Un fonds d’investissement américain, Castlelake, suscite l’agitation sur le titre EasyJet ce lundi 1er juin 2026. Selon BFM Bourse, le groupe a annoncé détenir désormais 2,14 % du capital de la compagnie aérienne britannique, tout en évoquant une possible offre de rachat. Une perspective qui a propulsé l’action d’EasyJet de 9 % en séance, atteignant 432,7 pence, soit bien au-delà de la proposition minimale avancée par Castlelake de 403,23 pence l’action.

Ce qu'il faut retenir

  • Castlelake détient 2,14 % du capital d’EasyJet et envisage une offre de rachat, selon BFM Bourse.
  • L’action EasyJet a grimpé de 9 % ce 1er juin, frôlant 432,7 pence, après une annonce du fonds.
  • Castlelake propose un prix minimal de 403,23 pence par action, supérieur au cours de clôture du 29 mai (398 pence).
  • EasyJet dénonce une approche « opportuniste » de Castlelake, citant le contexte géopolitique et la hausse du kérosène.
  • Le droit européen limite la prise de contrôle étrangère sur les compagnies aériennes, avec 15,7 % du capital détenu par le fondateur Stelios Haji-Ioannou.
  • Bank of America estime que Castlelake pourrait viser avant tout la flotte d’EasyJet, composée de 318 avions.

Une offre encore floue et encadrée par la réglementation

D’après BFM Bourse, Castlelake a indiqué être « dans les premières étapes » pour formuler une offre sur EasyJet, sans préciser si elle envisage une prise de participation minoritaire, un investissement stratégique ou une acquisition totale. Le fonds dispose jusqu’au 26 juin 2026 pour annoncer une intention ferme ou renoncer à son projet, conformément au Code britannique des offres publiques d’acquisition.

Bank of America souligne que Castlelake pourrait s’inspirer de sa précédente participation minoritaire dans la compagnie suédoise SAS, cédée à Air France-KLM en 2025. Pour EasyJet, le conseil d’administration a rappelé qu’il examinerait toute proposition, tout en mettant en garde contre les « défis réglementaires, financiers et autres » liés à une telle opération.

EasyJet rejette une approche qualifiée d’« opportuniste »

La compagnie britannique a réagi avec fermeté à l’annonce de Castlelake, affirmant que son conseil n’avait pas été contacté. Dans un communiqué, EasyJet fustige le « caractère opportun » de cette démarche, évoquant un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions économiques. Depuis le début de l’année, l’action d’EasyJet a perdu plus de 13 %, malgré le rebond de ce lundi.

Le conflit, qui a entraîné une hausse de 77,5 % du prix du kérosène sur un an selon l’IATA, pèse lourdement sur les coûts des compagnies aériennes. EasyJet maintient toutefois son objectif de réaliser un bénéfice avant impôt supérieur à 1 milliard de livres sterling à moyen terme, malgré les turbulences du secteur.

Un secteur aérien européen sous tension

L’intérêt de Castlelake survient alors que le marché européen du transport aérien connaît une phase de consolidation accélérée. Plusieurs opérations récentes illustrent cette tendance : Air France-KLM a repris SAS, Lufthansa a acquis Ita Airways (ex-Alitalia) et Air Europa, tandis que la portugaise TAP fait l’objet de plusieurs offres concurrentes. Ces mouvements interviennent dans un contexte de fragilité accrue, avec la faillite récente de la low cost américaine Spirit Airlines.

Michael O’Leary, PDG de Ryanair, avait prévenu en mai dernier que la prolongation du conflit au Moyen-Orient pourrait entraîner des « faillites en Europe ». Une analyse partagée par Citi, qui estime que la consolidation du secteur pourrait s’accélérer, même si une opération de l’ampleur d’un rachat d’EasyJet reste « peu probable » à court terme. « C’est souvent dans ce genre de situations que le secteur connaît des avancées significatives en matière de concentration », note la banque.

La flotte d’EasyJet, un actif stratégique pour Castlelake ?

Bank of America avance une hypothèse : Castlelake pourrait être davantage intéressé par la flotte d’EasyJet que par l’ensemble de l’entreprise. La compagnie britannique possède 318 avions de la famille Airbus A320, dont la valeur est estimée à 650 pence par action par la banque – un niveau bien supérieur au cours actuel du titre.

Une telle acquisition permettrait à Castlelake de renforcer sa position sur le marché européen des vols court-courriers, actuellement très fragmenté. « Une réduction de la capacité indépendante d’EasyJet serait bénéfique pour la discipline de l’offre et la tarification du secteur », souligne Bank of America. Les principaux bénéficiaires de cette consolidation seraient, selon l’établissement, IAG, Wizz Air, Jet2 et Ryanair.

Et maintenant ?

D’ici au 26 juin 2026, Castlelake doit clarifier ses intentions. Une offre formelle ou une renonciation à son projet pourraient provoquer de nouvelles réactions sur le titre EasyJet, déjà survolté depuis l’annonce de vendredi. Le secteur aérien, sous pression économique et géopolitique, reste par ailleurs sous haute surveillance, alors que les analystes anticipent une accélération des rachats et fusions dans les mois à venir.

Castlelake n’en est pas à son coup d’essai dans l’aérien. Le fonds a déjà joué un rôle clé dans la restructuration financière de SAS, avant de revendre ses parts à Air France-KLM. Il a également octroyé des prêts à Virgin Atlantic Airways, ainsi qu’au groupe brésilien Abra Group (maison-mère des compagnies Gol et Avianca). En 2025, Castlelake a lancé une plateforme de financement dédiée à l’aviation, dotée de 1,8 milliard de dollars.

Pour EasyJet, l’enjeu est double : sécuriser ses financements dans un contexte de coûts énergétiques élevés, tout en gérant les contraintes réglementaires liées à son statut de compagnie européenne. Le groupe devra aussi convaincre ses actionnaires, dont le fondateur Stelios Haji-Ioannou détient 15,7 % du capital, de la pertinence d’une éventuelle transaction.

Castlelake mise sur une consolidation du marché européen des vols court-courriers, où EasyJet occupe une place centrale. Selon Bank of America, la flotte de 318 avions d’EasyJet représente un actif stratégique, d’autant que les coûts de restructuration pourraient être compensés par une réduction de la concurrence.

Le droit européen impose qu’une compagnie aérienne opérant en Europe soit majoritairement détenue par des investisseurs européens, sous peine de perdre sa licence. Or, plus de 15,7 % du capital d’EasyJet est détenu par Stelios Haji-Ioannou, un actionnaire grec. Castlelake, groupe américain, devrait donc trouver un montage juridique complexe pour contourner cette règle.