Le parquet de Paris examine un signalement déposé contre la députée Renaissance Caroline Yadan, à qui une élue LFI reproche d’avoir relayé des « fausses nouvelles » concernant les propos de Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Le parquet de Paris étudie un signalement visant Caroline Yadan pour avoir accusé Francesca Albanese d’avoir tenu des propos antisémites.
  • Gabrielle Cathala (LFI) a saisi la justice après une intervention de Caroline Yadan lors d’une séance de questions au gouvernement le 10 février 2026.
  • Francesca Albanese nie avoir tenu les propos qui lui sont attribués, affirmant avoir évoqué un « ennemi commun » dans un contexte géopolitique.
  • Le signalement vise également Hillel Neuer et Shannon Seban, accusés d’avoir participé à la diffusion d’informations tronquées.
  • Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a demandé la démission de Francesca Albanese après ces échanges.

Un signalement pour « fausses nouvelles » déposé par une élue LFI

Gabrielle Cathala, députée La France Insoumise, a saisi le parquet de Paris pour dénoncer les déclarations de Caroline Yadan, élue macroniste, qui a accusé Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, d’avoir tenu des propos antisémites lors d’une intervention diffusée par Al Jazeera. Dans un entretien accordé à l’AFP, une source proche du dossier a confirmé que le parquet étudiait actuellement ce signalement, avant de décider d’ouvrir ou non une enquête.

Le 10 février 2026, lors d’une séance de questions au gouvernement, Caroline Yadan avait interpellé le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, l’interrogeant sur les positions de Francesca Albanese. Selon Gabrielle Cathala, les déclarations de la députée macroniste, reprises dans une publication sur X et dans un courrier envoyé au ministre, contenaient des informations « mensongères » et avaient contribué à une campagne de désinformation.

Les propos attribués à Francesca Albanese au cœur de la polémique

Caroline Yadan avait accusé Francesca Albanese d’avoir désigné Israël comme « un ennemi commun de l’humanité » lors d’un forum organisé par Al Jazeera. Ces propos avaient été repris par plusieurs médias et avaient entraîné une réaction immédiate du gouvernement français. Jean-Noël Barrot avait alors exigé la démission de la rapporteuse de l’ONU, qualifiant ses déclarations de « outrancières et coupables ».

Dans son intervention, Francesca Albanese avait en réalité évoqué un « ennemi commun » dans un contexte plus large, lié aux soutiens politiques et financiers apportés à Israël dans le cadre du conflit à Gaza. « Le fait qu’au lieu d’arrêter Israël, la plupart des pays du monde l’aient armé, lui aient fourni des excuses politiques, un parapluie politique ainsi qu’un soutien économique et financier, est un défi », avait-elle déclaré. Elle avait ensuite précisé, lors d’un entretien sur France 24 : « Je n’ai jamais, jamais, jamais dit “Israël est l’ennemi commun de l’humanité” ».

Un montage tronqué et une diffusion massive d’informations erronées

Dans son signalement, Gabrielle Cathala accuse également Hillel Neuer, directeur de l’ONG UN Watch, d’avoir diffusé un montage tronqué de l’interview de Francesca Albanese pour lui imputer des propos qu’elle n’a pas tenus. Shannon Seban, élue locale de Seine-Saint-Denis, est également visée pour avoir relayé ces informations, aux côtés de Caroline Yadan. Selon le courrier adressé à Jean-Noël Barrot, ces agissements auraient eu des « conséquences diplomatiques graves » en influençant la position française.

Gabrielle Cathala souligne que plus de cinquante députés macronistes avaient cosigné ce courrier, amplifiant ainsi la diffusion de ces « fausses nouvelles ». Elle estime que ces actions ont porté atteinte à la réputation de Francesca Albanese et ont contribué à une polarisation accrue du débat sur le conflit israélo-palestinien.

Francesca Albanese et la polémique autour de ses prises de position

Francesca Albanese, rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens depuis 2022, est une figure controversée pour ses prises de position critiques envers la politique israélienne. Ses déclarations sur le conflit à Gaza et ses accusations contre Israël lui ont valu de nombreuses critiques, y compris de la part de plusieurs États occidentaux. En 2023, elle avait déjà été accusée d’antisémitisme après des propos sur le rôle des lobbies pro-israéliens dans les médias.

Pourtant, Francesca Albanese rejette ces accusations, affirmant que ses analyses s’inscrivent dans un cadre juridique international et qu’elle condamne toute forme de discrimination. Son mandat à l’ONU a été prolongé en 2024 malgré les pressions exercées par certains pays, dont les États-Unis et Israël.

Et maintenant ?

Le parquet de Paris dispose d’un délai indéterminé pour trancher sur l’ouverture d’une enquête. Si une information judiciaire est ouverte, Caroline Yadan, Hillel Neuer et Shannon Seban pourraient être convoqués pour répondre des accusations de diffusion de fausses nouvelles. Une décision devrait intervenir dans les prochaines semaines, selon des sources judiciaires. Par ailleurs, le débat sur le rôle des élus dans la diffusion d’informations controversées pourrait s’intensifier, notamment à l’approche des prochaines échéances électorales.

En attendant, Francesca Albanese poursuit son mandat à l’ONU, où elle continue de documenter les violations des droits humains dans les territoires palestiniens. Son cas illustre les tensions persistantes autour de la liberté d’expression et des limites du débat politique sur le conflit israélo-palestinien.

Si le parquet de Paris décide d’ouvrir une enquête, Caroline Yadan pourrait être poursuivie pour diffamation ou diffusion de fausses nouvelles, des délits passibles de sanctions pénales. Une condamnation pourrait entraîner une amende ou, dans les cas les plus graves, une peine de prison avec sursis. Cependant, la procédure pourrait s’étaler sur plusieurs mois, voire plusieurs années, avant qu’un jugement ne soit rendu.

Le gouvernement français n’a pas réagi officiellement depuis les déclarations de Jean-Noël Barrot en février 2026. Ce dernier avait alors demandé la démission de Francesca Albanese, mais aucune position collective du gouvernement n’a été rendue publique depuis. Le Quai d’Orsay n’a pas répondu à nos demandes de commentaires.