« Six Months in a Pink and Blue Building », sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2026, s’impose comme une œuvre hybride, mêlant fiction et documentaire. Le film de Bruno Santamaría Razo explore, avec une audace rare, le parcours d’un père diagnostiqué séropositif alors qu’il n’était qu’un jeune homme. Selon Libération, cette réalisation mexicaine, à la fois personnelle et universelle, interroge la mémoire, l’intimité et la résilience face à une maladie longtemps stigmatisée.

Ce qu'il faut retenir

  • Une œuvre hybride : le film alterne entre fiction et documentaire pour raconter le diagnostic d’un père atteint du sida.
  • Un récit intime : Bruno Santamaría Razo explore sa propre histoire familiale avec une franchise qui bouscule les tabous.
  • Une sélection prestigieuse : présenté à la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2026.
  • Un regard sur l’histoire récente : le film s’attache à une période où le sida était encore largement entouré de préjugés et de silence.
  • Une approche politique : au-delà du drame personnel, l’œuvre interroge les politiques de santé et les discriminations liées à la maladie.

Un projet né d’une blessure intime

Bruno Santamaría Razo, réalisateur mexicain aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, signe avec « Six Months in a Pink and Blue Building » un film qui lui tient particulièrement à cœur. Comme il l’explique à Libération, l’idée est née d’un diagnostic reçu par son père alors qu’il était lui-même adolescent. « Ce fut un choc, une révélation brutale qui a bouleversé notre quotidien », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Cannes. Le projet, entamé il y a plusieurs années, a nécessité un travail de mémoire exigeant, entre archives familiales et reconstitutions cinématographiques.

Le titre du film, évocateur, fait référence à l’hôpital où son père a séjourné pendant six mois. Un lieu aux murs peints en rose et bleu, devenu le symbole d’une épreuve qui a marqué toute la famille. L’œuvre se veut à la fois un hommage et une dénonciation : hommage à la force de son père, qui a refusé de se laisser définir par sa maladie, et dénonciation des silences qui ont entouré l’épidémie dans les années 1980 et 1990.

Une narration audacieuse, entre réel et fiction

Santamaría Razo a choisi une structure narrative non conventionnelle, alternant entre des séquences documentaires – où l’on voit des images d’archives et des témoignages réels – et des scènes de fiction jouées par des comédiens. Selon lui, cette hybridation permet de « rendre compte de la complexité des émotions » tout en évitant le piège du mélodrame. « Le sida n’est pas une tragédie, c’est une réalité que l’on a trop souvent traitée comme un tabou », a-t-il souligné. Le film donne ainsi la parole à son père, aujourd’hui décédé, dont les mots résonnent à l’écran avec une sincérité rare.

La réalisation a également impliqué des proches du réalisateur, qui apparaissent à l’écran pour partager leurs souvenirs. Un choix qui renforce l’authenticité du propos, même si, comme le note Libération, cette démarche comporte des risques : celui de basculer dans l’autofiction ou de trahir certaines vérités familiales. Santamaría Razo assume pleinement ces ambiguïtés, estimant que « la mémoire est toujours une reconstruction ».

Un film politique dans un contexte sanitaire toujours fragile

Sorti dans une période où les questions de santé publique restent au cœur des débats, « Six Months in a Pink and Blue Building » s’inscrit dans une actualité brûlante. Le film rappelle que, malgré les progrès thérapeutiques, le sida continue de faire des victimes, notamment dans les pays où l’accès aux soins est limité. À travers le récit de son père, le réalisateur met en lumière les inégalités face à la maladie et les lacunes des politiques de prévention dans les années 1990.

Pourtant, l’œuvre ne tombe jamais dans le misérabilisme. Au contraire, elle célèbre la résistance, la créativité et l’amour, thèmes centraux de la culture queer dont Santamaría Razo se revendique. « Ce film est une ode à la vie, pas à la mort », précise-t-il. Une approche qui a séduit le jury de la Quinzaine des Réalisateurs, où le film a été salué pour son « équilibre parfait entre émotion et rigueur documentaire ».

Et maintenant ?

Après sa présentation à Cannes, « Six Months in a Pink and Blue Building » devrait entamer une tournée en festivals internationaux, avec une sortie en salles prévue pour l’automne 2026. Le réalisateur espère que son film contribuera à alimenter le débat sur la mémoire du sida, un sujet encore trop souvent relégué au second plan. Une sortie en VOD et sur les plateformes de streaming est également envisagée, même si Santamaría Razo insiste sur l’importance de l’expérience cinématographique : « Rien ne remplace la projection en salle pour ressentir la puissance de ce récit. »

Si le film suscite d’ores et déjà un vif intérêt, une question reste en suspens : parviendra-t-il à toucher un public au-delà des festivals et des cercles militants ? Dans un paysage cinématographique saturé, où les récits intimes peinent parfois à émerger, son destin dépendra en grande partie de la capacité des distributeurs à le mettre en valeur. Une chose est sûre : avec cette œuvre, Bruno Santamaría Razo signe un film qui ne laisse pas indifférent, et qui mérite d’être vu et discuté.

Selon Bruno Santamaría Razo, cette structure permet de « rendre compte de la complexité des émotions » liées à l’histoire de son père. En mêlant fiction et documentaire, il cherche à éviter le piège du mélodrame tout en offrant une vision à la fois personnelle et universelle de l’épidémie de sida. « La mémoire est une reconstruction, et le cinéma doit refléter cette ambiguïté », a-t-il expliqué à Libération.