Les sites emblématiques de Perrier, à Vergèze dans le Gard, et de Vittel dans les Vosges, font l’objet ce mardi 19 mai 2026 de perquisitions menées par les services de la Répression des fraudes. Une quarantaine d’agents sont mobilisés dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Paris pour « tromperie », après une plainte déposée par l’ONG Foodwatch. Selon Capital, qui révèle l’information, les enquêteurs ciblent les installations de production ainsi que les espaces dédiés au contrôle qualité et à la recherche et développement du groupe Nestlé Waters.

Ce qu'il faut retenir

  • Quarante agents de la DGCCRF sont mobilisés pour ces perquisitions inopinées sur les sites de Perrier (Vergèze, Gard) et Vittel (Vosges).
  • L’enquête fait suite à une plainte pour « tromperie » déposée par l’ONG Foodwatch, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte à Paris.
  • Les investigations portent sur des installations de production, des laboratoires d’analyses et des services de contrôle qualité de Nestlé Waters.
  • En 2024, une enquête du Monde et de la cellule investigation de Radio France avait révélé des pratiques de purification interdites sur des eaux commercialisées comme « minérales naturelles ».
  • Nestlé Waters a confirmé la tenue de ces contrôles et affirme coopérer pleinement avec les autorités.

Une information judiciaire ouverte après des révélations sur des pratiques de purification interdites

Les perquisitions de ce 19 mai 2026 s’inscrivent dans une enquête plus large ouverte à la suite de révélations majeures concernant les pratiques de Nestlé Waters. Comme l’avait rapporté Capital en 2024, une enquête conjointe du Monde et de la cellule investigation de Radio France avait mis en lumière des traitements de purification appliqués à des eaux commercialisées sous les labels « de source » ou « minérales naturelles ». Ces méthodes, normalement interdites pour ces catégories, visaient à éliminer des traces de substances chimiques ou des contaminations bactériennes détectées à la source.

Les sites ciblés aujourd’hui — l’usine historique de Perrier à Vergèze et le laboratoire de Vittel — sont au cœur de cette polémique. À Vergèze, les enquêteurs se concentrent sur les installations de production, tandis qu’à Vittel, ce sont les locaux abritant un laboratoire d’analyses qui sont perquisitionnés. Ces opérations, menées de manière inopinée, visent à vérifier si les procédés utilisés par le groupe respectent la réglementation en vigueur.

Nestlé Waters reconnaît les contrôles et assure coopérer avec les autorités

Contacté par Capital, le groupe Nestlé Waters a confirmé la tenue de perquisitions sur deux de ses sites en France. Dans un communiqué, l’entreprise a indiqué « coopérer pleinement avec les autorités compétentes ». Ni la DGCCRF ni le parquet de Paris n’ont, pour l’heure, communiqué officiellement sur ces opérations, bien que les enquêteurs aient été identifiés comme relevant des services de la Répression des fraudes.

Cette affaire s’ajoute à une série de contrôles et d’enquêtes qui pèsent depuis plusieurs années sur les pratiques de Nestlé Waters en France. En 2025, la production de Perrier avait déjà été partiellement suspendue après la découverte d’écarts bactériologiques, tandis que des millions de bouteilles avaient été bloquées. Ces incidents avaient conduit à des interrogations sur la fiabilité des procédés de traitement et de contrôle mis en place par le groupe.

Un scandale qui s’étend et interroge la réglementation sur les eaux minérales

Le scandale dépasse désormais le simple cadre des perquisitions. En 2024, des révélations similaires avaient touché d’autres marques du groupe, comme Contrex ou Vittel, avec des accusations de purification illégale pour éliminer des contaminants. Des associations de consommateurs et des élus locaux avaient alors réclamé des clarifications sur les normes appliquées aux eaux minérales naturelles en France.

À Vittel, où les prélèvements d’eau sont au cœur des débats, les associations locales avaient saisi le Sénat pour dénoncer des « arrangements » des industriels avec la réglementation. Ces pratiques, si elles étaient avérées, pourraient remettre en cause la légitimité des labels « minéraux naturels » attribués à certaines bouteilles. Bref, autant dire que ce scandale interroge non seulement les méthodes de Nestlé Waters, mais aussi la rigueur des contrôles sanitaires en vigueur.

« Les perquisitions menées aujourd’hui visent à établir si les procédés utilisés par Nestlé Waters respectent la réglementation en matière d’eaux minérales naturelles. » — Une source judiciaire proche du dossier

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de cette enquête judiciaire devraient être déterminantes. Les enquêteurs devront analyser les données saisies lors des perquisitions et entendre les responsables des sites concernés. Une décision sur d’éventuelles suites judiciaires pourrait intervenir dans les prochains mois, selon des observateurs du dossier. Par ailleurs, la DGCCRF pourrait renforcer ses contrôles sur l’ensemble des sites de Nestlé Waters en France, dans l’attente des résultats de cette enquête.

Pour l’instant, le groupe reste sous pression, avec des questions persistantes sur la transparence de ses méthodes et la sécurité sanitaire de ses produits. Les associations de consommateurs, quant à elles, appellent à un renforcement des contrôles indépendants sur les eaux minérales, tandis que des élus locaux pourraient demander une révision des autorisations de production dans les zones concernées.

Reste à voir si cette affaire entraînera des changements structurels dans la réglementation ou si elle restera cantonnée aux sanctions éventuellement prononcées contre Nestlé Waters.

En cas de condamnation pour « tromperie », Nestlé Waters pourrait écoper d’une amende significative, voire voir ses autorisations de production suspendues pour les sites concernés. Des procédures de rappel de produits pourraient également être engagées, et la réputation de la marque pourrait subir un préjudice durable.

Les prochaines étapes clés incluent la remise des rapports d’enquête par les services de la DGCCRF, l’audition des responsables de Nestlé Waters, et une éventuelle décision du parquet de Paris sur les suites à donner. Ces éléments pourraient être rendus publics d’ici la fin de l’année 2026.