Alors que la France traverse une vague de chaleur particulièrement intense depuis plusieurs jours, la situation sanitaire et sécuritaire se dégrade, notamment en raison de la multiplication des noyades. Selon Franceinfo – Faits divers, le bilan s’alourdit chaque jour : plus de 55 noyades ont été recensées depuis le début de l’épisode caniculaire, un chiffre qui pourrait encore augmenter dans les prochaines heures. Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, a tiré la sonnette d’alarme lors d’un entretien diffusé vendredi 26 juin sur Franceinfo.
Ce qu'il faut retenir
- Le bilan des noyades a dépassé la cinquantaine depuis le début de la canicule, selon les dernières données disponibles
- Plus de 65 % des noyades ont eu lieu dans des zones non surveillées ou non autorisées, comme les canaux ou les plans d’eau interdits
- Le gouvernement a activé le plan ORSAN de niveau 3 pour faire face à la saturation des hôpitaux
- Le taux de nageurs confirmés en France atteint 83 à 85 % en fin de 6e, mais l’apprentissage en eau libre reste insuffisant
- Le ministère des Sports a réorienté une partie de son budget pour rénover et développer les infrastructures de baignade
Une situation « critique » selon la ministre
Marina Ferrari n’a pas caché la gravité de la situation lors de son intervention. « Oui, la situation est critique », a-t-elle affirmé, soulignant que les cellules interministérielles de crise sont mobilisées quotidiennement pour suivre l’évolution de la crise. « Le Premier ministre et la ministre de la Santé ont déclenché le plan ORSAN de niveau 3, le plus haut niveau, afin de préparer nos hôpitaux à répondre à cette crise », a-t-elle précisé. Le rappel à la responsabilité collective est devenu un impératif, notamment pour éviter une saturation supplémentaire des services d’urgence.
La ministre a également pointé du doigt les événements sportifs qui pourraient aggraver la situation hospitalière, tout en insistant sur l’importance de respecter les consignes de sécurité. « On le voit, pour ne pas saturer davantage nos hôpitaux, il faut aussi qu’il y ait une responsabilité collective », a-t-elle déclaré. Ces propos interviennent alors que les établissements de santé sont déjà sous pression, certains responsables locaux évoquant même une « mortalité en hausse » sans pour autant communiquer de chiffres précis.
Les noyades, un fléau évitable
Le bilan des noyades, devenu alarmant, reflète une tendance inquiétante. Selon les données de l’observatoire national, plus de 65 % des noyades enregistrées ont eu lieu dans des zones non surveillées ou non autorisées. Les canaux, notamment ceux gérés par Voies navigables de France (VNF), sont particulièrement concernés. Une campagne de sensibilisation intitulée « Ne coule pas ton été peau » a été lancée par l’établissement public pour alerter le public sur les dangers de ces baignades improvisées.
Les statistiques montrent que les accidents surviennent majoritairement en eau libre ou dans des plans d’eau non autorisés, où les courants et les conditions sont radicalement différents de ceux rencontrés en piscine. « Ce n’est pas anodin d’aller se baigner dans un canal aujourd’hui qui n’est pas autorisé », a rappelé Marina Ferrari. Elle a également rendu hommage aux collectivités locales, qui ont anticipé l’installation de bassins de baignade surveillés en prévision de la canicule.
« Il est normal que l’on recherche l’eau par ces canicules, mais vraiment, on prend les règles de prudence, on respecte la sécurité, on ne va pas se baigner dans des canaux qui ne sont pas autorisés ou dans des plans d’eau qui ne sont pas surveillés. »
Marina Ferrari, ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative
L’apprentissage de la natation : un enjeu majeur
Axel Lamotte, responsable de la Fédération française des maîtres nageurs sauveteurs, a pointé du doigt un autre problème structurel : l’apprentissage de la natation en piscine, souvent sécurisée et sans courant, ne prépare pas suffisamment les individus à affronter les dangers de l’eau libre. « Le problème, c’est l’apprentissage de la nage qui se fait aujourd’hui dans des piscines sécurisées avec de l’eau claire, sans courant, et que quand on se retrouve dans un milieu naturel, on est loin de ce qu’on a appris », a-t-il expliqué.
Marina Ferrari a reconnu ce manque et a rappelé les efforts déployés pour améliorer la situation. En effet, grâce aux plans de natation mis en place, le taux d’élèves sachant nager à la sortie de la 6e atteint désormais 83 à 85 %. Cependant, elle a souligné la nécessité de développer l’apprentissage en eau libre, un domaine où les collectivités locales sont de plus en plus actives. « On voit bien qu’on a aujourd’hui la nécessité aussi de développer l’apprentissage en eau libre, puisque c’est là où il y a le plus de danger », a-t-elle indiqué.
Le manque d’infrastructures : un frein à la sécurité
La question des moyens, notamment financiers, s’est également invitée dans le débat. Plusieurs maires et élus locaux ont fait part de leurs difficultés à financer la rénovation ou la construction de piscines, un enjeu crucial pour permettre à la population de se rafraîchir et d’apprendre à nager en milieu sécurisé. Marina Ferrari a reconnu ce défi, tout en insistant sur les actions déjà engagées par son ministère. « J’ai une vigilance particulière sur les piscines, pour enfants et pour adultes, avec le ‘savoir nager’ pour les publics qui sont plus âgés », a-t-elle déclaré.
Le ministère a pris des mesures concrètes, comme l’orientation des crédits de l’Agence nationale du sport vers la rénovation des piscines existantes ou le déploiement de piscines mobiles. « Nous avons décidé d’orienter les crédits d’investissement de l’Agence nationale du sport avec une priorité sur la rénovation des piscines ou sur les piscines mobiles », a-t-elle précisé. Ces dispositifs permettent de se rapprocher des populations et de leur proposer des espaces de baignade sécurisés, même dans les zones où les infrastructures fixes sont insuffisantes.
Interrogée sur le financement de ces projets, notamment dans un contexte budgétaire contraint, la ministre a défendu les choix opérés. « Dans notre budget d’investissement, nous avons des priorités et des thématiques à retenir. Quand on a des difficultés budgétaires, on fait des choix », a-t-elle répondu. Elle a rappelé que le Fonds vert, créé en 2022 précisément pour répondre à des urgences comme celle-ci, joue un rôle clé dans le financement de ces infrastructures.
Face à l’urgence, Marina Ferrari a rappelé que « la priorité absolue reste la sécurité des Français ». Alors que les températures restent élevées et que le recours aux points d’eau s’intensifie, chaque acteur – État, collectivités, citoyens – doit prendre sa part de responsabilité pour éviter que ce bilan ne s’aggrave davantage.
Les noyades surviennent souvent dans des zones non surveillées ou non autorisées, comme les canaux, où les conditions de baignade sont radicalement différentes de celles des piscines. La recherche de fraîcheur pousse les baigneurs à prendre des risques, tandis que l’absence de courant et de vagues en piscine ne prépare pas aux dangers de l’eau libre.
Le ministère des Sports a annoncé un renforcement des crédits pour la rénovation des piscines et le déploiement de piscines mobiles. Les collectivités locales sont encouragées à développer des bassins de baignade surveillés en avance de phase, tandis que les campagnes de sensibilisation se poursuivront pour rappeler les consignes de sécurité.