La DGSI va progressivement abandonner les outils américains de Palantir au profit d’une solution française, développée par Chapsvision. Une décision annoncée le 16 juin par Sébastien Lecornu, alors ministre de l’Intérieur, et qui marque une étape symbolique dans la quête d’autonomie technologique des services de renseignement européens. Selon BFM Business, cette migration devrait s’étaler sur « entre dix-huit mois et deux ans », un calendrier plus optimiste que celui évoqué par Matignon, qui tablait sur une durée pouvant aller jusqu’à trois ans.
Ce qu'il faut retenir
- Le 16 juin 2026, la DGSI a annoncé le recours aux services de Chapsvision, une entreprise française spécialisée dans le traitement de données, pour remplacer progressivement les outils de Palantir.
- Chapsvision, qui réalise un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros et emploie une centaine de salariés, s’impose comme une alternative souveraine aux logiciels américains.
- L’entreprise a déjà conquis 20 % de son chiffre d’affaires aux États-Unis, où elle cohabite avec Palantir pour une dizaine de clients communs.
- Son PDG, Olivier Dellenbach, défend une approche où « la souveraineté ne doit pas rimer avec médiocrité », insistant sur la nécessité de proposer des solutions performantes et ouvertes.
Une victoire symbolique pour la souveraineté numérique européenne
Le choix de Chapsvision par la DGSI s’inscrit dans une dynamique plus large de réduction des dépendances technologiques vis-à-vis des États-Unis. Comme l’a souligné Olivier Dellenbach lors d’un entretien accordé à BFM Business le 29 juin, « il y a une volonté des États européens de s’affranchir des acteurs américains ». Un revirement accéléré, selon lui, par le contexte politique outre-Atlantique : « Trump est le meilleur ambassadeur de ce changement ». La souveraineté numérique n’est plus un simple concept, mais une priorité stratégique. Les services de renseignement allemands ont d’ailleurs suivi cette voie quelques semaines avant l’annonce française, en signant un contrat avec Chapsvision.
Pourtant, le PDG de l’entreprise française prend soin de distinguer souveraineté et repli technologique. « On parle toujours de souveraineté, je n’aime pas tellement ce terme », confie-t-il. « La souveraineté, c’est la liberté [pour nos clients] de choisir, grâce à des systèmes totalement ouverts ». Une nuance importante, alors que certains pourraient craindre une solution « moins-disant » au prétexte qu’elle serait française. « On ne peut pas agiter la souveraineté pour justifier l'achat de solutions médiocres », martèle-t-il.
Chapsvision mise sur la performance pour séduire les clients publics et privés
Avec un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros et une centaine d’employés, Chapsvision reste une entreprise de taille modeste face à des géants comme Palantir. Pourtant, son logiciel Argonos, conçu pour le traitement de grands ensembles de données, entend rivaliser avec les solutions américaines. « Le produit n’est pas encore en place chez le client, mais on a un très bon niveau de confiance », assure Olivier Dellenbach. « Ça fait trois ans qu’on travaille d’arrache-pied ». La performance sera-t-elle au rendez-vous ? Le PDG se montre confiant, tout en reconnaissant que la DGSI devra patienter « entre dix-huit mois et deux ans » avant de basculer entièrement sur la plateforme française.
Outre les services de renseignement, Chapsvision cible également le secteur privé. Aux États-Unis, où elle réalise déjà 20 % de son chiffre d’affaires, l’entreprise « cohabite » avec Palantir pour une dizaine de clients communs. Une coexistence qui illustre la complexité du marché, où les clients publics comme privés hésitent encore à rompre totalement avec les solutions américaines. « On ne peut pas se permettre de négliger la qualité sous prétexte de souveraineté », résume le PDG.
Une gouvernance éthique pour encadrer les choix technologiques
Pour garantir la transparence de ses décisions, Chapsvision s’appuie sur un comité éthique doté d’un « droit de veto » sur les orientations stratégiques. Une démarche qui répond aux critiques récurrentes sur l’opacité des outils de surveillance. « On consulte ce comité avant toute décision importante », explique Olivier Dellenbach. Une approche prudente, alors que les enjeux de vie privée et de respect des libertés individuelles restent au cœur des débats sur les technologies de renseignement.
Le patron de Chapsvision rappelle par ailleurs que la souveraineté ne se mesure pas à l’aune d’une maîtrise totale de la chaîne de valeur. « Personne n’est capable de le faire », souligne-t-il, citant en exemple les infrastructures américaines qui dépendent de puces taïwanaises, elles-mêmes produites avec des machines européennes de l’entreprise ASML. Un rappel salutaire sur les limites des discours souverainistes absolus.
Chapsvision face à ses concurrents : entre ambition et réalisme
Avec 200 millions d’euros de chiffre d’affaires et seulement une centaine d’employés, Chapsvision reste une entreprise modeste face à des acteurs comme Palantir ou Anduril, dont les levées de fonds se comptent en milliards. Pourtant, son positionnement sur le créneau de la souveraineté numérique lui offre une niche porteuse. « Si on en donne pas, les clients se plaignent » : cette phrase, souvent entendue dans le secteur tech, résume bien le dilemme des clients publics et privés, tiraillés entre performance et indépendance technologique. La guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques ont accéléré cette réflexion, mais le défi reste de taille : proposer des alternatives crédibles sans sacrifier l’efficacité.
Pour l’heure, Chapsvision mise sur trois atouts : la transparence de ses outils, leur ouverture, et une gouvernance éthique stricte. Des arguments qui pourraient séduire des administrations européennes soucieuses de réduire leur dépendance aux États-Unis. Mais le vrai test interviendra lors de la mise en service effective d’Argonos à la DGSI. Un succès ou un échec qui pourrait redéfinir le paysage des acteurs européens du data souverain.
La souveraineté numérique n’est plus une option, mais une nécessité pour les États européens. Chapsvision en a fait son cheval de bataille, et la DGSI lui donne sa chance. À elle de prouver que l’alternative française peut rivaliser avec les géants américains, sans tomber dans le piège de la médiocrité.
La décision s’inscrit dans une volonté de réduire les dépendances technologiques vis-à-vis des États-Unis, notamment sous l’effet des tensions géopolitiques et du contexte politique américain. Selon BFM Business, cette transition répond à un impératif de souveraineté, tout en exigeant des solutions performantes et ouvertes, comme l’a souligné Olivier Dellenbach, PDG de Chapsvision.