Selon Euronews FR, la persistance de niveaux d’eau historiquement bas sur les principaux fleuves européens perturbe gravement le transport de marchandises et menace la production industrielle. La sécheresse qui frappe l’Europe depuis plusieurs mois a réduit les débits du Rhin et du Danube à des niveaux records, contraignant les industriels à réduire leurs activités ou à suspendre leurs livraisons.

Ce qu'il faut retenir

  • Le point de mesure de Kaub (Rhin) affiche 27 cm fin juillet 2026, un niveau critique pour la navigation.
  • Les industries chimique, pétrolière et nucléaire subissent des réductions de production en raison des difficultés d’approvisionnement.
  • En Hongrie et en Roumanie, deux réacteurs nucléaires** ont été arrêtés, aggravant les tensions sur les réseaux électriques.
  • Le Danube enregistre 23 cm à Budapest**, un record historique, paralysant 80 % à 90 % du trafic fluvial.
  • Les solutions envisagées incluent l’adaptation des navires, le dragage et le renforcement des infrastructures portuaires.

Un trafic fluvial paralysé par la sécheresse

Les vagues de chaleur répétées depuis le début de l’été 2026 ont asséché les principaux fleuves européens. Selon Euronews FR, le Rhin et le Danube, artères vitales pour le commerce et l’industrie, affichent des niveaux d’eau exceptionnellement bas. À Kaub (Allemagne), point stratégique sur le Rhin, l’échelle de mesure indiquait 27 cm fin juillet, contre un seuil critique fixé à 30 cm. Les prévisions laissent craindre une aggravation dans les prochains jours.

Cette situation bloque une grande partie du trafic fluvial. Comme le rapporte le fournisseur de données Argus, la plupart des cargos ne peuvent plus franchir le goulet d’étranglement de Kaub, forçant les armateurs à limiter les cargaisons ou à suspendre leurs rotations. « En pratique, le Haut-Rhin et le Main sont désormais presque coupés du pôle commercial Amsterdam-Rotterdam-Anvers (ARA) », précise Argus dans un rapport publié mi-juillet. Les tarifs de fret ont atteint des niveaux records, reflétant la rareté des capacités disponibles.

L’industrie chimique et pétrolière en première ligne

Les perturbations sur le Rhin et le Danube affectent directement les secteurs les plus dépendants des voies navigables. Selon ICIS, le spécialiste des matières premières, LyondellBasell a déclaré la force majeure pour ses livraisons de butadiène depuis son site de Wesseling, en Allemagne. Le groupe BASF, dont les usines dépendent du fleuve pour l’acheminement des matières premières, signale également des risques de pénurie et évoque des cas potentiels de force majeure.

Le manque d’eau impacte aussi l’approvisionnement en naphta et en gaz de pétrole liquéfié (GPL), essentiels pour les industries pétrochimiques. Les retards s’accumulent, menaçant de paralyser certaines chaînes de production. Les systèmes de refroidissement, notamment pour les centrales nucléaires et thermiques, deviennent moins efficaces en raison de la hausse des températures de l’eau, aggravant les risques de surchauffe.

L’énergie et la sidérurgie sous tension

Les centrales nucléaires sont particulièrement touchées. En Hongrie, la centrale de Paks a dû réduire sa production et arrêter l’un de ses quatre réacteurs, une première dans l’histoire du site. En Roumanie, Nuclearelectrica a arrêté deux unités de la centrale de Cernavodă en raison du niveau exceptionnellement bas du Danube. Selon le ministère roumain de l’Énergie, ces arrêts portent la production à 0 % sur les deux réacteurs, contraignant le pays à augmenter ses importations d’électricité et à faire pression sur les prix du marché.

Le secteur de la sidérurgie n’est pas épargné. Le géant Thyssenkrupp a légèrement réduit la production de ses hauts-fourneaux à Duisbourg, en Allemagne, car les barges transportant le minerai de fer et le charbon peinent à franchir les seuils peu profonds. L’entreprise a suspendu ses propres opérations de transport fluvial et affrété des navires à faible tirant d’eau pour maintenir ses livraisons aux clients.

