depuis des années », confie un étudiant interrogé par RFI.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios se dessinent pour les prochaines semaines. Selon des sources proches de la présidence, un remaniement pourrait intervenir d’ici la fin du premier semestre 2026, peut-être en juin, à l’occasion d’un discours présidentiel marquant les six mois du nouveau mandat. D’autres estiment, en revanche, que le pouvoir pourrait préférer attendre la fin de l’année, une fois les fêtes de fin d’année passées et les tensions sociales (souvent exacerbées en cette période) retombées. Une chose est sûre : le silence actuel alimente les spéculations, et la pression monte pour que le président clarifie enfin ses intentions.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine : dans un pays où les promesses de renouvellement politique se font rares, l’attente d’un remaniement ministériel ne relève plus seulement de la simple curiosité. Elle incarne désormais un test de crédibilité pour un régime qui, à défaut de jeunesse, mise de plus en plus sur la patience de ses citoyens.