Alors que la France subit une vague de chaleur exceptionnelle, avec des records de température battus en mai et juin, la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) tire la sonnette d’alarme sur les conséquences dévastatrices pour le secteur agricole. Selon Le Figaro, Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, a dressé ce lundi 6 juillet un bilan préoccupant lors de son passage dans l’émission « Sept à Huit » sur TF1. « Ce que nous vivons en ce moment est quelque chose d’inédit », a-t-il affirmé, alors que les Pyrénées-Orientales subissent un incendie ravageant 4 600 hectares et que 10 000 personnes ont été évacuées.

Ce qu'il faut retenir

  • La canicule et les incendies provoquent des pertes massives dans les cultures et l’élevage, avec des centaines de milliers d’animaux morts, selon la FNSEA.
  • Arnaud Rousseau chiffre l’impact économique à plusieurs centaines de millions d’euros pour la filière agricole.
  • La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, doit annoncer des mesures d’urgence ce lundi, dont la suspension des contrôles PAC.
  • La FNSEA critique les annonces du 1er juillet, jugées insuffisantes, et réclame un projet de loi d’urgence pour la souveraineté agricole.
  • Le texte, adopté par le Sénat le 2 juillet, vise à sécuriser l’accès à l’eau, lutter contre la concurrence déloyale et protéger le foncier agricole.

Un secteur agricole sous pression extrême

Les premiers retours sur les rendements agricoles sont alarmants, alors que la canicule s’installe durablement. Selon Arnaud Rousseau, « il est encore trop tôt pour chiffrer précisément la baisse des récoltes, mais les dégâts sont déjà visibles ». Les élevages sont particulièrement touchés : les volailles, incapables de supporter des températures dépassant les 40 °C, subissent des pertes massives. Les services d’équarrissage, débordés, peinent à faire face à l’afflux de cadavres d’animaux. « Plusieurs centaines de milliers de bêtes seraient déjà mortes », a indiqué le président de la FNSEA, sans préciser de chiffre exact.

Dans les Pyrénées-Orientales, l’incendie qui ravage 4 600 hectares depuis plusieurs jours aggrave la situation. Les autorités ont évacué 10 000 personnes, et les fumées épaisses menacent les cultures environnantes. Les agriculteurs des Alpes-Maritimes, producteurs de pastèques, voient leurs volumes chuter, entraînant une hausse des prix pour les consommateurs. « Ce qui nous inquiète, c’est la pérennité de l’agriculture française », a souligné Arnaud Rousseau lors de son intervention.

Des annonces gouvernementales jugées insuffisantes

La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, est en déplacement dans le Loiret aujourd’hui pour présenter des mesures d’urgence. Elle doit évoquer l’adaptation des horaires de moisson, la prévention des incendies et la sécurisation des chantiers, ainsi que les conséquences des fortes chaleurs sur les rendements et l’alimentation du bétail. Une mesure phare est déjà actée : la suspension temporaire des contrôles PAC (Politique agricole commune), afin de permettre aux exploitants de se concentrer sur les récoltes sans contrainte administrative.

Pourtant, Arnaud Rousseau estime que les mesures annoncées le 1er juillet restent « insuffisantes ». Parmi elles, des prêts de trésorerie garantis par Bpifrance pour équiper les élevages en brumisateurs et systèmes de ventilation, ainsi qu’une réunion avec les assureurs pour accélérer les indemnisations des pertes agricoles. « Ce qui a été annoncé la semaine dernière ne suffit pas », a-t-il déclaré, réclamant des engagements plus clairs et plus ambitieux.

« Le monde agricole a besoin de cette loi d’urgence. Il faut sortir des postures. »
— Arnaud Rousseau, président de la FNSEA

Un projet de loi d’urgence pour protéger la souveraineté agricole

Arnaud Rousseau a réaffirmé son soutien au projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, adopté avec modifications par le Sénat le 2 juillet (219 voix pour, 111 contre). Ce texte, déjà voté à l’Assemblée nationale en mai, doit encore faire l’objet d’une commission mixte paritaire le 16 juillet pour trouver un compromis entre les deux chambres. Ses principales mesures incluent :

  • La sécurisation de l’accès à l’eau pour l’agriculture, un enjeu crucial en période de sécheresse.
  • La lutte contre la concurrence déloyale des produits importés, notamment ceux ne respectant pas les normes sanitaires ou environnementales européennes.
  • La protection du foncier agricole contre la spéculation et l’artificialisation des sols.
  • Un renforcement des moyens pour défendre les élevages face à la prédation (loups, etc.).
  • Une meilleure prise en compte des agriculteurs dans les négociations commerciales, souvent désavantagés face aux grands distributeurs.

Pour le président de la FNSEA, ce texte est indispensable pour éviter que l’agriculture française ne soit durablement fragilisée. « Au-delà de l’urgence immédiate, ce qui nous inquiète, c’est la pérennité de l’agriculture française », a-t-il insisté. Il a également évoqué le risque accru de recours aux importations en cas de pénurie, ce qui pourrait affaiblir encore davantage la filière.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes s’annoncent déterminantes. La commission mixte paritaire du 16 juillet devra trouver un accord entre députés et sénateurs sur le projet de loi d’urgence. De son côté, Annie Genevard doit préciser, lors de sa prise de parole aujourd’hui, les modalités concrètes des aides annoncées, notamment les prêts de trésorerie et les indemnisations des pertes agricoles. Quant aux agriculteurs, ils devront s’adapter rapidement aux nouvelles conditions climatiques, avec des moissons décalées et des stocks d’eau sécurisés pour les élevages. Reste à voir si ces mesures suffiront à limiter l’impact économique et structurel de la canicule sur un secteur déjà en difficulté.

Dans l’immédiat, les services de secours et les agriculteurs restent mobilisés pour limiter l’extension des incendies, notamment dans les Pyrénées-Orientales. Des initiatives de solidarité ont émergé dans certaines régions, où des exploitants ont mis à disposition des citernes pour aider les pompiers. Arnaud Rousseau a salué ces gestes, tout en rappelant que « le risque d’incendie lié aux moissons en pleine canicule reste maximal ». Les agriculteurs, équipés de matériel adapté, restent responsables de la sécurité de leurs chantiers.

Pour l’heure, aucune date n’est avancée pour un retour à des conditions météo plus clémentes. Les prévisions restent incertaines, alors que les modèles climatiques anticipent une multiplication des épisodes de canicule et de sécheresse dans les années à venir. La question de l’adaptation de l’agriculture française à ces nouvelles contraintes se pose donc avec une urgence accrue.

Le gouvernement a annoncé des prêts de trésorerie garantis par Bpifrance pour équiper les élevages en systèmes de ventilation et brumisateurs, ainsi qu’une réunion avec les assureurs pour accélérer les indemnisations des pertes agricoles. La suspension temporaire des contrôles PAC a également été actée pour permettre aux exploitants de se concentrer sur les récoltes sans contrainte administrative.

Le texte doit faire l’objet d’une commission mixte paritaire le 16 juillet pour trouver un compromis entre les deux chambres. Si un accord est trouvé, il sera ensuite soumis au vote définitif à l’Assemblée nationale et au Sénat.