Le Danube, un fleuve à l’arrêt partiel

Le Danube, qui traverse dix pays de l’Europe centrale à la mer Noire, n’est pas épargné. À Budapest, le niveau d’eau a atteint 23 cm début août, soit 10 cm de moins que le précédent record de 2018. Selon le service officiel hongrois de surveillance des eaux, une nouvelle baisse est attendue dans les prochains jours. Le ministère hongrois de la Construction et des Transports indique que la plupart des navires de fret sont immobilisés sur le tronçon hongrois, tandis que ceux encore en activité transportent seulement 10 % à 20 % de leur capacité normale.

Les perturbations varient selon les zones. En Serbie, les barges et pétroliers ne transportent plus que 30 % à 40 % de leur chargement habituel, tandis que certains tronçons restent totalement à l’arrêt. La Serbie a reçu seulement 25 % de ses importations de carburant prévues pour juillet, forçant le gouvernement à puiser dans les réserves stratégiques pour éviter des ruptures d’approvisionnement.

L’agriculture et les chaînes d’approvisionnement sous pression

L’impact ne se limite pas à l’industrie. En Serbie, dans la région agricole de Voïvodine, les expéditions de céréales et l’irrigation sont perturbées. En Roumanie, les autorités ont restreint l’accès à l’eau pour l’irrigation, alors que les débits du Danube sont tombés à leur plus bas niveau depuis 1996. La navigation fluviale, déjà partiellement paralysée, limite également les exportations agricoles vers les ports de la mer Noire.

Les réseaux routiers et ferroviaires, déjà saturés, ne parviennent pas à compenser la perte de capacité des barges. « La capacité des infrastructures terrestres est insuffisante pour absorber le volume de marchandises habituellement transporté par voie fluviale », souligne un expert cité par Euronews FR. Les risques de nouvelles perturbations économiques s’en trouvent accrus, d’autant que les prévisions météo ne prévoient pas de pluies significatives dans les semaines à venir.

Et maintenant ?

Face à cette situation, plusieurs pistes sont explorées pour atténuer les effets des basses eaux. Les autorités allemandes préparent un projet d’approfondissement de 20 cm du chenal navigable sur le Rhin moyen, entre Mayence et St Goar, incluant le goulet d’étranglement de Kaub. L’adaptation des digues et la modernisation des écluses pourraient également permettre de mieux gérer la rétention d’eau en amont.

Côté transport, les entreprises misent sur des navires à faible tirant d’eau et sur des matériaux plus légers, comme les aciers à haute résistance, pour maintenir les chargements malgré la baisse des niveaux. La construction de plus grandes installations de stockage dans les ports intérieurs pourrait aussi réduire la dépendance aux livraisons en temps réel. Enfin, la Hongrie a déclaré l’état d’alerte sécheresse sur 74 % de son territoire, activant des mesures d’urgence pour limiter les prélèvements d’eau et préserver les écosystèmes.

Pour l’instant, les niveaux d’eau devraient continuer à baisser dans les prochains jours, aggravant les tensions sur les approvisionnements industriels et énergétiques. Une amélioration durable dépendra des précipitations à venir, mais les experts s’attendent à ce que les épisodes de sécheresse deviennent plus fréquents avec le changement climatique.

Les industries les plus touchées sont la chimie, le raffinage pétrolier, la sidérurgie, la production d’énergie (centrales nucléaires et thermiques) et l’agriculture. Ces secteurs dépendent fortement du transport fluvial pour acheminer leurs matières premières ou exporter leurs produits.

Le Rhin et le Danube sont des axes majeurs du commerce européen. Le Rhin relie la mer du Nord aux régions industrielles d’Allemagne, de France et des Pays-Bas, tandis que le Danube dessert dix pays, dont l’Allemagne, la Hongrie et la Roumanie. Leur paralysie perturbe des chaînes d’approvisionnement entières.