Depuis le début de l'été 2026, la France subit une canicule et une sécheresse d'une intensité inédite, infligeant des dégâts considérables à son secteur agricole. Selon BFM Business, les pertes économiques s'annoncent lourdes, avec des récoltes réduites à leur plus bas niveau depuis des décennies pour certaines cultures. Les pouvoirs publics ont annoncé un plan d'urgence pour soutenir les exploitations en difficulté, mais les aides ne pourront être calibrées qu'à la fin du mois d'août.
Ce qu'il faut retenir
- La récolte de maïs 2026 devrait chuter de 35 %, tombant à 9 millions de tonnes, soit le niveau le plus bas depuis 1980.
- En Bretagne et dans les Pays de la Loire, 100 % des brocolis et artichauts, ainsi que la majorité des jeunes plants de choux-fleurs non irrigués, ont été détruits.
- Les pertes pour les grosses coopératives se comptent en dizaines de millions d'euros, avec des mises au chômage technique et des annulations de contrats saisonniers.
- La production laitière a reculé de 1,1 % dès mai, avec des pertes pouvant atteindre 30 % en cas de canicule prolongée.
- Les élevages avicoles de l'Ouest ont enregistré des pertes de 2 à 3 millions de volailles lors de la vague de chaleur de juin.
- La pousse des prairies, utilisées pour le pâturage ou le fourrage, est inférieure de 30 % à la moyenne 1989-2018.
Dès la mi-juillet, les alertes se sont multipliées. Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France, a tiré la sonnette d'alarme sur l'état des cultures de plein champ non irriguées en Bretagne, dans les Pays de la Loire et sur toute la façade ouest du pays. « Les vagues de chaleur de juin et juillet ont anéanti des hectares entiers », a-t-il expliqué. Les salades et carottes replantées après la première vague n'ont pas survécu à la suivante, et les réserves d'eau destinées à l'irrigation ont été largement entamées. Même les serres n'ont pas suffi à protéger les tomates, dont les volumes de production ont fortement diminué.
Les tensions d'approvisionnement commencent à se faire sentir début août, notamment sur les salades, les jeunes pousses ou les radis du bassin nantais. Les prix ont augmenté, parfois doublé pour les laitues, et seules les plantations irriguées de juin et début juillet ont atteint les étals. En Bretagne, leader sur ces productions, « 100 % des brocolis et des artichauts » ainsi que la plupart des jeunes plants de choux-fleurs non irrigués « sont détruits », selon Cyril Pogu. Ces destructions auront des répercussions sur les étals à partir de l'automne, la fenêtre de plantation pour ces légumes étant réduite.
Les grosses coopératives ont dû renvoyer des saisonniers et mettre au chômage technique des salariés sur les lignes de conditionnement. Les pertes financières se comptent en dizaines de millions d'euros pour les plus importantes d'entre elles. « À l'échelle d'une exploitation, la mise en place d'un hectare peut coûter 15 000, 20 000 voire 25 000 euros », a précisé Cyril Pogu. Daniel Sauvaître, président de l'interprofession fruits et légumes (Interfel), a indiqué qu'il n'y avait « pas de pénurie » mais des « tensions » sur les légumes, la France important traditionnellement une partie de sa consommation. Pour les fruits, la situation est plus contrastée : les melons ont perdu en qualité mais sont finalement parvenus sur les étals.
La culture du maïs, entrée en floraison en pleine deuxième vague de chaleur mi-juillet, a particulièrement souffert. Le pollen a grillé et les épis peinent à se remplir. La production est désormais attendue en repli de 35 %, à 9 millions de tonnes, soit le plus bas niveau depuis 1980, en raison du recul des surfaces cultivées et de rendements réduits. La récolte de blé, bien que moins touchée grâce à une précocité inhabituelle, a tout de même baissé de 4,3 %, s'établissant à 31,9 millions de tonnes.
Côté prairies, utilisées pour le pâturage ou le fourrage, la pousse est quasiment à l'arrêt depuis fin mai. La production cumulée est inférieure de 30 % à la moyenne 1989-2018. Les vignobles, eux, sont affectés différemment selon les régions : certaines zones connaissent des vendanges ultra précoces, tandis que d'autres subissent un retard de maturité du raisin. Malgré tout, la qualité des vins devrait rester au rendez-vous.
