Alors que le Canada traverse une période de ralentissement économique et de déclin démographique, deux de ses provinces, l'Ontario et le Québec, ajustent leurs dispositifs d'immigration pour répondre aux pénuries croissantes de travailleurs. Selon Courrier International, cette situation s'inscrit dans un contexte où la population canadienne a reculé de 0,1 % au premier trimestre 2026, une baisse attribuée à la diminution des résidents non permanents.
Ce qu'il faut retenir
- La population canadienne a baissé de 0,1 % au premier trimestre 2026, principalement en raison d'une réduction des résidents non permanents, selon Statistique Canada.
- L'Ontario lance trois nouvelles voies d'immigration pour attirer des travailleurs qualifiés, peu qualifiés et des médecins indépendants.
- Le Québec relance le Programme de l'expérience québécoise à partir du 2 juillet 2026, avec une cible de 14 500 nouveaux arrivants par an.
- L'industrie minière ontarienne recherche 5 000 travailleurs, tandis que les entrepreneurs en construction québécois refusent des contrats faute de main-d'œuvre.
- Certaines professions, comme les criminologues, restent exclues des dispositifs accélérés, malgré des cas comme celui de Margaux Coicaud.
Un contexte économique et démographique préoccupant
Le Canada fait face à un double défi en 2026 : une économie en stagnation et une baisse inédite de sa population. Selon les données de CBC, rapportées par Courrier International, le pays a enregistré une diminution de 0,1 % de sa population entre janvier et mars 2026. Cette tendance s'explique principalement par la réduction du nombre de résidents non permanents, une problématique déjà identifiée en 2025. Dans le même temps, l'activité économique montre des signes de faiblesse, aggravant les tensions sur le marché du travail.
Des secteurs en tension criante
Les pénuries de main-d'œuvre touchent particulièrement certains secteurs clés. En Ontario, l'industrie minière est en première ligne : selon Radio-Canada, citée par Courrier International, elle recherche 5 000 travailleurs « avec une urgence absolue » pour répondre à une demande en hausse. De leur côté, les entrepreneurs en construction du Québec, interrogés par Le Journal de Québec, avouent refuser régulièrement des contrats « faute de pouvoir compter sur assez de ‘bons travailleurs’ ». Les Affaires, un journal québécois, craint même « le retour des pénuries de main-d'œuvre » des années précédentes, dans un contexte de vieillissement de la population active.
L'Ontario mise sur une immigration ciblée
Face à cette situation, le gouvernement ontarien a annoncé une « modernisation » de son programme des candidats à l'immigration. L'objectif ? Faciliter l'accès à la résidence permanente pour les travailleurs étrangers disposant d'une offre d'emploi locale. Trois nouvelles voies sont créées : une dédiée aux travailleurs hautement qualifiés, une autre aux travailleurs peu qualifiés, et une troisième réservée aux médecins indépendants. Cette réforme intervient alors que le gouvernement ontarien a rejeté une proposition du gouvernement fédéral d'Ottawa, qui souhaitait permettre aux employeurs ruraux d'embaucher davantage de travailleurs étrangers temporaires, invoquant un taux de chômage élevé chez les jeunes Ontariens.
Le Québec relance un programme d'immigration et accélère certaines procédures
De son côté, le Québec a pris une décision attendue dans le milieu de l'immigration : le Programme de l'expérience québécoise sera relancé à partir du 2 juillet 2026, pour une durée de deux ans. Ce dispositif vise à sélectionner environ 14 500 nouveaux arrivants par an. Par ailleurs, certaines professions bénéficient désormais d'une procédure accélérée, permettant aux employeurs d'embaucher plus facilement des travailleurs étrangers en cas de pénurie avérée. Cependant, toutes les professions ne sont pas éligibles, comme l'a constaté amèrement Margaux Coicaud, une Française arrivée au Québec il y a dix ans et formée en criminologie.
Malgré la validité de son diplôme et l'engagement de son employeur, la Direction de la protection de la jeunesse, son permis de travail a expiré le 30 mai 2026. Pour contourner le problème, son emploi a été associé à un « code » lié à une profession admissible, le travail social. « Ça ne change rien à mes tâches », a-t-elle déploré dans Le Devoir. Alexandre Forest, président de l'Association du Barreau canadien (division Québec), a souligné dans les colonnes du même journal que « les choix politiques actuels accentuent les effets de la pénurie » de main-d'œuvre dans le secteur de la justice, évoquant des « centaines de départs » ces dernières années.
Un système d'immigration sous pression
Les dysfonctionnements du système d'immigration sont pointés du doigt par plusieurs acteurs. Alexandre Forest a insisté sur « l'importance d'un système d'immigration stable, prévisible et cohérent » pour répondre aux besoins du marché du travail. Ses propos reflètent les tensions persistantes entre les attentes des employeurs, les contraintes administratives et les réalités démographiques. Le cas de Margaux Coicaud illustre les limites des dispositifs actuels, où des compétences reconnues localement ne trouvent pas toujours leur place dans les listes officielles des métiers éligibles.
Ces initiatives s'inscrivent dans une réflexion plus large sur l'adaptation du Canada à un environnement économique et démographique en mutation. Elles soulèvent une question de fond : dans quelle mesure les politiques d'immigration pourront-elles compenser les effets du vieillissement de la population active et du ralentissement de l'arrivée de nouveaux résidents non permanents ? Autant dire que le défi reste de taille pour les mois et années à venir.
Cette baisse de 0,1 % s'explique principalement par la diminution du nombre de résidents non permanents, selon Statistique Canada. Ce phénomène, déjà observé en 2025, s'inscrit dans un contexte de ralentissement économique et de tensions sur le marché du travail.
Les secteurs les plus affectés sont l'industrie minière en Ontario, qui cherche 5 000 travailleurs, et la construction au Québec, où les entrepreneurs refusent des contrats faute de main-d'œuvre qualifiée. Le vieillissement de la population active aggrave ces tensions.