En France comme à l’international, les oncologues observent une progression alarmante des cancers du poumon chez les personnes qui n’ont jamais fumé. Selon Top Santé, cette part a presque doublé en vingt ans, touchant particulièrement des femmes, parfois très jeunes. Derrière ce phénomène, un ensemble de facteurs de risque encore mal identifiés se dessine, mêlant environnement, génétique et expositions insidieuses.
Ce qu'il faut retenir
- Entre 1995 et 2015, la part des cancers du poumon chez les non-fumeurs a presque doublé en France, selon les données compilées par les oncologues.
- Cette hausse concerne surtout des femmes, parfois âgées de moins de 50 ans, un profil qui interroge les spécialistes.
- Les causes identifiées à ce stade mêlent pollution atmosphérique, exposition au radon, facteurs génétiques et d’autres éléments encore non élucidés.
- Les oncologues soulignent l’absence de consensus sur l’impact réel de chaque facteur, compliquant la prévention et le dépistage ciblé.
Ce constat, révélé par Top Santé, s’appuie sur l’analyse de plusieurs études épidémiologiques menées ces dernières années. En Europe, les chiffres sont tout aussi préoccupants : aux États-Unis, par exemple, près de 20 % des cancers du poumon surviennent chez des personnes n’ayant jamais fumé, un taux en constante augmentation depuis les années 2000. En France, les registres régionaux confirment cette tendance, sans qu’aucun groupe démographique ne soit épargné. « L’idée reçue selon laquelle le cancer du poumon ne toucherait que les fumeurs est aujourd’hui obsolète », explique le Dr Sophie Laurent, oncologue à l’hôpital Gustave-Roussy.
Parmi les pistes explorées, la pollution atmosphérique, notamment celle liée au trafic routier ou aux particules fines, figure en tête de liste. Les grandes métropoles, comme Paris ou Lyon, enregistrent des pics de particules PM2.5 bien au-delà des seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « On sait que l’exposition chronique à ces polluants augmente le risque, même à faible dose », précise le Dr Laurent. Autre facteur de risque identifié : le radon, un gaz radioactif naturellement présent dans les sols et qui s’accumule dans les habitations mal ventilées. En Bretagne ou en Auvergne, où les sols granitiques sont plus riches en uranium, les concentrations en radon dépassent parfois les 300 Bq/m³, un niveau considéré comme dangereux par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
Côté génétique, les recherches récentes ont mis en lumière des mutations spécifiques, comme celles du gène EGFR, plus fréquentes chez les non-fumeurs atteints. Ces anomalies pourraient expliquer une partie des cas, bien que leur rôle exact reste à préciser. « Environ 10 à 15 % des cancers du poumon chez les non-fumeurs sont liés à des prédispositions héréditaires », estime le Pr Jean-Marc Limacher, généticien à l’Institut Curie. « Mais pour le reste, nous sommes encore dans le flou. »
Autre élément troublant : la hausse concerne davantage les femmes que les hommes. Selon une étude publiée en 2025 par l’Institut national du cancer (INCa), le ratio femmes/hommes chez les non-fumeurs atteints est passé de 1,2 à 1,8 en dix ans. Plusieurs hypothèses sont avancées, comme une sensibilité accrue aux perturbateurs endocriniens ou une exposition plus forte aux fumées de cuisine dans certains milieux. « On observe aussi que les femmes consultent plus tardivement que les hommes, ce qui retarde le diagnostic », ajoute le Pr Limacher.
En conclusion, l’augmentation des cancers du poumon chez les non-fumeurs soulève des questions urgentes sur les politiques de santé publique et la recherche médicale. Si les causes exactes échappent encore en partie aux scientifiques, l’urgence est désormais de mieux comprendre ce phénomène pour adapter les réponses. Comme le rappelle le Pr Limacher : « On ne peut plus ignorer cette réalité, sous peine de voir les chiffres continuer à grimper. »
Les symptômes sont similaires à ceux observés chez les fumeurs : toux persistante, essoufflement, douleurs thoraciques ou crachats de sang. Une fatigue inexpliquée ou une perte de poids peuvent aussi alerter. Il est recommandé de consulter rapidement en cas de symptômes prolongés, surtout si aucun autre diagnostic n’explique ces signes.