Les élevages n'ont pas été épargnés. David Renaudeau, directeur de recherche à l'Inrae Bretagne-Normandie, rappelle que « le premier épisode de canicule est généralement le plus sévère pour les animaux ». Cela s'est vérifié pour l'élevage de volailles dans l'Ouest lors de la vague de juin, avec des pertes estimées entre 2 et 3 millions d'animaux, soit environ 1 % de la production annuelle. Les services d'équarrissage ont eu du mal à absorber l'afflux de cadavres, une situation déjà observée en 2003 avec 4 à 5 millions de volailles décimées. Les éleveurs, mieux préparés depuis cette époque, avaient pris des mesures pour limiter les risques. Le risque de mortalité est moindre pour les bovins et les porcs, mais la production laitière a chuté drastiquement, avec des pertes pouvant atteindre 30 %. Dès le mois de mai, la collecte laitière a reculé de 1,1 %, mettant fin à une année de hausse ininterrompue. Les éleveurs s'inquiètent de la baisse persistante de production, d'autant que les pâturages grillés les obligent parfois à entamer les réserves de foin d'hiver, ce qui affecte la qualité du lait et des fromages.
Un plan gouvernemental pour éviter l'effondrement
Face à l'ampleur de la crise, le gouvernement a annoncé mercredi un plan « global » de mesures d'urgence. L'objectif est double : compenser les difficultés économiques des exploitations menacées de faillite et faciliter l'accès des agriculteurs à l'eau. « Nous devons agir rapidement pour éviter une hémorragie dans le secteur », a souligné un porte-parole du ministère de l'Agriculture. Cependant, les autorités ont prévenu qu'il faudrait attendre fin août pour disposer d'une estimation précise des pertes et calibrer au mieux les aides. « Les données disponibles sont encore parcellaires, et certaines cultures pourraient encore être sauvées », a nuancé un responsable.
Les professionnels du secteur, eux, appellent à des mesures structurelles, pas seulement conjoncturelles. « Les épisodes de sécheresse vont se multiplier avec le changement climatique », a rappelé Daniel Sauvaître. « Il faut investir dans des systèmes d'irrigation plus performants et adapter les cultures aux nouvelles conditions climatiques. » Cyril Pogu, de Légumes de France, a également plaidé pour un soutien renforcé aux petites exploitations, souvent plus vulnérables face aux aléas climatiques.
Des répercussions en cascade sur l'économie et l'emploi
Les conséquences de cette crise dépassent le cadre agricole. Les tensions sur les approvisionnements se répercutent déjà sur les prix, avec des hausses pouvant atteindre 100 % pour certains légumes comme les laitues. Les restaurateurs et les transformateurs alimentaires commencent à subir les effets de cette flambée des coûts. « Il y a une cascade d'annulations et des baisses catastrophiques de chiffre d'affaires », a témoigné un responsable de l'UMIH en Gironde. Malgré un retour encore timide des clients, l'espoir de sauver la saison reste fragile.
Les pertes ne se limitent pas aux cultures. Les éleveurs, contraints de puiser dans leurs réserves de fourrage, voient aussi leur trésorerie s'éroder. Les coopératives laitières, déjà fragilisées par la baisse de production, pourraient être contraintes de licencier si la situation ne s'améliore pas d'ici la fin de l'été. Les vignobles, bien que moins touchés, pourraient subir des retards dans les vendanges, perturbant les calendriers de récolte et de vinification.
Cette crise met en lumière la vulnérabilité d'un secteur déjà en mutation, confronté à la fois aux aléas climatiques, aux attentes sociétales et aux défis économiques. Si les aides d'urgence peuvent apporter un répit, elles ne régleront pas les problèmes structurels qui pèsent sur l'agriculture française. La question de l'adaptation aux nouvelles conditions climatiques, déjà sur la table avant cet été, devient plus urgente que jamais.
Selon BFM Business, les cultures de plein champ non irriguées en Bretagne, dans les Pays de la Loire et sur la façade ouest du pays sont les plus affectées. Les brocolis, artichauts, choux-fleurs, salades et carottes ont subi des destructions massives. La récolte de maïs est attendue au plus bas depuis 1980, avec une baisse de 35 %, et celle de blé a reculé de 4,3 %. Les prairies, utilisées pour le pâturage ou le fourrage, enregistrent une pousse inférieure de 30 % à la moyenne.
Le gouvernement a dévoilé un plan « global » incluant des mesures d'urgence pour compenser les difficultés économiques des exploitations menacées de faillite et faciliter l'accès à l'eau. Une première enveloppe sera débloquée dès septembre, mais son montant dépendra des pertes réelles enregistrées. Les autorités ont précisé qu'il faudrait attendre fin août pour disposer d'une estimation précise des dégâts.