Quelque 200 personnes, dont plus de 100 enfants, occupent depuis plusieurs jours le parvis du Samusocial de Paris dans le 13e arrondissement. Selon Reporterre, cette mobilisation inédite rassemble des sans-abri, des associations d'accompagnement et des salariés en grève pour dénoncer le manque criant de places d'hébergement et de moyens face à la canicule.
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 200 personnes — dont plus de 100 enfants — occupent le parvis du Samusocial de Paris dans le 13e arrondissement.
- Cette mobilisation unit sans-abri, associations et salariés grévistes du Samusocial.
- Les manifestants réclament davantage de places d'hébergement et de moyens pour faire face à la canicule.
- Des abris de fortune et des toiles sont déployés sur place, avec des enfants jouant dans ce cadre précaire.
Une mobilisation née de l'urgence sanitaire et sociale
Depuis le début de la semaine, le parvis du siège du Samusocial de Paris est occupé par des familles entières, des individus isolés et des travailleurs sociaux en grève. Reporterre indique que cette action s'inscrit dans un contexte de canicule persistante, aggravant les conditions de vie des plus précaires. Les tentes, bâches et cartons disposés au sol dessinent un campement improvisé, tandis que des enfants poursuivent leurs jeux comme pour échapper, le temps d'un instant, à la réalité de leur situation.
Parmi les occupants figurent des salariés du Samusocial, une structure publique chargée de l'accueil, de l'hébergement et de l'insertion des personnes en grande précarité. Leurs revendications portent sur les moyens alloués par la Ville de Paris et l'État, jugés insuffisants pour absorber l'afflux de demandes d'hébergement, a expliqué un représentant syndical à Reporterre.
Des revendications portées par un collectif hétéroclite
Cette mobilisation est l'une des rares à rassembler des acteurs aux intérêts parfois divergents : associations caritatives, personnes sans-abri et travailleurs sociaux. « On est là parce qu'on n'a plus le choix », a déclaré une mère de famille de trois enfants sous une bâche, ajoutant : « Le jour, on erre dans la ville, et la nuit, on est refoulés des centres. Où dormir ? Avec cette chaleur, c'est une question de survie. »
Les associations présentes, dont certaines œuvrent depuis des années dans le secteur de l'urgence sociale, ont souligné l'urgence à débloquer des solutions structurelles. « Les places manquent cruellement, et les centres d'hébergement d'urgence (CHU) sont saturés », a indiqué une bénévole de l'association Droit au Logement, présente sur place. « La mairie annonce des mesures, mais les familles comme celle-ci n'ont toujours pas de solution. »
Un contexte caniculaire aggravant les tensions
Paris traverse actuellement une période de canicule, avec des températures dépassant régulièrement les 35°C. Cette vague de chaleur, qui s'inscrit dans un été marqué par des records de chaleur en France, rend encore plus insupportables les conditions de vie des personnes sans-abri. « Les dispositifs d'accueil de jour, comme les gymnases transformés en salles rafraîchies, ne suffisent pas », a rappelé un travailleur social en grève. « La nuit, il n'y a simplement pas assez de lits. »
Le Samusocial de Paris, qui gère plusieurs centaines de places d'hébergement, a vu ses demandes exploser ces dernières semaines. D'après les chiffres communiqués par la structure en juillet 2026, plus de 8 000 personnes ont été accueillies en urgence sur les six premiers mois de l'année, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à 2025. Pourtant, les places disponibles restent limitées à 3 200 en moyenne chaque nuit, selon les données du Conseil départemental de Paris.
Cette occupation survient alors que la France fait face à une crise durable du logement, aggravée par l'inflation et la hausse des loyers. Dans ce contexte, les associations réclament une refonte des politiques publiques, avec un plan pluriannuel pour éradiquer le sans-abrisme. « On ne peut plus se contenter de mesures d'urgence », a rappelé un porte-parole du Collectif Les Morts de la Rue, présent aux côtés des manifestants.
D'après les échanges avec Reporterre, le Samusocial évoque un plan de création de 500 places supplémentaires d'ici la fin de l'année, mais sans préciser les modalités d'attribution. Les associations demandent, quant à elles, l'ouverture immédiate de centres d'hébergement dédiés aux familles et la réquisition de logements vacants.